Emission ‘Frontline’ du 22 janvier 2016, invités : Famille Kraiker et Samir (MIB / DIP Social Klub)

Voici l’émission « Frontline » du 22 janvier 2016 avec la famille Kraiker de Pantin et Samir (MIB / DIP Social Klub).

- FB Comité de vigilance contre les violences policières à Pantin : http://www.facebook.com/CVCVPP93

- Conférence de presse suite aux violences policières du 26 décembre 2015 : http://www.facebook.com/CVCVPP93/videos/1721986054686642/?theater

Tracklist :

1) Bobby Womack « Across 110th street »
2) Ray Vendetta feat Iron Braydz « That gang »

Pour télécharger l’émission, cliquez droit et enregistrez sous ici : Frontline – 22 janvier 2016

Pour écouter l’émission :

http://lignedefront.free.fr/frontline_22janvier2016.mp3 Emission ‘Frontline’ du 22 janvier 2016, invités : Famille Kraiker et Samir (MIB / DIP Social Klub)

 

Source : http://www.bboykonsian.com/Emission-Frontline-du-22-janvier-2016-invites-Famille-Kraiker-et-Samir-MIB-DIP-Social-Klub_a3388.html

Mantes-la-Jolie : 25ème anniversaire de la mort de Youssef Khaïf

C’était il y a 25 ans. Youssef Khaïf est décédé le 9 juin 1991 à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Le jeune homme en 23 ans qui circulait en voiture a été tué d’une balle dans la nuque.

Pascal Hiblot, le policier auteur des tirs a été jugé 10 ans après les faits par la Cour d’Assises du tribunal de Versailles. Il a été acquitté le 28 septembre 2001.

Un autre jeune du Val Fourré est mort 13 jours avant Youssef Khaïf. C’était Aïssa Ihich, victime d’une crise d’asthme au commissariat de Mantes-la-Jolie le 27 mai 1991.*

 

A RELIRE/ VOIR :
> « Que vaut la vie de Youssef ? » http://policepersonnebouge.free.fr/vpc.htm

http://atouteslesvictimes.samizdat.net/?p=313

et https://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/CYRAN/8139

*Source : mantes-actu.net

Que valent les vies de Lakhamy et Moushin ?

Lakhamy et Moushin sont ces deux jeunes qui ont perdu la vie suite à un accrochage avec la police, à Villiers-le-Bel, en 2007. Leur mort embrasa la ville. Quelques « révoltés » accusés d’avoir tirés sur des policiers à cette occasion ont pris entre 3 et 15 ans de prisons lors de leur procès en première instance. Quant aux responsables de leur mort, ils feront face à une justice plus clémente…

État policier : quand les bourreaux deviennent les victimes

Plus de quatre ans après la mort de Lakhamy et Moushin, percutés par une voiture de police à Villiers-le-Bel, le conducteur du véhicule devra répondre d’une accusation d’homicide involontaire devant le tribunal correctionnel de Pontoise. Un procès qui intervient au terme d’une série de non-lieu expéditifs, suivis de recours et – finalement – d’une mise en examen concédée comme un gage de bienveillance et d’équité. C’est en effet à quelques jours de l’ouverture du procès en appel des « tireurs présumés de Villiers-le-Bel » (le procès en première instance s’est tenu en octobre 2011) que ce renvoi en correctionnelle a été annoncé. Difficile de ne pas faire le lien entre les deux. De ne pas se dire qu’il s’agit d’un côté de délier les mains à la justice pour lui permettre de frapper fort ces « tireurs présumés » de l’autre. Le 19 avril dernier, on apprenait en outre qu’un des policiers présents dans la voiture de police était poursuivi pour « faux témoignage ».

La justice est sortie renforcée de l’exécution judiciaire des frères Kamara lors du procès des tireurs présumés : elle a démontré que son couperet peut s’abattre librement, sans autres motifs que les impératifs sécuritaires qu’elle cautionne et nourrit. Et cette démonstration a été acceptée par une grande partie de la population.
Après ce procès destiné à souligner la puissance de la justice, celui du conducteur du véhicule de police a une fonction symbolique : il s’agit de faire croire que la justice est aveugle – aux races, aux uniformes, aux fonctions – et donc impartiale. Et si le conducteur écope finalement d’une condamnation de pure forme, cela ne sera pas dû à son statut, aux durcissements des revendications d’impunité du corps policier, au rôle essentiel que joue la justice dans la cohésion des différentes branches de l’État, mais aux « éléments du dossier  » insuffisants ou au « doute raisonnable » d’un juge bienveillant.

