Mort de Zyed et Bouna : relaxe des policiers confirmée en appel

Zyed et Bouna sont morts électrocutés le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois. (DR.)
 «On a perdu. » La phrase est lâchée au téléphone ce vendredi matin, à la sortie de la cour d’appel de Rennes, par Emmanuel Tordjman, l’un des avocats des familles Traoré, Benna et Altun. Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, leurs enfants, Bouna et Zyed, 15 et 17 ans, sont morts électrocutés dans un transformateur, où ils s’étaient réfugiés pour échapper à un contrôle de police. Seul Muhittin Altun, 17 ans à l’époque, avait survécu, grièvement blessé.

Après de nombreux rebondissements judiciaires, deux fonctionnaires de police, un gardien de la paix de la BAC (brigade anticriminalité) sur les lieux ce jour-là et la standardiste stagiaire du commissariat de Livry-Gargan ont été poursuivis pour non-assistance à personne en danger. Le tribunal correctionnel de Rennes, qui les a jugés pendant une semaine en 2015, les a finalement relaxés.

La partie civile va former un pourvoi en cassation.

Les parties civiles ont fait appel sur les intérêts civils, ce qui a donné lieu à une nouvelle audience le 13 mai 2016, laquelle s’est résumée aux seules plaidoiries des avocats. La partie civile a tenté de faire reconnaître la faute des policiers et réclamé 1,47 M€ de dommages et intérêts.

Daniel Merchat, avocat des policiers, comme l’agent judiciaire de l’Etat, se disaient sereins à la sortie de l’audience. Ce vendredi 24 juin, la cour d’appel leur a donné raison. « Le jugement correctionnel est confirmé dans toutes ses dispositions », commente, satisfait Me Daniel Merchat. Pour autant, cet arrêt n’est pas l’épilogue judiciaire de l’affaire.

La partie civile annonce d’ores et déjà un pourvoi en cassation.

 

 

 

 

 

 

 Source : http://www.leparisien.fr/clichy-sous-bois-93390/mort-de-zyed-et-bouna-relaxe-des-policiers-confirmee-en-appel-24-06-2016-5910027.php

A Clichy pour Zyed et Bouna : « Des bougies à l’heure où la lumière s’est éteinte il y a dix ans »

 

« Les familles des deux adolescents et des centaines d’anonymes se sont retrouvés mardi à Clichy-sous-Bois pour commémorer l’anniversaire de la mort de Zyed et Bouna. »

De nombreux politiques dont le ministre de la Ville, Patrick Kanner était présent et ce monsieur a parlé d’un accident en parlant de la mort de Zied et Bouna pour nier publiquement encore une fois la responsabilité policière….

Une stèle et une rue au nom des deux adolescents ont été inaugurées mardi à Clichy-sous-Bois.
 

Une stèle et une allée au nom des deux adolescents ont été inaugurées à Clichy-sous-Bois.

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Pour vraiment bien faire et que la mémoire des faits ne soit pas bafoués la cause de la mort de Zied et Bouna aurait dû être inscrite sur la plaque de l’allée avec leurs noms. 

 

Adel Benna, frère de Zyed : « La France est devenue un cauchemar »

 

Adel Benna. (Iannis Giakoumopoulos pour l'Obs)Adel Benna. (Iannis Giakoumopoulos pour l’Obs)

27 octobre 2005, Clichy-sous Bois. Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, meurent électrocutésaprès une course-poursuite avec la police. Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, prétend alors que les enfants sont des voleurs. A tort. Les amis des adolescents, leurs voisins, la jeunesse des quartiers populaires, ripostent par des émeutes qui, comme une traînée de poudre solidaire, se propagent à des centaines de villes partout en France.

Les images de voitures enflammées, d’Abribus couchés, de CRS en faction et de jeunes encapuchonnés font le tour du monde. La France apparaît comme un pays en guerre civile. Le gouvernement décrète l’état d’urgence. Plus de 6.000 personnes sont interpellées, 30 communes instaurent un couvre-feu.

Dix ans après, que reste-t-il de ces affrontements? La justice a relaxé les policiers. Des personnes ont été, par leur fonction, leur histoire ou le hasard, touchées au plus près. Adel Benna, frère de Zyed, se souvient.

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Il touille son café à n’en plus finir, gratte et regratte les bords de sa tasse. Dans sa tête aussi, il remue le drame, ressasse les détails. Mais rien n’y fait :

C’est comme si j’étais pris dans une machine infernale, j’essaie d’oublier, et c’est toujours pire. »

Un fantôme s’est installé sur le visage d’Adel Benna (1). A 39 ans, il a les mêmes yeux marron, les mêmes pommettes saillantes, la même bouche dessinée au crayon que son petit frère. Adel se souvient de leur dernier échange :

C’était à Clichy, juste avant le ramadan, je le mettais en garde, je lui disais de rester dans le droit chemin. »

Zyed était arrivé quatre ans plus tôt en France, il avait fait de gros efforts, parlait bien le français. Le 27 octobre 2005, il est parti jouer au foot avec Bouna. Sur le retour, leur chemin a croisé celui de la police. Zyed et Bouna ont fini électrocutés.

