Mort en prison à 19 ans

Jérémy Martinez avait 19 ans quand il a été retrouvé inanimé dans sa cellule de la maison d’arrêt de Valence (Drôme), mardi 4 mars. Un suicide, a d’abord dit l’administration pénitentiaire quand elle a prévenu la famille. Impossible, ont immédiatement rétorqué la mère et la grand-mère du détenu. Pour elles, il s’agit d’un meurtre – le corps présentait des traces de coups, notamment dans le dos et au niveau du cou. Le jeune homme avait un sac plastique scotché sur la tête. Elles ont porté plainte pour “non-assistance à personne en danger”.

Une information judiciaire pour “homicide volontaire” a également été ouverte par le parquet de Valence, qui dira si le jeune homme a été la victime d’un de ses codétenus et, indirectement, de la surpopulation carcérale, une réalité visible à Valence comme dans de nombreuses autres prisons françaises. Moins d’un mois après le décès de Jérémy Martinez, deux jeunes détenus de cet établissement vétuste ont tenté de mettre fin à leurs jours, tous deux par pendaison, le 31 mars et le 1er avril. Ils ont 27 et 25 ans.

Jérémy Martinez avait commencé sa vie d’adulte en prison, après une enfance ballottée entre deux familles et une adolescence frottée à la petite délinquance du côté de Sorbiers (Loire), où il habitait avec sa mère. Il avait ce qu’on appelle “une bonne tête”, un air attachant qui avait séduit la famille d’accueil où il avait été placé, puis le propriétaire d’un restaurant de Cléon-d’Andran (Drôme), où il apprenait le métier de serveur, et aussi quelques jeunes filles.

Sa première fugue, une poignée d’heures à peine, avait eu lieu avant ses 10 ans. D’autres, plus longues, ont suivi : à 15 ans, il retrouvait parfois deux copains dans un squat. Premiers larcins, premières fréquentations des tribunaux pour enfants. Dégradations, falsifications de chèques, vols de téléphones portables, de voitures et autres : “Cinq ou six dossiers”, selon Me“Il avait besoin d’être encadré”, assure sa grand-mère, Philomène. Marie-Christine Buffard, son avocate. A sa majorité, après un ultime “coup” dans un bureau de tabac, ses sursis sont tombés et il a été condamné à plus d’un an de détention. Quelque temps auparavant, il avait rédigé une lettre à l’attention du juge pour enfants ; il demandait à être suivi après sa majorité.

Il était enfermé depuis trois mois quand il a été retrouvé gisant dans sa cellule. Il avait une blessure à la pommette, une autre au cou et une côte cassée. C’est son codétenu qui avait appelé à l’aide en criant : “Il s’est tué, il s’est tué.” Le garçon avait 19 ans lui aussi, un gabarit imposant, une réputation d’“impulsif” et un casier judiciaire plus lourd : une tentative de meurtre par le feu sur une personne handicapée. “C’était un malade, c’est évident, assure Guillaume Recoin, aumônier de la maison d’arrêt de Valence. Il n’était pas cohérent dans ses propos, incapable de rester assis. Tout le monde savait qu’il y avait un souci avec ce garçon. La semaine avant le drame, j’avais dit au médecin qu’il fallait le mettre à part, le soigner.”

Quand le directeur de la maison d’arrêt de Valence l’a prévenue du drame, la mère de Jérémy a immédiatement rejeté la thèse du suicide. Sa grand-mère aussi. Toutes les deux avaient vu leur fils et petit-fils trois jours plus tôt, lors de leur visite mensuelle. Il y avait aussi Amandine, la jeune soeur du détenu. Uniquement des femmes, donc. Et des femmes qui accusent.

Au parloir, ce samedi 1er mars, Jérémy avait l’air “angoissé”, “terrorisé”, rapporte Philomène Martinez. Il avait déjà une marque sur le visage, sous l’oeil, des traces de coups sur la main. Il avait aussi du mal à se tenir droit et à bouger le bras droit. Il a montré des plaies sous son tee-shirt à sa soeur. Ce jour-là, les trois visiteuses n’ont pas reconnu celui qui, aux premières semaines de sa détention, semblait faire preuve d’une certaine force de caractère : “Je l’ai bien mérité” ; “Je vais prendre du plomb dans la tête”, écrivait-il à ses grands-parents, dans ses lettres pleines de fautes d’orthographe et de “Je vous aime papy et mamie”.