Au moment du verdict, il faudra évidemment se souvenir des peines éliminatrices assénées aux frères Kamara en octobre 2011 : 15 et 12 ans. Mais il faudra également garder en tête les peines de principe dont ont « écopé » en janvier 2011 les policiers responsables de la mort d’Hakim Ajimi, étouffé par la BAC de Grasse, en plein centre-ville devant une dizaine de témoins1. Il faudra se souvenir du sourire triomphant du meurtrier de Youssef Khaïf lors de son acquittement au terme d’un «  procès colonial »2, de la relaxe du gendarme qui il y a quelques années abattait Joseph Guerdner de plusieurs balles dans le dos, de la mise à mort de Karim Boudouda au pied de son immeuble à Grenoble en 2009, de Wissam El Yamni lynché par la police à Clermont-Ferrand le 31 décembre 2011. Il faudra se souvenir des victimes salies par les procureurs et les juges, les syndicats policiers et les médias. Oui, il faudra ne rien oublier de tout cela pendant ce procès prétendument destiné à « apaiser les esprits », un procès « de paix et de réconciliation  »3. Sa tenue marquera la clôture, légale et symbolique, de la « bataille de Villiers-le-Bel  ». Et montrera à nouveau que toutes les vies ne se valent pas ; une inégalité qui se traduit en décès ou en années de prison pour certains, en sursis ou en avancement professionnel pour les autres.

Le procès du conducteur intervient par ailleurs à un moment-clé : à la revendication du statut de victime, que les policiers mettent en avant depuis 2005, est venue s’ajouter celle d’un permis de tuer, comme l’ont montré les manifestations de policiers soutenant leur collègue mis en examen pour homicide volontaire après la mise à mort d’Amine Bentounsi à Noisy-le-Sec le 21 avril 20124.
Lors des révoltes de Villiers-le-Bel, puis de leur répression judiciaire, la figure du policier-victime était l’enjeu central. C’est pourquoi on assista à une « saturation médiatique » autour des violences subies par la police et des tirs au plomb, quand il n’y avait là en réalité rien de très nouveau. Cette propagande médiatique, puis judiciaire lors des divers procès, a permis un renversement : les vraies victimes n’étaient plus Lakhamy et Moushin, mais bien les policiers blessés et « traumatisés ». En d’autres termes, le bourreau est devenu victime. C’est cette inversion qui fonde la revendication policière d’une « présomption de légitime défense », soit l’inscription dans le droit de l’impunité policière – de quoi faciliter aussi la tâche de la justice quand elle blanchit les auteurs de crimes policiers, en lui fournissant une arme judiciaire imparable. Et ce nouveau statut de victime accordé par les médias et la justice intervient alors même que le modèle d’action policière et de maintien de l’ordre (armement, unités de harcèlement dans les quartiers populaires) devient plus offensif.

Vérités

« À l ’heure actuelle, on ne sait pas comment ça s’est passé. On n’a pas de témoignage. Mais il y a tellement d’ancienneté, d’anecdotes qui se passent, ils ont une telle habitude de violence, ils ont une telle habitude d’un comportement discriminatoire qu’on ne croit pas dans ce qu’ils disent, qu’on ne croit pas dans leur version. »5

Le procès s’ouvrira le 29 juin, la plupart de ses séances seront sans doute consacrées à l’examen détaillé des circonstances de la collision entre la moto sur laquelle circulaient Lakhamy et Moshin et la voiture de police, à la comparaison entre la déposition du conducteur et les conclusions de l’expertise. Avec cette question à trancher : le 25 novembre 2007, par sa conduite, ce policier s’est-il rendu coupable d’homicide involontaire ?

