Justice pour Lakhamy et Moshin: un policier jugé six ans après

Franck Viallet va être jugé jeudi et vendredi à Pontoise pour « homicides involontaires », six après l’accident mortel qui avait coûté la vie à deux adolescents le 25 novembre 2007 à Villiers-le-Bel. Le drame avait entraîné deux nuits de violences sans précédent dans cette commune du Val-d’Oise.

Le policier, âgé aujourd’hui de 36 ans, conduisait le véhicule au moment du drame. Trois autres fonctionnaires étaient à bord. Le jeune homme est accusé de ne pas avoir respecté la limitation de vitesse. Il encourt une peine de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.
« Pas le procès de la police »

Ce procès, obtenu par les familles de victimes au terme d’un long combat judiciaire, sera « l’occasion de faire toute la lumière » sur les circonstances de l’accident, selon Araf Sehhouli, le père de Mohsim, un des deux adolescents tués dans l’accident. « Cela fait six ans qu’on attend ce moment. La justice doit faire son travail ». « Il ne s’agit pas de faire le procès de la police », précise l’avocat des parties civiles, Me Jean-Pierre Mignard. « Nous demandons simplement au tribunal de dépoussiérer ce dossier et de reconnaître que l’infraction routière et le délit d’homicide involontaire sont constitués ».
Pour le prévenu, l’audience sera également l’occasion de « tourner la page ». « Il traîne cet accident comme un boulet, cette affaire l’a beaucoup touché. Il espère être enfin blanchi », souligne Ludovic Collignon, secrétaire départemental du syndicat de policiers Alliance. Le procès était initialement prévu en juin 2012 mais il avait été renvoyé en raison de la mise en examen pour « faux témoignage » de Franck Viallet, quelques semaines avant l’audience. Le fonctionnaire est soupçonné d’avoir menti sur la vitsse de la voiture au moment de la collision. Il avait déclaré avoir respecté la limitation, ce qu’un rapport d’expertise a contredit depuis. Un non-lieu a finalement été rendu dans ce volet de l’affaire, la juge d’instruction en charge du dossier ayant estimé que les policiers n’avaient pas sciemment minimisé, dans leurs déclarations, la vitesse de leur voiture au moment de l’accident.
64 km/h

La mort de Mohsim et Lakamy, le 25 novembre 2007, avait entraîné deux jours de violentes échauffourées entre jeunes et forces de l’ordre à Villiers-le-Bel. Une centaine de policiers avaient été blessés par des tirs d’armes à feu durant cette flambée de violences qui avait fait craindre une répétition des émeutes de 2005 parties de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, avant d’embraser la France.
L’enquête sur la collision de Villiers-le-Bel avait dans un premier temps semblé écarter toute responsabilité des policiers. Le 23 octobre 2009, une ordonnance de non-lieu avait été rendue par un juge d’instruction de Pontoise. Mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles avait infirmé cette décision et ordonné un supplément d’information. Franck Viallet, mis en examen pour homicides involontaires, avaient finalement été renvoyé en correctionnelle en septembre 2011.

Selon un rapport d’expertise, le véhicule de police était en phase d’accélération au moment de l’accident et roulait à près de 64 km/h, au lieu des 50 km/h autorisés, sans gyrophare ni avertisseur. « Il s’agit d’une simple estimation. Il n’y a pas eu d’enregistrement de la vitesse du véhicule », affirme Ludovic Collignon.
De leur côté, les deux adolescents circulaient sur une moto qui n’était pas destinée à la route, dépourvue de freins et d’éclairage, à une vitesse supérieure à la limite autorisée. D’autre part, ils ne portaient pas de casque et n’avaient pas respecté une priorité à droite.

Outre ce volet de l’affaire, ce drame et ses conséquences ont donné lieu à une autre porcédure retentissante. En octobre 2011, trois habitants de Villiers-le-Bel ont été condamnés en appel aux assises à des peines de 3 à 15 ans de réclusion pour avoir ouvert le feu sur les forces de l’ordre lors des deux soirées d’émeutes. Deux accusés ont été acquittés à l’issue de ce procès à Nanterre.

source : LaDépêche.fr

Villiers-le-Bel: Accusés de faux témoignage, des policiers bénéficient d’un non-lieu

Un non-lieu a été rendu ce vendredi dans le volet «faux témoignage» de l’affaire Villiers-le-Bel, dans lequel plusieurs policiers étaient mis en cause, après la mort de deux adolescents dans une collision avec une voiture de police en 2007, a-t-on appris de sources concordantes.