Quand les trois visiteuses ont voulu alerter les surveillants, réclamé la visite d’un médecin, on ne les a pas écoutées, disent-elles. “Lorsque le garde est venu le chercher, nous lui avons dit qu’il fallait un médecin pour Jérémy, relate Philomène Martinez dans une lettre ouverte. Nous lui avons fait remarquer son bras, qu’il ne pouvait plus bouger, et on lui a dit aussi les marques que nous avions remarquées sur sa figure et au dos. Je lui ai dit qu’il ne fallait pas le remettre comme ça dans sa cellule. Le gardien ne m’a pas répondu. Il s’est adressé à mon petit-fils tout doucement, je n’ai pas pu comprendre ce qu’il disait.”

Selon Mme Martinez, une autre surveillante aurait ensuite expliqué qu’il fallait faire un petit mot écrit si le jeune détenu voulait voir un médecin et que l’infirmerie n’était pas ouverte à ce moment-là. Le dispositif médical est réduit le week-end.

Article d’Eric Collier paru sur LeMonde.fr le samedi 5 avril 2008.

Jimmy MUBENGA tué par la police anglaise lors de son expulsion !

 Ce qui devrait être une expulsion ordinaire a viré le 12 octobre 2010 en véritable drame. Jimmy MUBENGA, jeune père de famille de 4 enfants dont une fille d’à peine 7 mois, a été tué par la police anglaise dans l’avion qui devait le ramenait en Angola. Les faits : il y a exactement deux semaines qu’il a été arrêté en train d’attendre son expulsion. C’est courant à Londres. Les candidats au retour forcé en Afrique sont par milliers à retrouver leur Afrique malgré tous ces meurtres d’opposants politiques dont le récent d’Armand Tungulu Mundiandambu. Et depuis deux semaines, Madame Mubenga est resté en contact téléphonique avec son époux. Ce dernier parlait de temps à autre avec ses enfants. La situation a continué ainsi jusqu’à ce 12 octobre 2010, date fatidique pour notre compatriote. C’est ce jour qu’il devait rentrer en Afrique à 20 heures par l’Angola. A 15 heures, il est extrait de son lieu de détention pour l’aéroport en vue d’effectuer les formalités avant l’embarquement. Son épouse suit tout ce processus par téléphone, la police ayant bien sympathisé avec leur détenu mais pour combien de temps. Et à 20 heures, déjà dans l’avion, les passagers ont remarqué un coin bien bruyant. Il y avait là un jeune noir en train de passer un mauvais quart d’heure par trois colosses européens.

Il avait les menottes aux poings et les colosses les tordaient pour le maintenir dans son siège.La scène ainsi surréaliste va finalement réveiller l’attention des passagers. Parmi eux, un angolais qui retrouvait son pays après un séjour européen.Un compatriote vivant au Canada mais en partance vers l’Angola suit aussi cette scène pathétique de son siège. Mais il y a aussi un Anglais, employé dans une plate-forme pétrolière en Angola, qui a tout vu et qui n’aurait pas manqué d’exprimer toute sa désapprobation à la suite de ce traitement inhumain infligé au regretté Jimmy MUBENGA. Mais c’était sans compter la détermination de la police anglaise. Et cette cruauté avait fini par payer : à 22 heures, dans l’avion même, JIMMY MUBENGA a fini par rendre l’âme.C’était la panique à bord et le sauve-qui-peut général. A commencer par les pilotes qui renoncent au voyage. Puis, les passagers qui quittent cet avion de malheur. Et, pince-sans-rire, la police a ramené le corps inanimé de leur victime dans un bureau de l’aéroport. Il n’y avait plus qu’à constater le forfait. Autopsie en catimini …Informée du drame qui venait d’arriver à son mari, Madame ADI s’est mise à localiser la dépouille. Les recherches vont la conduire de l’aéroport, lieu du crime, jusqu’à un hôpital de Londres où elle apprendra que l’on procédait, en son absence ainsi que celle de son avocat, à une autopsie en catimini. Qu’a-t-on à cacher si la victime était décédée d’arrêt cardiaque comme le prétend cyniquement la police anglaise ? On s’attend à la suite.

A Londres, les Congolais qui se retrouvent au deuil sur Woodford Road sont désemparés. Ils pensent que ce crime doit être châtié d’une manière exemplaire. L’avocat de la famille est sur l’affaire.

Abdelhafid Rouag est mort.Que s’est-il passé ?