Mais on ne saurait cantonner la vérité à la détermination des circonstances précises de la mort de Lakhamy et Moshin. Car cette vérité est également à chercher dans la fréquence des parechocages policiers, dans le nombre de personnes qui meurent en tentant de fuir la police, dans l’occupation policière, dans les méthodes de chasse des unités de police déployées dans des territoires perçus comme fondamentalement hostiles, étrangers. Elle est dans ce que la sœur de l’un des « tireurs présumés » appelle «  l’insécurité policière ». Une vérité qui n’émerge jamais dans les enceintes des tribunaux. Pourtant, la peur de la police qui pousse irrésistiblement à fuir, sa fonction de répression et de harcèlement, son histoire faite de violences et d’occupation/« reconquête  » de territoires « perdus  », sont déterminantes dans la mort de Lakhamy et Moshin, de Mohammed Ben Mâamar, de Yakou Sanogo, de Malek Saouchi.

Au fond, deux processus parallèles permettent de retracer la vérité sur une mort imputable à la police. Le premier est l’enchaînement des événements : Lakhamy et Moushin circulent à moto, une voiture de police – lancée à 60 km/h, en phase d’accélération – les percute, ils sont projetés et meurent. Les policiers quittent rapidement les lieux.
Le second processus est social et historique. Il se compose du harcèlement policier au quotidien (Lakhamy et Moshin avaient été contrôlés par la BAC au cours de la journée), de la mémoire de la police dans le quartier (des humiliations, des GAV injustifiées, des coups, des accusations d’outrage ou de violence) et de fragments d’histoire (des récits du 17 octobre, du racisme subi par les anciens, des crimes policiers connus dans le quartier et dans d’autres). Et c’est ce second processus, cette seconde force, qui est systématiquement écarté par les procureurs, les tribunaux et les médias, voire par les avocats de la défense.

C’est peut-être parce que cette seconde dimension est systématiquement mise à l’écart qu’une impression de « tout recommencer à zéro » se dégage à chaque nouvel élément s’inscrivant dans cette succession de crimes impunis. Dès qu’une famille et un quartier perdent un proche sous les coups, les balles ou le pare-choc d’une voiture de police, les mêmes élément s’enchaînent. À chaque nouvel épisode, on demande aux familles de faire preuve d’humilité et de « patience  » devant les mensonges institutionnels qui salissent la mémoire de leurs proches, devant des non-lieux ou des acquittements, devant des procès où le mépris de l’appareil judiciaire succède à celui de la police.

« Que vaut la vie de Youssef  ? », demandaient les militants du MIB au moment du procès du meurtrier de Youssef Khaïf. Une question qui n’a cessé de se poser depuis, suscitant toujours la même réponse. Depuis une trentaine d’années, les procès d’auteurs de crimes policiers démontrent que s’en « tenir aux faits  » ne suffit jamais à obtenir gain de cause devant la justice. De l’affaire Youssef Khaïf6 à la mort d’Hakim Ajimi, l’histoire se répète : à chaque fois, tous les « faits  » et « éléments  » accusent lourdement et sans ambiguïté les policiers, mais ils sortent du tribunal acquittés ou avec des peines de prison avec sursis. Au fond, rester au plus près des faits et établir un dossier à charge ne comblera jamais le fossé qui existe entre des vies qui valent moins que d’autres et les représentants d’une institution dont le rôle central dans la mise au pas de certains territoires lui garantit le soutien sans faille de l’État.

C’est bien pour cela que la vérité que recherchent les nombreux « comités vérité justice » est aussi faite des lenteurs, des entraves, des contradictions de l’appareil judiciaire, de son refus de reconnaître l’évidence. Le traitement judiciaire d’un crime policier est une partie de la vérité : elle révèle ce que vaut la vie d’un arabe, d’un Noir, d’un gitan, mais aussi ce que vaut la liberté d’un policier. Elle révèle ce que la police peut, sans courir de risque, lui faire subir.

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Retour sur les faits

Le 25 novembre 2007, Lakhamy et Moushin, deux adolescents de Villiers-le-Bel, âgés de 15 et 16 ans, trouvent la mort après une violente collision entre leur moto et une voiture de police. Les autorités publiques s’empressent d’attribuer ces deux morts à un simple et malheureux « accident » de la circulation. Les habitants tiennent quant à eux un discours bien différent. Un témoin affirme en effet que « les policiers les ont volontairement tamponnés ». Un autre avance : « Ils voulaient les bloquer sur le trottoir. Ils ont déjà fait cela […] les policiers ont coupé la route à la moto »7.

