Mantes-la-Jolie : 25ème anniversaire de la mort de Youssef Khaïf

C’était il y a 25 ans. Youssef Khaïf est décédé le 9 juin 1991 à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Le jeune homme en 23 ans qui circulait en voiture a été tué d’une balle dans la nuque.

Pascal Hiblot, le policier auteur des tirs a été jugé 10 ans après les faits par la Cour d’Assises du tribunal de Versailles. Il a été acquitté le 28 septembre 2001.

Un autre jeune du Val Fourré est mort 13 jours avant Youssef Khaïf. C’était Aïssa Ihich, victime d’une crise d’asthme au commissariat de Mantes-la-Jolie le 27 mai 1991.*

 

A RELIRE/ VOIR :
> « Que vaut la vie de Youssef ? » http://policepersonnebouge.free.fr/vpc.htm

http://atouteslesvictimes.samizdat.net/?p=313

et https://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/CYRAN/8139

*Source : mantes-actu.net

YOUSSEF KHAïF Abattu à Mantes-la-Jolie le 9 Juin 1991

  »Youssef, c’est une grande gueule avec des dents de loup contre les injustices » (Lakhdar Madani, organisateur de Caravane 92) Youssef est une « personnalité » du quartier. Avec des jeunes du Val-Fourré et quelques anciens, il participait en 1989 à la création du Collectif Jeune qui lutte contre les injustices quotidiennes que subissent les 17.000 jeunes du Val-Fourré, la plus grande cité d’Europe, avec la volonté, la rage et l’envie de faire exploser le consensus mortel de la répression des « cités maudites ». On le verra défiler des Mureaux à Paris, manifester contre la double-peine, participer aux réunions de Résistances des Banlieues ( un collectif inter-cités qui donnera par la suite naissance au Mouvement de l’Immigration et des Banlieues). Toujours en première ligne, respecté par les jeunes du quartier, Youssef est impatient, pressé d’en découdre avec la hagra (mépris, injustice). Avec d’autres, il tire la sonnette d’alarme sur les risques de déflagration de la marmite-banlieue transformée en cocotte-minute. Après la mort de Aïssa IHICH au commissariat de Mantes-la-Jolie le 27 Mai 1991, Youssef fait encore une fois partie des plus actifs : il prend la tête des manifestations, interpelle la Mairie, met en cause la police. Treize jours plus tard, à l’âge de 23 ans, il nous quittera à son tour, victime de ce qu’il aura toujours combattu durant sa trop courte vie … RAPPEL DES FAITS ÉTABLIS Samedi 9 juin, quartier du Val-Fourré à Mantes-la-Jolie, début de soirée. Beaucoup de jeunes sont au pied de leurs immeubles. Comme d’habitude, « ils font le mur ». Dans ces moments d’ennui, l’action apparaît comme un moyen d’assouvir un besoin vital. Le vol de voiture est une des actions délinquantes qui apporte jeu et excitation et répond à un besoin fort de fuir ce « mouroir », quitte à prendre des risques. Justement, ce soir-là, une soirée dansante était organisée à l’autre bout de la ville, à 4 km du quartier, et bien sûr aucun moyen de s’y rendre. Quelques jeunes du quartier ont commis ce soir l’irréparable : ils volent ensemble trois voitures pour se rendre à la soirée dansante, à la « Cellophane » mais avant, en profitent pour tourner dans le quartier, et épater les copains restés « collés » au mur. Youssef KHAIF fait partie de ce groupe ayant, lui, fauché une Jetta Diesel. A quelques immeubles de là, un autre groupe de jeunes volent une R9 et font à peu près la même chose. Ces deux affaires sont bien indépendantes l’une de l’autre. Si les raisons de vol sont pratiquement les mêmes, les actes n’ont pas été commis en concertation. D’ailleurs, ils n’étaient pas ensemble tout au long de la soirée, même s’ils se sont croisés au cours de la nuit dans ce grand ensemble