Après plusieurs mois d’instruction, la juge en charge du dossier «a rendu une ordonnance de non-lieu» pour les quatre fonctionnaires de police mis en cause, a indiqué à l’AFP une source judiciaire.

Cette décision intervient alors que l’un des quatre policiers impliqués dans l’accident, qui se trouvait au volant au moment du drame et qui a été renvoyé en correctionnelle pour «homicide involontaire», doit être jugé les 6 et 7 juin prochains devant le tribunal correctionnel de Pontoise.

Les quatre policiers étaient soupçonnés d’avoir menti sur la vitesse de leur véhicule lors de la collision, en déclarant avoir respecté la limite de 50 km/heure. L’un d’eux avait été mis en examen en avril 2012. Ses trois collègues avaient été placés sous le statut de témoin assisté.
Pas d’appel

Dans un communiqué transmis à l’AFP, les avocats des parties civiles, Mes Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman, qui avaient déposé en 2010 une plainte à l’origine de cette procédure, ont annoncé qu’ils «prenaient acte» de cette décision, et précisé qu’ils ne feraient pas appel.

«Dans un souci d’apaisement et afin que ce ne soient pas les fonctionnaires de police de base qui paient le prix des choix idéologiques de leurs autorités de commandement, les parties civiles ont pris la décision de ne pas interjeter appel de l’ordonnance de non-lieu», ont-ils indiqué.

Selon les avocats, «la volonté des pouvoirs publics d’alors de nier toute infraction dans l’affaire est à l’origine du faux témoignage reproché au policier, lequel aurait été libre dans ses déclarations s’il avait été mis en cause comme les faits l’exigeaient».
Soirées d’affrontements

Le 25 novembre 2007, deux jeunes de 15 et 16 ans, Moushin et Lakamy, avaient perdu la vie dans cette commune du Val d’Oise après la collision accidentelle entre leur mini-moto et une voiture de police, déclenchant deux soirées d’affrontements avec les forces de l’ordre qui avaient essuyé des tirs d’armes à feu.

Selon un rapport d’expertise, le véhicule de police roulait à près de 64 km/h au moment de l’accident, au lieu des 50 km/h autorisés, et se trouvait en phase d’accélération.

Les deux adolescents circulaient sur une moto qui n’était pas destinée à la route, dépourvue de freins et d’éclairage, à une vitesse supérieure à la limite autorisée. Ils ne portaient pas de casque et n’avaient pas respecté une priorité à droite.

Le procès pour «homicide involontaire» du policier qui conduisait le véhicule, initialement prévu en juin 2012, avait été renvoyé à 2013 en attendant de connaître le résultat de l’instruction dans le volet «faux témoignage».

source : http://www.20minutes.fr/article/1119325/ynews1119325?xtor=RSS-176 Avec AFP

MIRAGE JUDICIAIRE : le procès du policier responsable de la mort de Lakhamy et Moushin renvoyé à juin 2013

par le Collectif Angles Morts

« Sérénité » et « paix publique », ou le mépris judiciaire

Le vendredi 29 juin 2012 s’est tenu, pendant quelques heures au tribunal de grande instance de Pontoise, un épisode supplémentaire de la mascarade judiciaire qui a débuté après les révoltes de Villiers-le-Bel en 2007. Le conducteur de la voiture de police, Frank Viallet, responsable de la mort de Lakhamy Samoura et Moushin Sehhouli le 25 novembre 2007, devait y être jugé pour homicide involontaire. Trois heures après le début de l’audience, le procès a été renvoyé aux 6 et 7 juin 2013. Cela fait déjà cinq ans que les familles Samoura et Sehhouli attendent que la justice se prononce sur les circonstances exactes de la mort de Lakhamy et Moushin. Cinq ans qu’elles paient Me Mignard, leur avocat, pour qu’il participe à ce théâtre judiciaire en leur nom. Cinq ans de deuil troublés par les humiliations, le mépris et les entraves des juges, du parquet et de l’État. Le renvoi de ce procès au bout de quelques heures est une manière peu subtile de leur faire comprendre que leur douleur ne pèse rien dans la balance judiciaire, qu’ils devront attendre un an de plus, afin que chaque pièce du jeu soit bien en place pour que la justice puisse à nouveau innocenter un policier en toute « sérénité ».