Marie-Thérèse de Givry, procureure de la République de Pontoise, confirmera la version policière avant même le début de l’enquête : il s’agirait d’un « accident de la circulation », un simple « refus de priorité » survenu entre une mini-moto « non homologuée », « sans freins ni éclairage », qui circulait « à vive allure », et un véhicule de police circulant « normalement », qui n’était pas « particulièrement en opération ».

L’IGPN (Inspection générale de la police nationale) est saisie le lendemain pour des « faits d’homicide involontaire et de non-assistance à personne en danger ». Très rapidement, la « police des polices » écarte la responsabilité des siens : la moto roulait « à très vive allure » et les deux jeunes auraient refusé de céder la priorité à droite dans une intersection. Les agents à bord de la voiture ont déjà été entendus, et c’est sur la seule base de leurs déclarations, réalisées collectivement, que l’IGPN a écarté leur responsabilité : leur voiture roulait « normalement, sans dépassement de vitesse en agglomération et sans gyrophare », « les policiers n’ont pas pu faire autrement », ils n’auraient pas pu éviter le choc, « très violent »8.

La procureure de la République de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry, déclarera le lundi 26 novembre à la presse que trois témoins entendus le dimanche soir avaient confirmé la version des policiers au sujet des circonstances de l’accident9.
L’instruction suit son cours. Le 28 novembre, une information judiciaire – « contre X », alors que les responsables sont connus – pour homicide involontaire est ouverte. Rapidement, elle établit les torts des deux jeunes : leur mini-moto n’était pas homologuée, elle n’avait ni freins ni éclairage, les deux jeunes ne portaient pas de casque. L’expertise technique, dont les résultats sont rendus publics le 1er juillet 2008, contredira la version officielle : le rapport explique en effet que les policiers roulaient à 64 km/h au moment de la collision. La voiture circulait sans gyrophare ni avertisseur et les agents avaient auparavant déclaré qu’ils roulaient à 40 ou 50 km/h. Ajoutons que le véhicule était en phase d’accélération au moment de l’impact avec la moto10.

Le 23 octobre 2009 une ordonnance de non-lieu est rendue. En avril 2010, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Versailles infirme ce non-lieu et ordonne un supplément d’information, qui aboutira à la mise en examen du conducteur pour homicide involontaire le 22 septembre 2011. Parallèlement, en juin 2010, les avocats des familles des victimes déposent une plainte qui débouchera sur la mise en examen d’un autre policier pour faux témoignage.

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Soirée de soutien aux prisonniers de Villiers-le-Bel, le 10 juin prochain, Montreuil

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Programme plus détaillé ICI.


1 . Cf. Collectif Angles Morts, « ’On vous laisse entre vous’. Retour sur le procès des meurtriers d’Hakim Ajimi  ». Jean-Michel Moignier s’est vu condamné à 18 mois de prison avec sursis, Walter Lebeaupin à 24 mois avec sursis, Jim Manach à 6 mois avec sursis. Suite à cette condamnation, sept policiers de la BAC de Grasse présentent leur démission : il s’agit d’« un geste symbolique fort, signe d’un soutien entier et franc à nos collègues Jean-Michel Moinier et Walter Lebeaupin », déclarait un membre du syndicat Unité SGP-Police.

2 Cf « Nous sommes tous Youssef ».

3 Déclaration de Jean-Pierre Mignard, avocat des familles de Lakhamy et Moshin, cité dans « Villiers-le-Bel : un policier devant la justice pour homicide volontaire », Le Monde, 22 septembre 2011.

4 « Pour Alliance Police Nationale, c’est simplement inacceptable. Comment peut-on placer notre collègue dans la même catégorie que les meurtriers qui tuent nos collègues ? », s’indignait ainsi un syndicat policier. Cf. Rafik Chekkat, «  La peine de mort a été abolie, pas la mise à mort  ».

5 . Propos de Tarek, militant du MIB, le jeudi 6 juin 2002 sur les lieux de la mort de Mohammed Berrichi, à Dammarie-lès-Lys. Mohammed Berrichi, meurt le jeudi 23 mai après avoir percuté un trottoir, alors qu’il roulait en scooter à Dammarie, poursuivi par la BAC. Sa mort est intervenue deux jours après celle de Xavier Dem, abattu par la police le 21 mai 2001 à la cité du Bas-Moulin, à Dammarie.