C’est la question qui reste en suspens… nous vous relatons ici, heure par heure, au jour le jour, ce que nous savons. Vous le remarquerez, une longue période manque… les trous noirs, c’est troublant !
Dans le cas présent, c’est insupportable.

Vendredi 8 octobre, 20h00

Adlen a prévenu Kheira, sa femme, il rentrera tard car il doit aller chercher une camionnette chez un collègue de travail et passera la soirée avec des amis. Selon eux, il les a quittés vers 23h30 car il était fatigué et devait être au travail le lendemain à 5h. (jusqu’à ce jour, Adlen n’a jamais manqué une livraison, toujours ponctuel)

Samedi 9 octobre, 04h00

Selon la première déclaration orale de la police à Kheira (contredite ensuite), une ronde de police découvre Adlen endormi dans sa camionnette frigorifique. Il s’est effectivement garé au 119 avenue de Wagram, sur un secteur interdit au stationnement. « On a tapé sur la vitre pour le réveiller et on lui a demandé de s’en aller » dira-t-on (on ?) plus tard à Kheira. A partir de ce moment, on se perd en conjectures. On ne sait plus. Des policiers (des noms!) ont confirmé à Kheira qu’ils lui avaient fait passer un contrôle alcootest (à 4h00) qui s’est révélé positif. Ce qui est sûr, c’est qu’il a été amené au commissariat de la rue Truffaut (à quelle heure?). Le PV rédigé, apparemment plus tard (à 9h30) (l’exemplaire que nous connaissons n’est pas contresigné par Adlen) précise que la déduction du résultat obtenu (0,4mg/l d’air expiré) permet de déterminer une alcoolémie de 0,77g/l (Nous apprendrons plus tard l’incohérence de ces mesures).

Ce résultat (inférieur à 0,8g/l) relève donc de cette seule clause de la Loi -> voir

Samedi 9 octobre, 09h00

Le patron d’Adlen, ne pouvant le joindre sur son téléphone portable et s’étonnant de son absence, appelle Kheira. De plus en plus inquiète de son silence, Kheira essaye de le joindre sur son mobile toute la matinée… sans succès.

Samedi 9 octobre, 22h02

Après avoir contacté, toujours sans succès, de nombreux commissariats et hôpitaux, Kheira appelle finalement l’hôpital Bichat où on lui confirme avoir trace du passage d’Abdelhafid Rouag entre 10h30 et 11h… sans autre commentaire. On raccroche.

Samedi 9 octobre, 22h25

Insatisfaite de la réponse qui lui a été faite, Kheira rappelle Bichat où, sans plus de détail, on lui conseille de s’adresser au commissariat du XVII° (19 rue Truffaut).

Nouvel appel de Kheira au commissariat. On lui confirme qu’Adlen a bien été interpellé et qu’il est en route pour le Dépôt pour comparution immédiate. (ceci s’avèrera faux).

Remarque: Adlen est supposé avoir été libéré à 18h10… personne n’en informe Kheira lors de son appel !

Dimanche 10 octobre, 16h26

Kheira appelle à nouveau le commissariat pour avoir les coordonnées du Dépôt que les policiers lui communiquent (6 quai de l’Horloge). Il est déjà tard et elle ne peut pas laisser leurs trois enfants seuls. Sans en être heureuse, elle est soulagée de savoir enfin où est Adlen.

Remarque: Alors qu’on dirige Kheira vers le Dépôt (intentionnellement ?), on saura plus tard qu’Adlen est déjà à Bichat depuis plus de 9h sur appel du commissariat aux pompiers!

Dimanche 10 octobre, 16h31

Kheira appelle le Dépôt… pas d’info par téléphone, il faut se déplacer.

Dimanche 10 octobre, 17h00

Au Dépôt, on vérifie attentivement le registre. Adlen n’a jamais été conduit au Dépôt. Le livre des entrées/sorties l’indiquerait. Remarque notable: un fonctionnaire de police, ému du désarroi de Kheira, lui propose d’attendre la fin de son service pour re-vérifier lui-même le registre des entrées. Ce qu’il fait. Pas d’Adlen.

Dimanche 10 octobre, 18h00

Kheira rappelle le commissariat du XVII° (depuis le Dépôt). Réponse «je ne suis pas Mme Soleil, s’il n’est pas au Dépôt, il doit être en prison». Les agents du Dépôt lui conseillent alors d’appeler le Greffe du TGI dès l’ouverture… le lendemain. De plus en plus inquiète, Kheira passe la soirée à contacter les prisons. La Santé vérifie: il n’est pas là. A Fleury-Mérogis, à Fresnes… partout même réponse : « Rappelez demain ».