« Sérénité ». Voilà le mot qui n’a cessé de revenir dans le bouche de tous ces agents judiciaires en robe noire. A l’inverse des procès contre les « caillasseurs » et les « tireurs » présumés de Villiers-le-Bel1 – où les déploiements massifs de policiers autour et à l’intérieur des tribunaux donnaient le ton des représailles étatiques –, quand ce sont les fonctionnaires de police qui sont mis en cause, on nous martèle que l’audience doit être un « instrument de la paix publique ». Les collègues en civil de Viallet qui remplissaient les bancs du côté droit de la salle semblaient en effet sereins, avec raison sûrement, puisque la justice française a l’habitude d’acquitter ou de distribuer des peines de principe à ces fonctionnaires qui s’octroient le droit de vie et de mort sur les habitants de quartiers populaires. Du côté gauche de la salle, les familles et les quelques soutiens, venus en majorité de Villiers-le-Bel, avaient des visages las et secouaient la tête par intervalle. L’espoir avait depuis longtemps quitté ces bancs.

Un renvoi convenu d’avance

Le débat sur le renvoi du procès à l’année prochaine est initiée par la présidente, Mme Andreassier, dès l’ouverture de l’audience. La raison : l’existence d’une instruction en cours concernant les faux-témoignages collectifs des quatre policiers, présents dans la voiture qui a percuté la mini-moto de Lakhamy et Moushin, sur les conditions exactes de « l’accident ». Pour la présidente, cette procédure d’instruction constitue un obstacle au jugement de « la maladresse, la négligence » de Frank Viallet, ayant « involontairement causé la mort » au cours d’un simple « accident de la circulation ». A partir de ce moment, les prises de parole se succèdent, donnant l’impression que le renvoi a été décidé en amont, que chaque acteur répète un morceau déjà connu de tous. Sachant que la présidente et la juge d’instruction travaillent dans le même tribunal sur ces deux affaires, cette impression ne semble d’ailleurs pas être une simple hypothèse, et se renforcera au cours de l’audience.

Les parties civiles sont les premières à s’exprimer sur la possibilité d’un renvoi. Me Mignard et Me Tordjman se prononcent contre le renvoi. Pour eux, la procédure a été jusqu’à présent ponctuée de moments d’ « irrégularité aberrante », la justice cherchant sans cesse à entraver la procédure. Il est donc nécessaire de ne pas retarder une fois de plus l’audience, Pourtant, il s’avère très vite que leur argumentaire ne tient pas la route. Pour éviter toute « collusion » entre la procédure pour « homicide involontaire » et l’instruction pour faux-témoignages, les parties civiles ont choisi de renoncer, pour cette audience, à la grande majorité des témoins. Ni Marie-Thérèse de Givry, procureure de la République de Pontoise, la première à avoir confirmé la version policière de « l’accident », ni les trois collègues de Viallet présents dans la voiture ne viendront à la barre. Pour Me Mignard et Me Tordjman, la juge ne doit tenir compte que des « faits objectifs de l’accident », c’est-à-dire des rapports d’expertise et de contre-expertise et des dernières déclarations de Viallet. Et donc évacuer tout un pan de la vérité sur ce crime policier : les mensonges des policiers, la contradiction entre l’expertise et la version étatique, les témoignages des habitants de Villiers-le-Bel. Me Mignard finit par une ultime courbette, ménageant sa carrière politique au sein du PS en flattant la justice de Hollande2. Il clame que « jamais, jamais, jamais nous n’avons dit qu’il y avait eu volonté de blesser, encore moins de tuer de la part des fonctionnaires de la police » et que ce procès doit avoir lieu, sans « esprit de vengeance », pour que la justice puisse « restaurer la paix en disant le droit ».