6 Cf. le film de Mogniss H. Abdallah, Que vaut la vie de Youssef ?, Im’media/MIB, 2001.

7 « Cinq questions autour du décès de Larami et Moushin », Le Parisien, 27 novembre 2007.

8 « Les interrogations autour de la mort de Larami et Moushin », Le Monde, 27 novembre 2007.

9 « Villiers-le-Bel : quarante policiers blessés », Liberation, 25 novembre 2007.

10 « Expertises embarrassantes pour la police », Libération, 02 juillet 2008.

 

 

RASSEMBLEMENT A PARIS LE 20 JANVIER 19H A CHATELET FONTAINE DES INNOCENTS

ASSEZ D’INTERPELLATIONS MORTELLES ! ASSEZ D’IMPUNITES POLICIERES ! ASSEZ DE MASCARADE JUDICIAIRE !

IL FAUT QU’CA CESSE !

Un climat de rage gronde dans nos quartiers et dans nos cœurs…et la question qui tourne dans nos têtes : A QUAND LE PROCHAIN EMBRASEMENT DES BANLIEUES ?

Pour celles et ceux qui se sentent concernées et qui vivent les injustices en banlieues dans une indifférence politique générale, c’est l’indignation et la révolte qui hantent nos esprits et qui se transmet de manière irréversible…

Alors qu’en début de semaine on apprenait la mort de Wissam El Yamni(30 ans) à Clermont-Ferrand, survenue une semaine après son hospitalisation consécutive à une interpellation policière datant du 1er Janvier 2012 ; que le lendemain mardi 10 janvier, c’est à Aulnay –sous-Bois qu’un drame similaire arrachait un fils à sa famille et ses proches, lui aussi mort des suites d’une interpellation policière ; Que de nombreuses affaires semblables traînent depuis des années, que ce soit l’Affaire Ali Ziri, l’affaire Abdelhakim AJIMI, l’affaire Abou Bakari Tandia, l’affaire Mamadou Marega, l’affaire Lamine Dieng… et prennent des tournures juridiques qui font redouter le pire à leurs familles et aux comités de soutien : non-lieu, acquittement, oubli, mépris….

Nous ne pouvons ni rester silencieux,ni rester sans rien faire ! Il faut qu’ça cesse !

Le sentiment d’injustice et d’impunité gangrène les générations des quartiers qui se succèdent…et chaque jour, en ouvrant la radio ou son poste de tv, il devient « banal » d’entendre des commentaires et autres récits journalistiques « de nuits d’échauffourées, de violences ou d’émeutes » vécues dans tels ou tels quartiers…sans qu’on s’émeuve ou qu’on enquête sérieusement sur les raisons et le contexte pour expliquer ces évènements !

L’alliance Médias – Police- Justice se fait alors jour sans complexe, avec ses versions entendues « problèmes cardiaques, connu des services de police, interpellations difficiles, individu violent, délinquant, drogué, suicidaire, les cameras de surveillance n’ont pas fonctionné… »…Et que dire du bouclage que subissent les quartiers et leurs habitant-e-s – sorte de punition collective – quand ce type d’injustice frappe !?

On nous plonge dans une atmosphère populiste « de peur et de guerre larvée » : il y aurait d’un côté ceux qui font appliquer la loi et sa justice, et celles et ceux qui l’enfreignent forcement… rendus ainsi naturellement responsables de leur malheur… L’axe du bien n’a pas à prouver son innocence, de même que les habitant-e-s des quartiers restent les éternels fauteurs de troubles, parasites et suspects … Quand les seules relations sociales qui relie un Etat à une partie de son territoire à sa population se résument à des rapports policiers et juridiques, quand Impunité rime avec Légitimité du coté de la Police….Nous, de l’autre côté d’la rue, nous devons nous rassembler, nous réunir et nous organiser.

Car qui s’en émeut à part les concernés, les familles, les proches, et des militant-e-s associatifs et politiques ? Et pourtant il ne s’agit pas que de l’affaire des quartiers !

L’actualité juridique concernant certaines affaires, dont l’affaire ZIRI et l’affaire AJIMI – dont le procès des policiers responsables de la mort de Abdelhakim AJIMI se déroulera du 16 au 20 janvier 2012 à Grasse, doit nous amener, dans les semaines qui arrivent, à nous rassembler, collectifs, associations, organisations, dans un effort collectif de solidarité et d’actions communes et fortes.