qu’est le Val-Fourré. Un peu avant 2h du matin, la R9 repérée par la police, est prise en chasse. Durant ce temps-là, les passagers des autres voitures volées, dont Youssef KHAIF, sont à la soirée dansante. Le jeune conducteur de la R9, Saïdi LHADJ, se sentant poursuivi par la police, panique et accélère dans la nuit, par peur d’être arrêté. Une seconde voiture de police prévenue par radio lui barre la route au niveau de la rue Ste-Anne et de la rue Gassicourt. Pris de panique, Saïdi décide de forcer le barrage et accélère encore. Il remarque qu’il peut passer entre la voiture de police qui fait barrage et le trottoir. Au moment où la R9 est toute proche du véhicule banalisé, Marie-Christine BAILLET, une femme policier, sort subitement du véhicule de police. Tout va très vite, le jeune ne peut éviter le choc contre la portière ouverte, du fait de la vitesse à laquelle il roule. L’accident survient. Mlle BAILLET est écrasée contre sa portière. Il est 2h du matin, un drame vient de se produire en plein milieu de la nuit. Pendant ce temps, Youssef et ses copains sortent de la soirée dansante et reprennent leurs trois voitures. Ils ne savent rien de l’accident qui vient de se produire à Gassicourt. Arrivé au Val-Fourré, Youssef se rend compte qu’il n’a presque plus d’essence dans son véhicule et propose de se rendre à la station service à l’autre bout de la ville. Les trois véhicules se dirigent donc vers le centre ville. Cette fois-ci, ils choisissent de passer via Gassicourt, ignorant totalement qu’ils se dirigent vers le lieu du drame. Au niveau de la place Ste-Anne, ils remarquent en s’approchant du carrefour les lumières des gyrophares en action, et la présence de nombreux véhicules de police et de pompiers. Surpris, ils décident de bifurquer sur la droite à un carrefour se situant à une centaine de mètres du lieu de l’accident. Les policiers présents sur le lieu du drame, ont vu les trois voitures s’approcher. Trois d’entre eux se précipitent vers ce carrefour, au moment même où les trois véhicules prennent leurs virages pour s’éloigner du lieu. Les voitures passées, seul le flic HIBLOT sort son arme, se met en position de tir, et tire sur le dernier véhicule qui s’éloigne. Trois balles de calibre 38 sont tirées, Youssef KHAIF est touché par une balle, sa voiture percute le mur sur la gauche et cale. L’autopsie confirmera que Youssef a été atteint d’une balle en pleine nuque. L’autopsie précisera qu’au moment du tir, la distance entre l’arme du flic HIBLOT et la nuque de Youssef KHAIF est estimée entre 30 et 70 mètres ; elle est même plus proche de 70 mètres que de 30 (extraits du rapport d’instruction). D’ailleurs, seul le policier HIBLOT a dégainé ; les autres, à ses côtés, n’ont même pas éprouvé le besoin de sortir leurs armes, ne se sentant nullement menacés. DIX ANS DE PROCÉDURE Les drames de Mantes-la-Jolie qui ont defrayé la chronique du mois de juin 1991 ont eu droit à un traitement spécial de la part de la justice … un traitement politique. Tout a été fait afin de faire traîner les choses et de transformer le meurtre de Youssef en accident de la légitime defense. Quand on regarde de plus près cette affaire, on s’aperçoit à quel point il y a eu connivence entre la police. la justice et de nombreux médias. Le ministre de l’Intérieur, M. Marchand, se fera (le lendemain du meurtre) le porte-parole de la version policière en accréditant la thèse de la légitime défense et en présentant Youssef KHAIF et Saïdi LHADJ comme des « tueurs de flics ». Le Procureur de la République de Versailles, M. Colleu, lui emboîtera le pas en déclarant à la télévision (Antenne 