Puis c’est au tour du procureur de se prononcer sur le renvoi du procès. Il affirme comprendre « la légitime impatience des familles » et être au fait de « leur douleur, leur épreuve » car il sait « combien les familles de victimes d’accidents de la circulation sont dévastées ». Non satisfait d’avoir réduit la mort de Lakhamy et Moushin à un accident de la route, il poursuit en revenant sur les « événements violents » de 2007, glissant perfidement que « les familles ont pu souffrir de voir leur nom associé à ces fauteurs de troubles ». Après cet étalage de fausse compassion avec la douleur des familles assises sur les bancs, il rappelle que la situation du prévenu, Frank Viallet, est également difficile, mais qu’il est en faveur d’un renvoi de l’audience. Selon lui, la mise en examen de Viallet pour faux-témoignage fait peser sur lui une menace d’intimidation qui l’empêcherait de parler librement. Or, à la différence des témoins qui prêtent serment quand ils passent à la barre, un prévenu a le droit de mentir. Il conclut en exprimant son respect envers les familles, quelles que soient ses réquisitions finales, nous rappelant ainsi de quel côté il se tiendra jusqu’à la fin.

Me Champagne et son collègue, avocats de la défense, vont dans le même sens que le procureur. Eux aussi jugent opportun d’évoquer la « souffrance du prévenu », déclarant que « c’est un honneur de défendre un homme qui pense tous les jours aux deux adolescents, un homme dont la vie a radicalement changé depuis l’accident », et qui vit « dans l’incertitude quant à son avenir judiciaire ». Si le procès a lieu et que Viallet est relaxé, comment la justice pourrait-elle affirmer « qu’elle relaxe un homme dont il est dit qu’il a menti à 99 % ? » A l’inverse, s’il est condamné, cela aura une influence évidente sur la procédure d’instruction pour faux-témoignage, où il sera probablement condamné comme « escroc et menteur ». Me Champagne demande donc le renvoi de l’audience, pour que la justice puisse traiter « avec sérénité » ce « dossier sensible ».

Après une suspension d’audience d’une heure, la Cour prononce le renvoi du procès aux 6 et 7 juin 2013, une fois que le procès pour faux-témoignages aura eu lieu. Les familles sortent de la salle et sont immédiatement entourées par les médias, qui braquent leurs caméras sur eux, sans un mot, avant de les abandonner quelques instants après pour courir vers Me Mignard, parole plus légitime à leurs yeux. Après avoir pavané devant les médias, celui-ci se rend enfin auprès des familles, qualifiant de « victoire » ce renvoi, puisqu’il lui laisse le temps de négocier, en coulisse, les compensations financières pour les parties civiles. Quant à l’idée d’obtenir la vérité sur les circonstances de la mort de Lakhamy et Moushin et de se battre pour la condamnation des coupables, elle semble avoir quitté l’esprit de Me Mignard. Alors que les familles et soutiens quittent graduellement la salle des pas perdus, l’impression du début est confirmée. Les dés étaient bien pipés, le renvoi convenait à tous les acteurs de la machine judiciaire, qui a démontré une fois encore son mépris envers les familles des victimes de violences policières et leur quête de vérité.

Cinq ans après : tout reste à faire

Deux procès auront donc lieu l’an prochain, l’un pour faux-témoignages, l’autre pour homicide involontaire. Pour la défense et le parquet, il semble évident que le renvoi de l’audience pour homicide involontaire reflète la volonté d’évacuer tout soupçon quant à la responsabilité des quatre policiers présents dans la voiture, en tentant d’obtenir un non-lieu lors du procès pour faux-témoignages dans un premier temps avant de juger le conducteur, qui pourra enfin « s’exprimer librement », et donc continuer à mentir à son aise, quant à son implication dans ce « malheureux accident de la route ».

Pour les parties civiles, la situation est un peu plus complexe. Me Mignard a révélé qu’il se concentrait sur l’aspect financier de cette affaire. Mais la procédure d’instruction pour faux-témoignages permet de faire peser des charges d’inculpation sur les quatre policiers et non sur le seul conducteur. Cela pourrait sembler constituer une bonne stratégie, si l’objectif réel n’était pas de prouver que ces faux-témoignages, puisqu’ils étaient collectifs et coordonnés, étaient le résultat d’une volonté délibérée de mentir de la part de la hiérarchie policière, voire étatique. Si la juge confirme cette hypothèse lors du procès pour faux-témoignages, Viallet et ses collègues seront probablement acquittés, puisqu’ils ne faisaient qu’obéir à des ordres venant de leurs supérieurs. S’ensuivrait alors un procès supplémentaire, contre la hiérarchie cette fois. Puisque même quand les preuves sont accablantes et les témoins nombreux à incriminer les policiers, la justice les acquitte ou les condamne à des peines de principe3, les chances de révéler la vérité sur le mensonge étatique autour de la mort de Lakhamy et Mouhin sont inexistantes.