Lundi 11 octobre, 9h00

Appel au Greffe du Tribunal de Grande Instance qui confirme : « votre mari est convoqué le 4 novembre 2005 (2005 !) à 9H11 au TGI de Paris, chambre 28 ». Mais toujours pas de nouvelles d’Adlen.

Lundi 11 octobre, vers 11h00

Kheira reçoit un appel du Service Réanimation de Bichat : Adlen est dans un «état dramatique , il est dans un coma profond». Il a été amené aux Urgences par les pompiers vers 07h02 la veille. On presse Kheira de venir au plus vite à l’hôpital pour finaliser le protocole. Protocole? (sur le moment, Kheira ne percute pas… plus tard elle comprendra qu’il s’agit de prélèvement d’organes. Quelle délicatesse de la part de l’hôpital !).

Lundi 11 octobre, 13h00

Arrivée à l’hôpital avec sa famille, on les fait patienter pendant UNE heure avant qu’un interne daigne les rencontrer… pour leur confirmer l’état gravissime d’Adlen : (deux hématomes cérébraux sous-duraux.

Lundi 11 octobre, 15h00

Kheira se rend alors avec la sœur d’Adlen au commissariat du XVII°. Sans prêter attention à son état d’inquiétude, elle est reçue dans des conditions honteuses, on (?) lui explique devant les nombreux agents présents (l’esprit de corps) qu’Adlen a été retrouvé au petit matin (4h?) par un policier venant prendre son service et qu’il était sorti la veille « sobre et en bonne santé » du commissariat, le samedi à 18h10.

Avec élégance, les policiers ajoutent : « de toute façon votre mari est un homme qui apparemment se foutait de tout et qui ne tenait pas à la vie ». (sic). Ils lui confirment également qu’il n’a jamais été au Dépôt alors que ce sont les fonctionnaires de ce même commissariat qui lui en avaient communiqué les coordonnées.

Vendredi 15 octobre, 18h45

Monsieur Abdelhafid Rouag est déclaré mort.

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Ce déroulé des faits amène à se poser quelques questions!

Pourquoi le PV stipule 9h30 alors que les policiers de ronde ont dit à Kheira qu’ils lui avaient fait passer le contrôle éthylométrique à 4h00.
Pourquoi une GAV pour 0,4 mg/l (cf convocation TGI) ? (GAV: Garde à Vue) (voir le barême légal)
Pourquoi a-t-on menti (délibérément ?) à Kheira en lui disant qu’Adlen était au Dépôt ?
Pourquoi Adlen n’a-t-il pas appelé sa femme, un ami, son patron après sa « libération » (18h10) ? En était-il capable?
Où est son téléphone portable ?
Pourquoi n’avait-il pas de lacets à ses chaussures à sa « libération » ?
Pourquoi n’a-t-il pas chercher à faire récupérer sa camionnette par un collègue ?
Pourquoi n’a-t-on pas dit à Kheira qu’Adlen avait été libéré lorsqu’elle appelle le commissariat à 22h35 ?
Pourquoi a-t-il mis 8h pour faire 100m ? (entre sa « libération » (18h10) et sa découverte inanimé (04h00) ).
Pourquoi les pompiers interviennent-ils 2h48 (06h48) après sa découverte ? (04h00).
Pourquoi tous les vêtements d’Adlen sont-ils imbibés d’urine ?
Pourquoi l’hôpital refuse-t-il de rendre les clefs de la camionnette ?
Pourquoi Adlen est-il convoqué au TGI si tard, en novembre 2005 ?
Pourquoi l’hôpital Bichat attend 28 heures (lundi vers 11h) avant d’alerter la famille ? (Adlen y est arrivé le dimanche à 7h !)
Comment se fait-il que personne n’ait remarqué Adlen avant ce fonctionnaire matinal (dans une rue passante)? ( voir témoignages )
Par quel miracle, la voiture a pu rester garée 6 jours en stationnement interdit, avenue de Wagram, sans qu’aucune contravention ait été glissée sur le pare-brise? (consignes?)