2) que le dossier est clos et qu’il s’agit d’un regrettable incident de légitime défense. Chose extraordinaire, il n’ouvrira même pas d’information contre X pour coups et blessures … Comme si il ne s’était rien passé ce 9 Juin 1991. La famille KHAIF porte plainte et se constitue partie civile. Une information judiciaire est ouverte et le Juge Desmure est chargé de l’instruction. Il inculpe Hiblot le 5 septembre 1991 pour « coups mortels ». En effet, passée l’émotion qu’avait suscité la mort de la policière Marie-Christine Baillet, la version de la légitime défense avancée par la Police, le gouvernement et la Justice, est contredite par les témoins directs et les expertises balistiques. L’expertise balistique nous apprendra qu’au moment des 3 coups de feu, la voiture de Youssef se trouvait entre 30 et 70 mètres – et même plus proche de 70 metres. Les différents témoignages et la reconstitution qui aura lieu en Juin 1992 indiqueront également que Hiblot n’était absolument pas menacé par les voitures au moment des tirs. Malheureusement, le juge Desmure sera déssaisi de l’affaire et promu Premier Juge d’lnstruction du Tribunal de Grande Instance de Nanterre. Le Juge Jean-Marie Charpier, connu comme étant « l’ami de la police » et pour ses idées d’extrême-droite, reprend l’affaire et cherchera par tous les moyens à disculper le policier Hiblot. Il aura un comportement vexatoire envers la famille KHAIF et fera tout son possible pour retarder la clôture du dossier et le renvoi devant la Chambre d’Accusation. Comment expliquer autrement le fait que l’instruction ait duré 8 années (autant que pour le sang contaminé) et que depuis 1995, il n’y ait plus d’actes d’instruction rajouté au dossier ? En juillet 1997, 6 ans après les faits et presque 5 ans de détention préventive, les Assises de Versailles reconnaissent le caractère accidentel de la mort de Mlle BAILLET mais condamnent Saïd LHADJ à dix ans de prison ferme et 400.000 Frs de dommages et intérêts. En pleine période estivale, en juillet 1998, 7 ans après les faits, la Justice en la personne du Juge CHARPIER rend une décision sur la mort de Youssef KHAIF : non-lieu pour le policier Hiblot. Obligé qu’il est d’admettre que la thèse de la légitime défense ne tient pas, il nous sort « l’état de nécessité « . Ce qui revient à peu de choses près à délivrer un permis de tuer à la Police. Le Parquet général fait appel de cette décision et reconnaît le caractére délirant de l’arrêt du juge Charpier, et pariant sans doute sur la mansuétude d’un jury d’Assises pour le policier. En Mars 2000, la Chambre d’Accusation de Versailles reconnaît enfin le caractère illégitime des tirs de Hiblot et décide de le renvoyer devant la Cour d’Assises des Yvelines pour « Violences avec armes ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». DIX ANS DE MOBILISATION Pendant ces dix ans de parodie judiciaire, la famille Khaïf, le MIB et le comité de soutien « Justice pour Youssef » n’ont jamais baissé les bras ni cédé aux pressions.Pendant ces dix ans de parodie judiciaire, la famille Khaïf, le MIB et le comité de soutien « Justice pour Youssef » n’ont jamais baissé les bras ni cédé aux pressions. Dix ans de luttes, de réunions, de manifestations, sans lesquelles cette affaire serait depuis longtemps enterrée dans les casiers du non-lieu … Comme trop souvent, la justice et les politiques ont parié sur le temps pour que la mobilisation se relâche et que les habitants du Val-Fourré oublient et laissent faire. Mais notre mémoire et notre détermination solide mèneront le policier Hiblot aux Assises à Versailles les 26 – 27 – 28 septembre 2001.