Pour la justice, incarnée ce vendredi par Mme Andreassier, flattée à plusieurs reprises pour son « professionnalisme » par les avocats des deux parties et le procureur, ce renvoi est un message clair. C’est elle qui tient les rênes, c’est elle qui impose son rythme pour atteindre ses fins, pour cautionner une fois encore la violence meurtrière de la police, sans un seul égard envers les familles malgré sa rhétorique visant à prouver son « respect » et sa « compréhension » devant leur douleur. Les faits, eux, démentent cette rhétorique, et ont prouvé aux familles qu’elles n’avaient plus rien à espérer de cette justice.

Pour les soutiens et ceux qui s’organisent contre les violences policières, la répression des révoltes et l’impunité judiciaire accordée à ces actes, cette audience est un constat d’échec. Très peu de personnes sont venues exprimer leur soutien aux familles et montrer à la justice, par leur présence sur les bancs du public, qu’elle ne pouvait agir à sa guise que grâce au consentement silencieux de la population. La préparation du renvoi en amont, derrière des portes fermées, nous rappelle qu’aucun rapport de force n’a été établi avec cette machine judiciaire, que, familles et soutiens, nous sommes toujours aussi démunis, malgré des procès à répétition, devant le spectacle lassant de la justice, sans pouvoir faire entendre nos voix. Les deux procès qui se tiendront au tribunal de Pontoise l’an prochain seront l’occasion de prouver que nous pouvons réagir, que les soutiens ne laisseront pas les familles seules devant cette machine à broyer, que nous ne courberons pas l’échine.

1La série de procès autour de Villiers-le-Bel est expliquée dans Collectif Angles Morts, Vengeance d’Etat : Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès, Édition Syllepse, 2011.

2Sur les liens politique de Me Mignard et son rôle de « pompier de service », voir Rafik Chekkat, « Renvoi du procès du meurtrier de Lakhamy et Moushin », http://www.etatdexception.net/?p=1608

3Comme cela a été le cas pour le procès des policiers ayant tué Hakim Ajimi, cf Collectif Angles Morts, « ’On vous laisse entre vous’. Retour sur le procès des meurtriers d’Hakim Ajimi », http://www.acontresens.com/contrepoints/societe/50.html.

Mort de Laramy et Moushin à Villiers-le-Bel : « Où est la vérité ? »

Le policier, qui conduisait la voiture et sera jugé ce vendredi 29 juin pour homicides involontaires, il a été mis en examen pour faux témoignage.

Lors d'une marche silencieuse, fin 2007, à la mémoire de Laramy et Moushin, morts en novembre 2007 à Villiers-le-Bel. (HADJ/SIPA)

C’était il y a plus de quatre ans. Le 25 novembre 2007, Laramy, 16 ans, et Moushin, 15 ans, trouvaient la mort dans la collision entre leur mini-moto et une voiture de police, à Villiers-le-Bel. Entraînant, les jours suivants, de violents affrontements entre habitants et forces de l’ordre, et un peu moins d’une centaine de blessés chez les policiers. Jeudi 19 avril, à deux mois de son procès pour homicide involontaire à Pontoise, le policier qui était au volant a été mis en examen pour faux témoignage.

Les familles persuadées que les policiers « ne disent pas la vérité »

L’enquête, qui a connu de nombreux rebondissements, avait pourtant d’abord semblé écarter la responsabilité des quatre gardiens de la paix. Jusqu’au non-lieu rendu en octobre 2009. Un non-lieu infirmé quelques mois plus tard par la cour d’appel de Versailles qui ordonnait alors un supplément d’information. Le policier qui était au volant sera finalement jugé le 29 juin par le tribunal correctionnel de Pontoise pour homicides involontaires. En juin 2010, les familles des adolescents, persuadées que les policiers ne « disent pas la vérité », ont porté plainte pour faux témoignage. C’est dans le cadre de cette seconde procédure que l’agent qui conduisait la voiture de patrouille sera jugé en juin. Au préalable, il a été mis en examen jeudi.