C’est pour cela qu’après nous être réunis lors du rassemblement du 14 janvier en soutien à l’affaire Ziri (risque d’un non-lieu… !), nous nous rassemblerons ensemble le vendredi 20 janvier 2012 à Paris– dernier jour du procès dans l’affaire AJIMI – en solidarité à la famille AJIMI qui se bat avec courage depuis 4ans, pour honorer la mémoire de Hakim, et pour faire entendre nos voix sur le traitement médiatique, juridique et politique de ces affaires.

Nous sommes convaincus qu’il n’y a que le rapport de force politique et médiatique qui fasse de la question des violences policières une réelle question nationale. C’est à cette condition que nous pourrons faire « bouger » ces affaires et infléchir leur traitement juridique, et qu’enfin les familles puissent faire leur deuil.

Assez de paternalisme politique dans ce type d’affaires, nous ne voulons plus de dialogue entre Intermédiaires – que ce soient les soi-disant « Représentants de l’Etat » ou les « Représentants des banlieues » fantoches et complices.

MOBILISONS-NOUS : POUR DENONCER L’IMPUNITE POLICIERE ET FAIRE ENTENDRE QUE LES COLERES GRONDENT ET S’ORGANISENT…. NOUS NE RESTERONS PAS SANS RIEN FAIRE !
RETROUVONS- NOUS :

A PARIS LE VENDREDI 20 JANVIER A 19H– FONTAINE DES INNOCENTS

A GRASSE du 16 au 20 JANVIER 2012 – et en particulier les 19 et 20 derniers jours du procès des policiers Contact comité grasse : comite_hakim_ajimi@riseup.net

Sont actifs dans ces initiatives : Comité Ali Ziri, Comité Lamine Dieng, comité Mamadou Marega, Comité Abou bakari Tandia, Résistons ensemble, Indignés, PIR, NPA, Alternatifs, Fase, Ni macho ni proxos, ACLEFEU, MIB 34, réseau FSQP, MIB