Verdict d’une justice à sens unique , le 28 septembre dans la nuit….acquittement du policier assassin! Ce verdict a au moins le merite de la clareté: c’est une déclaration unilatérale de défiance à l’égard non seulement des jeunes, mais aussi de tous les habitant-e-s du Val Fourré à Mantes-la Jolie, et audelà de toutes les populations des cités populaires.

AÏSSA IHICH – 19 ans – Victime d’une Ratonnade Policière…et Judiciaire

RAPPEL DES FAITS
Samedi 25 Mai 1991, vers 22 heures, des jeunes sont refoulés de la patinoire de Mantes La Jolie où se donnait une soirée d’une association sportive proche de la police. Les jeunes passablement énervés par des contrôles systématiques depuis une semaine s’en prennent aux voitures des convives et aux véhicules de police stationnés.

La police est appelée en renfort. S’ensuivent jets de pierres et batailles rangées. Le Préfet emploiera les grands moyens en ordonnant aux compagnies de CRS (déjà présentes sur Mantes) et aux effectifs de la police urbaine d’encercler le quartier, lui donnant des allures de camps retranchés. Vers 23 heures un groupe de sept policiers s’engouffrent dans une allée à la poursuite des jeunes qui viennent de lancer des pierres sur une voiture de police. Les jeunes se mettent tous à courir.

Aïssa IHICH, 19 ans, qui rentrait chez lui, prend peur et se met lui aussi à courir. Des policiers le poursuivent et le plaquent au sol. C’est là que, selon le témoignage d’un CRS qui devra s’interposer, Aïssa est passé à tabac à coup de matraque et de manche de pioche par 2 policiers de la police urbaine. Les policiers frappent sans voir, Aïssa crie  » Ne me frappez pas, je n’ai rien fait, je suis asthmatique ! « . Des CRS interviennent alors qu’Aïssa est traîné vers le panier. Quelques coups de pieds lui sont encore assénés par les hommes de la police urbaine.

Sur le procès verbal enregistré au commissariat, les policiers consigneront les accusations d’Aïssa qui désignent précisément les policiers qui l’ont frappé. Les policiers affirment eux n’avoir employé que la force nécessaire et suffisante à l’interpellation. En effet, dans le rapport d’interpellation d’Aïssa, la police urbaine revendiquait l’arrestation. Plus tard, elle s’en déchargera sur les CRS. Les témoignages ont établi qu’Aïssa a fait état lors de sa garde à vue de la forme grave d’asthme dont il souffrait et que ses parents se sont présentés, en vain, au Commissariat pour fournir les médicaments indispensables. Conformément au code de procédure pénale, les policiers s’en sont remis à l’examen d’Aïssa, en faisant appel à un médecin, le docteur PEROL, qui a estimé que l’état d’Aïssa est  » compatible avec toute mesure de garde à vue « .

Aïssa apprend le dimanche 26 mai qu’il sera déféré au Parquet de Versailles pour y être inculpé de « jets de pierres sur agent de la force publique ». Jusqu’ici, c’est banal et c’est la triste réalité des pratiques policières dans les cités périphériques. Malheureusement, Aïssa décède d’une crise d’asthme aigue, le lundi 27 mai au matin.

Pour la police, c’est une mort naturelle provoquée par le stress. Pour la famille IHICH, cette crise a été provoquée par le tabassage d’Aïssa. La famille se porte partie civile et demande que les policiers tabasseurs soient mis en examen pour « coups et blessures volontaires », ce que le juge CHARPIER refusera pendant toute l’instruction, considérant que les les policiers n’ont pas outrepassé leurs droits. Cette assertion sera démentie par d’éminents spécialistes qui concluent en 1992 que des coups ont bien été portés et qu’ils ont contribué à la crise fatale. En septembre 1996, le juge CHARPIER (qui se sera comporté pendant toute l’affaire comme l’avocat de la police) rend un arrêt de non-lieu pour les policiers et renvoie à la responsabilité du Dr Pérol pour « négligence médicale ». L’ avocat de la famille, Maître Leclerc, fait appel de cette décision et obtient de la Chambre d’Accusation la mise en examen des policiers MATHELIN, LEFEVRE, et BATTISTUTTA pour « Violences n’ayant pas entraîné d’ITT supérieure à 8 jours mais commises avec usage ou menace d’une arme par personne dépositaire de l’autorité publique ».

Interview de la mère de Madame Ihich et sa fille Sonia la soeur de Aissa :

Que s’est-il passe ce soir-là ?