Un gardien de la paix aujourd’hui « fatigué de toute cette procédure », selon son avocat Frédéric Champagne, et qui conteste « formellement avoir menti lors de son témoignage ». Difficile, argue aussi l’avocat, de déterminer précisément la vitesse à laquelle on roule. Mais pour l’avocat des familles Jean-Pierre Mignard, cette mise en examen est « naturelle, dès lors que ses déclarations ont été gravement contredites par l’expertise judiciaire, tant au niveau de la vitesse du véhicule, des raisons de la présence des policiers, que du défaut de gyrophare et d’avertisseur ». Il répète, comme il le fait maintenant depuis de nombreux mois : « les policiers disent qu’ils roulaient à 50 km/h, mais l’expertise montre une accélération lors du passage du carrefour avec une pointe jusqu’à 64, voire 69 km/h. »

« Dans quelles circonstances ces déclarations ont-elles été recueillies ? »

Au cœur du dossier, la vitesse du véhicule suscite de nombreuses réactions chez les forces de l’ordre. « Comme le dit lui-même le conducteur, il n’est pas forcément évident, quand on roule, de faire la différence entre 50 et 64 km/h » réagit Eric Mildenberger du syndicat Alliance police. Un policier qui part en intervention ne « regarde pas forcément le compteur. » « Extrêmement surpris » par cette mise en examen, il a le sentiment d’un « acharnement injustifié » contre la police. Nicolas Comte, du syndicat SGP Unité police FO, trouve lui aussi cette mise en examen « particulièrement sévère ». Et préfère insister sur la moto des ados : « On veut pointer du doigt la police alors que les personnes malheureusement décédées avaient un comportement dangereux et circulaient sur un engin non homologué. » Il a reçu, depuis jeudi soir, de nombreux mails de policiers « écœurés ».

Cette mise en examen arrive « tardivement » pour les familles des adolescents qui « veulent la vérité et la justice » explique leur avocat Me Mignard. Elles sont satisfaites, toutefois, de cette « attitude respectueuse de la justice sur leur plainte. » Les quatre policiers présents dans la voiture ont tenu des déclarations similaires, rappelle l’avocat, « ce qui avait motivé le dépôt de plainte des familles en juin 2010″. Aux juges, maintenant, de répondre aux questions posées par l’avocat : « Dans quelles circonstances ces dépositions ont-elles été recueillies ? Pourquoi présentent-elles des caractères similaires ? Pourquoi sont-elles apparemment contraires à la vérité des faits ? Et, peut-être aussi, qui les a inspirées ? » Si le juge d’instruction estime ensuite que les faits ne sont pas constatés, un nouveau non-lieu sera prononcé. Sinon, un renvoi devant le tribunal correctionnel sera ordonné.

(…)
A Villiers-le-Bel, l’annonce de la mise en examen du policier n’a pas suscité beaucoup de réactions, assure Saïd, membre du collectif Respect Vérité Justice (RVJ) créé après la mort des adolescents : « Depuis le début, on demande une enquête, alors oui, c’est une bonne chose. Mais c’est dommage qu’on ait dû se battre autant pour obtenir ce qui est un droit. » L’enquête se poursuit, « heureusement, ça prouve que les gens font leur travail » ajoute-t-il, tout en pensant qu’il n’est par ailleurs « pas anodin que le procès soit prévu en juin, après les présidentielles. » Prudent, Saïd tempère « on peut vite être déçu », et « émet des réserves car tout n’est pas fini. »

Quant à l’attente du collectif et des habitants du quartier où vivaient Laramy et Moushin, elle se résume simplement : « On veut juste la vérité. »

Accident avec la police: Le calme règne à Villiers-le-Bel malgré des versions contradictoires

Les témoignages divergent au lendemain de l’accident de scooter au cours duquel deux jeunes ont été blessés…

La situation est calme ( a savoir que des quartiers sont quadrillés de flics !! ) ce dimanche à Villiers-le-Bel, dans le Val-d’Oise, au lendemain de l’accident dans lequel deux jeunes hommes en scooter ont été blessés, dont un «sérieusement» et dans un état «stationnaire», en heurtant une voiture de police lors d’un contrôle.

«Dans la nuit il n’y a rien eu qui puisse être relié à l’accident impliquant la voiture de police», a indiqué à l’AFP Didier Vaillant, le maire PS de Villiers-le-Bel.