YOUSSEF KHAïF Abattu à Mantes-la-Jolie le 9 Juin 1991

  »Youssef, c’est une grande gueule avec des dents de loup contre les injustices » (Lakhdar Madani, organisateur de Caravane 92) Youssef est une « personnalité » du quartier. Avec des jeunes du Val-Fourré et quelques anciens, il participait en 1989 à la création du Collectif Jeune qui lutte contre les injustices quotidiennes que subissent les 17.000 jeunes du Val-Fourré, la plus grande cité d’Europe, avec la volonté, la rage et l’envie de faire exploser le consensus mortel de la répression des « cités maudites ». On le verra défiler des Mureaux à Paris, manifester contre la double-peine, participer aux réunions de Résistances des Banlieues ( un collectif inter-cités qui donnera par la suite naissance au Mouvement de l’Immigration et des Banlieues). Toujours en première ligne, respecté par les jeunes du quartier, Youssef est impatient, pressé d’en découdre avec la hagra (mépris, injustice). Avec d’autres, il tire la sonnette d’alarme sur les risques de déflagration de la marmite-banlieue transformée en cocotte-minute. Après la mort de Aïssa IHICH au commissariat de Mantes-la-Jolie le 27 Mai 1991, Youssef fait encore une fois partie des plus actifs : il prend la tête des manifestations, interpelle la Mairie, met en cause la police. Treize jours plus tard, à l’âge de 23 ans, il nous quittera à son tour, victime de ce qu’il aura toujours combattu durant sa trop courte vie … RAPPEL DES FAITS ÉTABLIS Samedi 9 juin, quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie, début de soirée. Beaucoup de jeunes sont au pied de leurs immeubles. Comme d’habitude, « ils font le mur ». Dans ces moments d’ennui, l’action apparaît comme un moyen d’assouvir un besoin vital. Le vol de voiture est une des actions délinquantes qui apporte jeu et excitation et répond à un besoin fort de fuir ce « mouroir », quitte à prendre des risques. Justement, ce soir-là, une soirée dansante était organisée à l’autre bout de la ville, à 4 km du quartier, et bien sûr aucun moyen de s’y rendre. Quelques jeunes du quartier ont commis ce soir l’irréparable : ils volent ensemble trois voitures pour se rendre à la soirée dansante, à la « Cellophane » mais avant, en profitent pour tourner dans le quartier, et épater les copains restés « collés » au mur. Youssef KHAIF fait partie de ce groupe ayant, lui, fauché une Jetta Diesel. A quelques immeubles de là, un autre groupe de jeunes volent une R9 et font à peu près la même chose. Ces deux affaires sont bien indépendantes l’une de l’autre. Si les raisons de vol sont pratiquement les mêmes, les actes n’ont pas été commis en concertation. D’ailleurs, ils n’étaient pas ensemble tout au long de la soirée, même s’ils se sont croisés au cours de la nuit dans ce grand ensemble qu’est le Val-Fourré. Un peu avant 2h du matin, la R9 repérée par la police, est prise en chasse. Durant ce temps-là, les passagers des autres voitures volées, dont Youssef KHAIF, sont à la soirée dansante. Le jeune conducteur de la R9, Saïdi LHADJ, se sentant poursuivi par la police, panique et accélère dans la nuit, par peur d’être arrêté. Une seconde voiture de police prévenue par radio lui barre la route au niveau de la rue Ste-Anne et de la rue Gassicourt. Pris de panique, Saïdi décide de forcer le barrage et accélère encore. Il remarque qu’il peut passer entre la voiture de police qui fait barrage et le trottoir. Au moment où la R9 est toute proche du véhicule banalisé, Marie-Christine BAILLET, une femme policier, sort subitement du véhicule de police. Tout va très vite, le jeune ne peut éviter le choc contre la portière ouverte, du fait de la vitesse à laquelle il roule. L’accident survient. Mlle BAILLET est écrasée contre sa portière. Il est 2h du matin, un drame vient de se produire en plein milieu de la nuit. Pendant ce temps, Youssef et ses copains sortent de la soirée dansante et reprennent leurs trois voitures. Ils ne savent rien de l’accident qui vient de se produire à Gassicourt. Arrivé au Val-Fourré, Youssef se rend compte qu’il n’a presque plus d’essence dans son véhicule et propose de se rendre à la station service à l’autre bout de la ville. Les trois véhicules se dirigent donc vers le centre ville. Cette fois-ci, ils choisissent de passer via Gassicourt, ignorant totalement qu’ils se dirigent vers le lieu du drame. Au niveau de la place Ste-Anne, ils remarquent en s’approchant du carrefour les lumières des gyrophares en action, et la présence de nombreux véhicules de police et de pompiers. Surpris, ils décident de bifurquer sur la droite à un carrefour se situant à une centaine de mètres du lieu de l’accident. Les policiers présents sur le lieu du drame, ont vu les trois voitures s’approcher. Trois d’entre eux se précipitent vers ce carrefour, au moment même où les trois véhicules prennent leurs virages pour s’éloigner du lieu. Les voitures passées, seul le flic HIBLOT sort son arme, se met en position de tir, et tire sur le dernier véhicule qui s’éloigne. Trois balles de calibre 38 sont tirées, Youssef KHAIF est touché par une balle, sa voiture percute le mur sur la gauche et cale. L’autopsie confirmera que Youssef a été atteint d’une balle en pleine