Mme Ihich : Mon fils est rentré du travail, il a posé ses affaires et m’a

dit qu’il partait à la mosquee faire sa priere et après voir un de ses

copains. Je me suis couchée; Je me suis réveillée à 2h du matin, il n’etait

toujours pas rentré. par la fenêtre, j’ai vu des bagarres avec la police. Je

l’ai attendu jusqu’au matin. Son pere est parti le chercher mais il ne l’a

pas trouve chez son copain. Comme il y avait eu des émeutes, son pere est

parti au commissariat, au cas ou. On lui a dit qu’Aissa etait là mais qu’il

ne pouvait pas le voir. Mon mari leur a explique qu’il etait en tres

mauvaise santé et qu’il fallait lui donner son medicament. Les policiers lui

ont repondu que ce n’etait pas la peine.Quand j’ai su que Aissa avait ete

arréte, je me suis dit qu’il allait ressortir tout de suite puisqu’il

n’avait jamais eu aucun probleme avec la police. Vous savez j’avais

confiance en la police. Deux fois, mon mari est parti avec la Ventoline mais

les policiers ne voulaient pas la prendre.
 A 13h le lundi, on m’a téléphoné en me demandant de venir vite au

commissariat avec les medicaments. J’ai aussi apporté son carnet de sante.

Là bas, un jeune policier m’a regardé, mal à l’aise.
Ils m’ont fait sortir du commissariat, j’ai dû taper sur la porte, crier que

je voulais voir mon fils. J’ai vu le medecin sortir tranquillement du

commissariat et parler avec des inspecteurs. Je sentais bien qu’il y avait

un problème. Finalement, je suis rentrée et je suis montee à l’etage où un

inspecteur m’a demandé de signer un papier. Quand j’ai commence à lire, il

m’a demandé comment ça se faisait que je savais lire. Il m’a dit aussi qu’on

avait qu’a ne pas faire autant d’enfants, comme des lapines. Je n’ai pas

signée, j’ai redemandée à voir mon fils. Ils m’ont emenée dans plusieurs

bureaux, personne ne me disait où était Aissa. Dans un bureau, un inspecteur

a reçu un coup de fil, il m’a regardé et a dit « je ne peux pas vous parler,

la mere est là ». Là j’ai sentie que mon fils était mort. J’ai vu une voiture

de pompiers qui sortait du commissariat. Des jeunes m’ont vu courir apres

les pompiers et m’ont demandé ce qu’il se passait. Je leur ai expliqué et

ils se sont dirigés à l’interieur du commissariat. Quand ils ont vu les

jeunes se rapprocher, les policers m’ont mis dans une voiture et on a suivi

les pompiers. Je suis arrivée à l’hôpital même pas 10 minutes après les

pompiers. Là, un medecin est venu me voir apres quelques minutes pour me

dire qu’Aissa etait mort. Je suis rentrée le voir. Il etait allongé sous un

drap. Il avait du sang qui sortait du nez et de la bouche. Il avait des

bosses comme des oeufs sur tout le côté gauche de la tête. Son corps etait

couvert de marques de coups, surtout à gauche, sur les côtes.Le corps etait

plein de bleus. Vous savez, j’ai éte infirmiere, au Maroc et a Argenteuil,

je connais tout ça. Si c’etait des marques de la reanimation, elles seraient

sur la poitrine, vers le coeur, pas sur toutes les côtes. Et il etait tout

froid. Je sais qu’il est mort au commissariat.

Comment ça s’est passé les jours suivants?

La nouvelle s’est repandue. Dans les jours suivants, il y a beauoup de

familles qui sont venues nous voir, des amis, des voisins. Aussi plein de

journalistes, d’avocats, même le premier ministre. Dans le quartier, les

jeunes se rassemblaient devant chez nous ou devant le commissariat.

Et ensuite, vous avez ete soutenus ?

