Abattu par un policier : la famille parle de « bavure »

L’enquête préliminaire autour de la mort de Denis Ivanov, abattu par un policier en intervention le 7 décembre à Clouange, s’oriente vers un acte de légitime défense. Une version désormais contestée par la famille de la victime.

Elle s’était tue jusqu’à présent. Murée dans la peine de perdre un fils, un frère, un des siens. La famille de Denis Ivanov assistait, avec un certain recul et une vraie retenue, à l’enquête et au remue-ménage entourant la mort brutale du jeune homme de 30 ans. Il a été abattu le 7 décembre par un policier, lors d’une intervention à Clouange. Trois agents l’ont surpris sur le palier de l’appartement familial de la rue Clémenceau, avec un long couteau sur son torse. Il se serait précipité sur eux, l’arme en avant. Le premier policier a tiré sept fois pour l’arrêter. « Sept balles, c’est énorme. Mes clients ont du mal à croire que les policiers ne pouvaient pas faire autrement pour le stopper », tance Me Nour Hellal, avocat du frère et du père de la victime. Une plainte pour homicide a été déposée.

Aux premières heures des investigations, l’enquête confiée à la police judiciaire de Metz apparaît pourtant limpide. Le jour même, le procureur de la République de Thionville confie sa principale hypothèse de travail. Pour Jean-François Mailhes, les tirs policiers s’apparentent à « de la légitime défense. Il faut toujours rester prudent, mais certains éléments le laissent penser. »

Couteau contre arme à feu

Il y a d’abord l’endroit, un palier au dernier étage, exigu, étroit. Il y a ensuite la détermination de Denis Ivanov. Le matin même, il avait été prié de quitter le logement de sa mère qu’il terrorisait. L’après-midi, les policiers l’ont retrouvé excité. Il n’a pas été possible de parlementer. « Il faisait 60 kg, ne se nourrissait presque pas, détaille Me Hellal, avocat aux barreaux de Paris et de Luxembourg. Il avait la force d’un moineau. Comment se peut-il qu’ils n’aient pas pu le maîtriser sans faire usage de leur arme ? »

L’enquête n’est pas terminée, le procureur de Thionville attend notamment les résultats balistiques pour prendre une décision définitive. Mais la famille émet déjà des doutes sur les angles de tir. « D ’après ce que l’on a pu constater, il semble que la victime ait reçu des balles alors qu’elle était à genoux. C’est pour ça que le terme légitime défense nous fait bondir. On a vraiment du mal à y croire. »

La version du policier mis en cause n’a pas varié depuis le 7 décembre. « Il a le sentiment que c’était lui ou l’homme au couteau », selon son avocat messin, Me Adjemi. Des syndicats de police estiment même qu’il « a sauvé les autres collègues. Même si, bien sûr, on pense à la victime, le tireur pouvait-il faire autrement ? »

La famille Ivanov le croit. Et attend, avec impatience, la position du parquet de Thionville. « Jusqu’à preuve du contraire, cette mort est un crime , accuse Me Hellal. La légitime défense doit répondre à des critères précis et quand on tire sept fois sur quelqu’un armé d’un couteau, il y a une forme de disproportion inquiétante. »

L’avocat devrait rapidement se constituer partie civile. Sans doute le début d’un combat d’experts. Jusqu’ici, il n’était question, dans ce dossier, que de légitime défense. Pour Me Hellal, il s’agit désormais « d’une bavure. Le mot est lâché. »

source : http://www.republicain-lorrain.fr/moselle/2013/02/07/abattu-par-un-policier-la-famille-parle-de-bavure

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