Collectif de Soutien Adlen

http://collectifadlenrouag.free.fr/adlen_p1_1.htm

EN FRANCE, CRACHER PAR TERRE EN ATTENDANT L’AUTOBUS PEUT VOUS CONDUIRE EN GARDE A VUE…

EN FRANCE, CRACHER PAR TERRE EN ATTENDANT L’AUTOBUS PEUT VOUS CONDUIRE EN GARDE A VUE AVEC PRELEVEMENT D’ADN, VIOLENCES, POURSUITE POUR OUTRAGE & REBELLION… SURTOUT SI VOUS ETES UNE FEMME…
Après le témoignage d’Agathe (procès le 25 novembre à Paris), victime de violences de la part de policiers du commissariat de la rue des Orteaux, dans le 20e arrondissement de Paris, voici maintenant celui de Siham, interpellée dans des conditions quasi-similaires (sur la voie publique, de nuit, violences exercées sur une femme par des flics machos, sadiques [et pas seulement des hommes], dont les méthodes évoquent davantage une dictature qu’une république) par des fonctionnaires de police du même commissariat.
Accusée d’outrage, rébellion et violences, Siham G. passe en procès le 4 septembre, devant la 30e chambre du TGI de Paris. Elle est défendue par Me Irène Terrel.
Délibéré le 18 décembre 2009.