Mme Ihich : Pendant un an, beaucoup de familles et de voisins du quartier

sont venus et nous ont aidés dans la vie quotidienne. Mais beaucoup de ceux

qui faisaient des promesses comme Edith Cresson ont disparu, on a rien vu

venir de leur part, ils ne nous ont jamais aidés dans les demarches, avec

les juges…

Sonia : Je veux dire aussi que deux jours apres la mort de Aissa, on a reçu

de nombreuses lettres de menace, des lettres racistes, des lettres de

reproche comme quoi il n’avait pas à être dehors. Des coups de fil aussi qui

disait : « Vous allez le ramener au Maroc en chameau »…De qui ça vient, je

ne sais pas, mais ça faisait encore plus de souffrances à supporter.

Que sont devenues les affaires de Aissa ?

Sonia : le lundi matin, j’avais éte voir Aissa au commissariat, je l’ai

aperçu. J’ai vu que son survetement (qu’il mettait pour la premiere fois),

etait plein de sang et tout dechiré. Plusieurs jours plus tard, je suis

retournée à l’h™pital pour recuperer ses vêtements. Une dame est venue me

voir et m’a dit que quand le corps de mon frere est parti à Garches, les

vêtements l’avaient suivi mais que quelqu’un de la police, apparemment haut

placé, a telephonné et a demandé à ce que les vêtements soient brûlés.

Aujourd’hui, on ne sait toujours pas ce que sont devenus ces vêtements.
 Ce sont des pièces a conviction qui prouvent la brutalite qu’a subi Aissa.

Le carnet de sante qui mentionnait l’asthme d’Aissa a ete perdu lui aussi.

Comme par enchantement, toutes les preuves ont disparu.

Aujourd’hui, 10 ans apres qu’attendez-vous de ce proces ?

Mme Ihich : J’attends la justice, même 10 ans apres. Je ne recupererai

jamais mon fils, mais je ne veux pas qu’une autre mere perde son enfant

parce qu’il etait au mauvais endroit au mauvais moment. Vous savez, c’est

vrai qu’il y a des policiers qui sont morts, et ça me fait mal au coeur

parce que je pense à leur mère,à leur famille, mais ce sont les risques du

metier. Mon fils, c’est pas les risques du metier, il n’a tué personne, il

n’avait rien fait, rien demandé.

Sonia : Moi, j’attends que tous ceux qui du côte de la police, ont participé

à la mort de Aissa, c’est-à-dire ceux qui l’ont frappé, ceux qui ont laissé

faire, et le medecin Perol, que tous soient séverement punis. Aujourd’hui,

des jeunes eux sont séverement punis quand malheureusement ils volent ou ils

cassent, ils sont punis quand ils insultent un policier. Par contre, quand

la police saccage une vie, nos vies, avec toutes les souffrances qui vont

avec, ils n’ont rien. Ca c’est inadmissible. Apres mon frere, d’autres sont

morts. Si on avait puni avant ceux qui ont tué Aissa, on en serait peut-être

pas là aujourd’hui. S’ils ne sont jamais condamnés, ils recommenceront

toujours. Aujourd’hui la police a tous les droits, ils menacent des gens,

abusent de leur pouvoir, ils profitent que l’Etat leur laisse tout faire. Je

parle peut-être pas de tous les policiers mais malheureusement beaucoup sont

comme ça. Il faut que les coupables aillent en prison, qu’ils reflechissent

sur ce qu’ils ont fait, sur leur sauvagerie. Aissa pesait moins de 50 kg,

ils se sont mis à 5 sur lui à coups de manches de pioche. Ce sont eux les

delinquants. YOUSSEF KHAìF A Mantes, il existe dejà un Collectif Jeunes qui

travaille avec le groupe Resistances des Banlieues (qui deviendra plus tard

le MIB) et lutte pour plus de justice au Val Fourré. Apres la mort d’Aissa,

de nombreux jeunes se mobilisent, Youssef fait partie des plus actifs. Il

interpelle la Mairie, prend la tête des manifestations, met en cause la

police. Deux semaines plus tard, il est à son tour tué par le policier

Hiblot d’une balle dans la nuque. Apres, là aussi 10 ans de parodie de

procédure, apres un non-lieu en 1998, apres la tentative du juge Charpier et

de syndicats de police d’imposer le droit de tirer pour « état de

necessite ».(…)