nuque. L’autopsie précisera qu’au moment du tir, la distance entre l’arme du flic HIBLOT et la nuque de Youssef KHAIF est estimée entre 30 et 70 mètres ; elle est même plus proche de 70 mètres que de 30 (extraits du rapport d’instruction). D’ailleurs, seul le policier HIBLOT a dégainé ; les autres, à ses côtés, n’ont même pas éprouvé le besoin de sortir leurs armes, ne se sentant nullement menacés. DIX ANS DE PROCÉDURE Les drames de Mantes-la-Jolie qui ont defrayé la chronique du mois de juin 1991 ont eu droit à un traitement spécial de la part de la justice … un traitement politique. Tout a été fait afin de faire traîner les choses et de transformer le meurtre de Youssef en accident de la légitime defense. Quand on regarde de plus près cette affaire, on s’aperçoit à quel point il y a eu connivence entre la police. la justice et de nombreux médias. Le ministre de l’Intérieur, M. Marchand, se fera (le lendemain du meurtre) le porte-parole de la version policière en accréditant la thèse de la légitime défense et en présentant Youssef KHAIF et Saïdi LHADJ comme des « tueurs de flics ». Le Procureur de la République de Versailles, M. Colleu, lui emboîtera le pas en déclarant à la télévision (Antenne 2) que le dossier est clos et qu’il s’agit d’un regrettable incident de légitime défense. Chose extraordinaire, il n’ouvrira même pas d’information contre X pour coups et blessures … Comme si il ne s’était rien passé ce 9 Juin 1991. La famille KHAIF porte plainte et se constitue partie civile. Une information judiciaire est ouverte et le Juge Desmure est chargé de l’instruction. Il inculpe Hiblot le 5 septembre 1991 pour « coups mortels ». En effet, passée l’émotion qu’avait suscité la mort de la policière Marie-Christine Baillet, la version de la légitime défense avancée par la Police, le gouvernement et la Justice, est contredite par les témoins directs et les expertises balistiques. L’expertise balistique nous apprendra qu’au moment des 3 coups de feu, la voiture de Youssef se trouvait entre 30 et 70 mètres – et même plus proche de 70 metres. Les différents témoignages et la reconstitution qui aura lieu en Juin 1992 indiqueront également que Hiblot n’était absolument pas menacé par les voitures au moment des tirs. Malheureusement, le juge Desmure sera déssaisi de l’affaire et promu Premier Juge d’lnstruction du Tribunal de Grande Instance de Nanterre. Le Juge Jean-Marie Charpier, connu comme étant « l’ami de la police » et pour ses idées d’extrême-droite, reprend l’affaire et cherchera par tous les moyens à disculper le policier Hiblot. Il aura un comportement vexatoire envers la famille KHAIF et fera tout son possible pour retarder la clôture du dossier et le renvoi devant la Chambre d’Accusation. Comment expliquer autrement le fait que l’instruction ait duré 8 années (autant que pour le sang contaminé) et que depuis 1995, il n’y ait plus d’actes d’instruction rajouté au dossier ? En juillet 1997, 6 ans après les faits et presque 5 ans de détention préventive, les Assises de Versailles reconnaissent le caractère accidentel de la mort de Mlle BAILLET mais condamnent Saïd LHADJ à dix ans de prison ferme et 400.000 Frs de dommages et intérêts. En pleine période estivale, en juillet 1998, 7 ans après les faits, la Justice en la personne du Juge CHARPIER rend une décision sur la mort de Youssef KHAIF : non-lieu pour le policier Hiblot. Obligé qu’il est d’admettre que la thèse de la légitime défense ne tient pas, il nous sort « l’état de nécessité « . Ce qui revient à peu de choses près à délivrer un permis de tuer à la Police. Le Parquet général fait appel de cette décision et reconnaît le caractére délirant de l’arrêt du juge Charpier, et pariant sans doute sur la mansuétude d’un jury d’Assises pour le policier. En Mars 2000, la Chambre d’Accusation de Versailles reconnaît enfin le caractère illégitime des tirs de Hiblot et décide de le renvoyer devant la Cour d’Assises des Yvelines pour « Violences avec armes ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». DIX ANS DE MOBILISATION Pendant ces dix ans de parodie judiciaire, la famille Khaïf, le MIB et le comité de soutien « Justice pour Youssef » n’ont jamais baissé les bras ni cédé aux pressions.Pendant ces dix ans de parodie judiciaire, la famille Khaïf, le MIB et le comité de soutien « Justice pour Youssef » n’ont jamais baissé les bras ni cédé aux pressions. Dix ans de luttes, de réunions, de manifestations, sans lesquelles cette affaire serait depuis longtemps enterrée dans les casiers du non-lieu … Comme trop souvent, la justice et les politiques ont parié sur le temps pour que la mobilisation se relâche et que les habitants du Val-Fourré oublient et laissent faire. Mais notre mémoire et notre détermination solide mèneront le policier Hiblot aux Assises à Versailles les 26 – 27 – 28 septembre 2001.

Verdict d’une justice à sens unique , le 28 septembre dans la nuit….acquittement du policier assassin! Ce verdict a au moins le merite de la clareté: c’est une déclaration unilatérale de défiance à l’égard non seulement des jeunes, mais aussi de tous les habitant-e-s du Val Fourré à Mantes-la Jolie, et audelà de toutes les populations des cités populaires.