LES FAITS

Samedi 24 janvier 2009, vers une heure du matin, place de la Nation, j’attends un bus de nuit à un arrêt de bus. Je suis un peu alcoolisée, j’ai bu environ 4 verres de vin rouge. Mais j’ai absolument tous mes esprits, je ne titube pas, je ne présente aucun signe d’agitation. Je suis seule et ne prête aucune attention aux voitures qui passent. J’avance un peu au bord du trottoir (je ne descends pas sur la route) pour guetter au loin l’arrivée du bus. Je suis enrhumée, me mouche et crache à mes pieds. Je vois alors deux hommes en uniforme de policiers à la stature imposante sortir d’une voiture, se précipiter sur moi en hurlant que j’ai craché sur eux. Je leur explique que je viens seulement de les apercevoir, que j’ai craché à mes pieds et que j’en ai parfaitement le droit. Ils sont très agités et refusent de m’écouter. Je continue de leur expliquer que mon crachat ne leur était pas destiné, que j’attends simplement le bus. Mais l’un d’eux me saisit très violemment par les poignets et me passe les menottes en m’expliquant qu’il m’emmène au poste pour y passer la nuit en garde à vue. Je suis prise de panique, c’est la première fois qu’on me passe des menottes et je crie au secours, que je n’ai rien fait qui justifie cette agression, je me débat et refuse de les suivre dans la voiture. Je suis profondément choquée par ce que je considère comme une agression et j’appelle au secours. Il n’y a personne. Le bus de nuit que j’attendais passe alors que les policiers tentent de me faire entrer dans la voiture, je leur demande de me laisser monter à bord du bus, que je veux rentrer me coucher. Les policiers refusent, me brutalisent. Le bus ralentit, je me débats, je continue d’appeler à l’aide et explique que je n’ai rien fait, mais le bus ne s’arrête pas et les deux hommes réussissent à me faire entrer dans le véhicule et démarrent. Je suis sous le choc, je viens de me faire agresser par deux hommes, de nuit, alors que j’étais seule et parfaitement calme. Je leur demande ce qui justifie cette arrestation, ils m’expliquent qu’ils ont été outragés par mon crachat et m’accusent de leur avoir tiré la langue. Je nie catégoriquement les faits, leur répète que je ne les avais pas vu avant de les voir surgir de leur voiture, que c’est à mes pieds que j’ai craché et que je ne leur ai jamais tiré la langue. Je leur dis aussi que les menottes me font mal aux poignets, je leur demande de les desserrer. Ils refusent et me demandent: « A quoi croyez-vous que servent les menottes, mademoiselle? » (Durant toute la procédure j’ai demandé qu’on me desserre les menottes, ce qui a à chaque fois été refusé, excepté le lendemain après-midi, alors que mes poignets avaient triplé de volume.)
Je suis profondément bouleversée, je leur explique que je ne comprends pas, qu’il y a méprise. Nous arrivons au poste de police où j’explique que je viens de me faire arrêter abusivement, mais personne ne m’écoute, je demande qu’on me rende ma liberté, qu’on me retire les menottes et me laisse rentrer chez moi. On me demande de souffler dans l’éthylotest, je commence par refuser, rien ne justifiant qu’on entame une procédure de garde à vue. On tente de me faire souffler par la force, je me débats. Une femme policer se jette alors sur moi, et au milieu de la pièce, sans me signifier une fouille en règle commence à m’arracher mes bracelets. Je lui demande de faire attention à mes bijoux qui ne se détachent pas facilement. Mes bracelets et certains de mes colliers sont noués et ne possèdent pas de fermoir, il faudrait donc défaire les nœuds pour ne pas les abimer. Au lieu de ça je sens que la femme les arrache brutalement et les sectionne, (ils sont désormais détruits, je possède toujours les débris). Elle me répond qu’elle « n’a rien à faire de mes bijoux de merde » et me frappe à plusieurs reprises la tête contre le mur carrelé, me causant des douleurs à la tête insoutenables. Elle tire sur un de mes colliers, me plaque la tête contre le mur et appuie brutalement sur ma carotide, me coupant le souffle, m’empêchant de respirer: je suis prise de fureur et la mords au petit doigt, au travers de son gant en cuir. Ce geste était un acte de défense, de détresse intense: l’arrachage, le mépris de mes bijoux et la dignité de ma personne, ainsi que la violence avec laquelle j’étais traitée portait atteinte à mon intégrité, m’humiliant et causant chez moi une incompréhension totale. J’étais impuissante, menottée, violentée, on était en train de me frapper la tête contre un mur carrelé, de m’empêcher de respirer, de m’arracher mes bijoux en m’expliquant clairement qu’on n’en avait rien à faire, et ce devant plusieurs témoins, gardés à vue et policiers. J’ai hurlé ma souffrance d’être traitée ainsi, j’ai crié à l’injustice et me suis débattue alors qu’on me violentait. J’étais profondément choquée, et je cherchais juste à me défendre et faire respecter mes droits fondamentaux d’individu. J’ai ensuite été plaquée à terre par plusieurs policiers. J’ai ensuite accepté de souffler dans l’ethylotest: bien sûr positif. J’ai été placée en cellule de dégrisement jusqu’au matin, puis gardée à vue au commissariat de la rue des Orteaux jusqu’en fin d’après-midi, alternativement menottée (humiliation! douleur!) à un banc ou enfermée en cellule. On ne m’a pas proposé de petit déjeuner, j’ai dê réclamer à manger vers 11 heures.
J’ai refusé d’abord que l’on me prenne mon ADN, puis, devant la menace de prolongement de garde à vue ainsi qu’une très forte amende et un emprisonnement, j’ai finalement accepté, ce qui va à l’encontre de mon opinion: je considère que je n’ai rien commis qui justifie que mon code génétique soit saisi sur un fichier, et conservé à vie. Aujourd’hui, mercredi 28 janvier, je suis encore sous le choc des événements, je suis fatiguée nerveusement et présente encore des bleus et contusions aux maxillaires, au cou, aux poignets, aux bras, aux épaules et aux jambes. Je me considère comme ayant subie des violences injustifiées, de la torture physique et suis profondément choquée psychiquement.
Lors de mon passage à l’hôpital j’ai montré au médecin, qui les a constatées, les marques profondes qu’avaient laissé les menottes à mes poignets, les marques sur mes épaules, mes bras et mes jambes ainsi qu’à mon visage. J’ai aussi expliqué que j’étais en état de choc d’avoir été violentée et humiliée, qu’il s’agissait d’une erreur policière. j’ai demandé au médecin de ne pas me laisser retourner en cage mais il a refusé.
Lors de l’ouverture de mon dossier au matin, j’ai demandé à visionner les images de mon arrestation, imaginant bien qu’elle a été filmée par une caméra, ayant eu lieu place de la Nation. On m’a répondu qu’il n’y avait pas de caméra, ce que je demande à vérifier. Je réfute le fait d’avoir tiré la langue aux policiers et de, comme écrit sur ma convocation, « avoir craché au pied du policier ». J’affirme que je n’ai PAS PU cracher au pied du policier puisqu’il était dans sa voiture à ce moment-là. J’ai craché à mes pieds alors que la voiture de police n’était pas encore arrêtée à mon niveau. Je n’ai aperçu les policiers qu’au moment où ils se sont arrêtés et ont surgi de la voiture. Il s’agit donc d’un mensonge des policiers, qui m’ont tout simplement agressée. Maintenant je dois justifier de m’être défendue. Malheureusement c’est ma parole contre leur assermentation, et je suis considérée comme en état d’ivresse (alors que j’avais tous mes esprits). Mauvais pour moi.

Source: CODEDO