Manuel Valls s’est rendu ce dimanche au commissariat de Villiers-le-Bel pour «faire part de son soutien et de sa confiance» aux forces de l’ordre. !! ( ça change pas d’autres gouvernements… on s’attendait pas à autre chose ! )

Le ministre de l’Intérieur, qui s’était rendu samedi soir au chevet du conducteur du scooter, «a également rencontré l’équipage de la BAC (Brigade anti-criminalité) concerné», a précisé le ministère de l’Intérieur, dans un communiqué.

«Plein de policiers pour rien»

«La nuit a été calme», a également raconté à l’AFP Marie, 21 ans, une habitante du quartier et amie du conducteur du scooter, «sérieusement atteint», selon le ministère de l’Intérieur. «Il y a eu plein de policiers pour rien», a-t-elle estimée.

«Le quartier est en état de choc», a expliqué Didier Vaillant: «Quand vous avez un accident qui implique un jeune dans état grave c’est traumatisant d’autant plus qu’on a eu un accident en 2007 qui s’est terminé de manière dramatique».

Hospitalisé à la Salpêtrière, le conducteur du scooter, Rodrigue, un rappeur de 20 ans connu sous le pseudonyme «Akerone», a été opéré et se trouve ce dimanche «dans un état stationnaire», selon une source proche de l’enquête, après que sa tête a heurté le véhicule banalisé de la police samedi après-midi.

«Ils nous ont rentré dedans»

Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls s’est rendu samedi soir à son chevet «pour rencontrer sa famille, sa mère notamment, et s’enquérir de son état», a-t-on précisé place Beauvau. Son passager, un jeune homme de 18 ans, légèrement blessé, est sorti de l’hôpital dans la nuit, a précisé à l’AFP Didier Vaillant. Sollicitée par l’AFP, la famille du passager n’a pas souhaité s’exprimer.

Au micro de France Bleu, le jeune homme a raconté qu’ils étaient garés avant de vouloir faire demi-tour. «Après on devait sortir dans le parking, on quittait le trottoir, ils nous ont rentré dedans», a poursuivi le jeune homme, ajoutant que les policiers «n’avaient pas de sirènes». «On a juste entendu une accélération. Ils nous ont rentré dedans. Après je me suis relevé et j’ai vu l’autre au sol» en sang, a-t-il raconté.

Versions contradictoires

Selon les forces de l’ordre, il ne s’agissait pas d’une course-poursuite. «La BAC les surveillait pour faire un flagrant délit», a affirmé une source policière à 20 Minutes. Lorsqu’ils ont été repérés, le scooter aurait alors fait demi-tour, serait monté sur le trottoir avant de venir «s’écraser contre le flanc gauche de la voiture», poursuit cette même source. Une version qui est contredite par les jeunes du quartier.

«Les policiers ont accéléré comme des cow-boys. C’est à ce moment-là qu’ils les ont percutés», raconte un homme qui se présente comme un ami du conducteur du scooter. Une mère de famille raconte avoir vu les policiers manipuler le scooter accidenté. «Ils l’ont changé de sens, avant même de porter les premiers secours. C’est quand même bizarre», s’étonne-t-elle. L’accident a fait renaître dans le quartier les amertumes envers les forces de l’ordre.

Tension depuis plusieurs semaines

«C’est tendu en ce moment entre les flics et les jeunes. Depuis trois semaines, ils leur mettent la pression», atteste un responsable d’associations interrogé par 20 Minutes. «Mais ça m’étonnerait que ça flambe comme en 2007. Car aujourd’hui, il y a des rivalités entre les quartiers. Les jeunes sont moins soudés», nuance-t-il.

Au centre commercial situé à proximité du lieu de la collision, les habitants n’ont pas bouleversé leurs habitudes du dimanche. Au bar-PMU du coin, «on parle de l’accident mais on sait pas comment ça s’est passé», raconte Tayeb, 55 ans. «La nuit a été calme contrairement en 2007 où ma voiture avait été brûlée et où des fumigènes rentraient dans les appartements», explique cet habitant de Villiers-le-Bel depuis 20 ans. Le 25 novembre 2007 à 17h00, deux adolescents de 15 et 16 ans étaient tués dans la collision de leur mini-moto avec un véhicule de police, un accident qui avait provoqué pendant deux jours la colère des jeunes.

 

source : ( sauf en gras et italique ) :http://www.20minutes.fr/societe/950325-accident-police-calme-regne-villiers-le-bel-malgre-versions-contradictoires