« Aujourd’hui, je comprends la colère des émeutiers »

Clichy-sous-Bois s’est embrasé. Adel entend encore « les sirènes, les survols d’hélicoptères, les cris ». Lui qui avait quitté son petit village tunisien du bord de mer depuis un an, pour rejoindre sa femme enceinte :

Je ne connaissais rien, ni les médias, ni les politiques, ni la justice… »

Dévasté et dépassé, il s’est retrouvé à sillonner les rues avec ses parents pour appeler au calme :

On protégeait la France. Mais aujourd’hui, je comprends la colère des émeutiers, ils ont pris des risques pour défendre la mémoire de nos frères. »

Les parents Benna ne demandaient rien que de se retrancher dans leur deuil, répétant : « La France nous a donné beaucoup, mais elle nous a pris notre fils. » Adel leur répondait que non, « il s’agissait d’un policier, peut-être deux, mais pas d’un pays ». Il a secoué son père, sa mère, « je leur ai dit qu’il fallait se battre pour connaître la vérité, ces enfants sont morts pour rien ».

Une jeunesse que l’Etat maltraite

Les familles se sont donc engagées dans dix années de lutte. Pour un résultat, au printemps dernier, qui a été « le coup fatal ». Les policiers poursuivis pour non assistance à personne en danger ont été relaxés. Et les familles, jugées irrecevables à se constituer partie civile, comme si Zyed et Bouna n’étaient pas des victimes.

La France est devenue un cauchemar, l’islamophobie et le racisme ne font qu’enfler. Nous pouvons nous résoudre à la mort de Zyed, car nous croyons au destin. Mais l’injustice qui persiste, c’est sa mémoire qu’on salit. »

Adel Benna dit que la société française « se met en péril : c’est toute une jeunesse que l’Etat maltraite. Ma femme, née en France et d’origine tunisienne, s’est sentie rejetée ». Le couple a scolarisé ses deux filles en Tunisie. Il n’est plus en France que pour travailler, rembourser le crédit de la maison achetée en 2013, en attendant qu’elle soit vendue. Le jour du jugement, Adel et sa femme ont décidé que « c’était fini ». Ils quittent la France.

Elsa Vigoureux et Gurvan Le Guellec

(1) Coauteur de « Zyed et Bouna », de Gwenael Bourdon, avec Siyakha Traoré, éd. Don Quichotte. [Reprendre la lecture de l'article]

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20151023.OBS8182/adel-benna-frere-de-zyed-la-france-est-devenue-un-cauchemar.html

ZIED ET BOUNA : « Il ne faut pas oublier »

Dix ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, le drame qui a déclenché la révolte des banlieues, leurs frères se confient dans un livre.

 

Sans aucun esprit de revanche malgré une douleur toujours vive, Adel Benna et Siyakha Traoré racontent leur histoire, celle de familles dont la tragédie intime est devenue drame national.

Sans aucun esprit de revanche malgré une douleur toujours vive, Adel Benna et Siyakha Traoré racontent leur histoire, celle de familles dont la tragédie intime est devenue drame national. (Photomontage. AFP/G. Gobet et LP/O. Arandel.)

 

Voilà dix ans qu’ils font face, ensemble. Siyakha Traoré et Adel Benna, 31 et 39 ans, sont les grands frères de Bouna et Zyed. Les deux adolescents de 15 et 17 ans sont morts le 27 octobre 2005, électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Ils s’y étaient réfugiés pour échapper à la police. Un troisième adolescent, Muhittin Altun, était grièvement blessé.

Ce drame fut l’étincelle qui mit le feu aux banlieues cet automne-là, agitées durant trois semaines par des émeutes sans précédent. En mai dernier, au terme d’une interminable procédure judiciaire, deux policiers, mis en examen pour « non-assistance à personne en danger », ont finalement été relaxés. Dans « Zyed et Bouna », avec Gwenael Bourdon, journaliste à l’édition de Seine-Saint-Denis du « Parisien », les frères endeuillés ont raconté leur histoire, celle de familles dont la tragédie intime est devenue drame national. Chacun de leur côté, ils nous expliquent leur démarche.

Comment est née l’idée de ce récit ?
SIYAKHA TRAORÉ. Il fallait dire nos émotions, ce qu’on a vécu. Bouna et Zyed sont décédés, à nous de les faire vivre. J’avais cette idée en tête et Gwenael Bourdon est venue me proposer de l’écrire, avec Adel. Je ne pouvais pas me défausser : nos deux familles sont liées depuis dix ans, on a toujours avancé ensemble.

Cela fera dix ans à la fin du mois, pourquoi ne pas avoir parlé avant ?
S.T. Il fallait attendre la fin de l’affaire judiciaire, ce procès qui s’est malheureusement terminé par une relaxe. Et c’est vrai que j’ai hésité. Dans ma famille, on a des principes. Il n’était pas question de faire de l’argent sur le dos des morts.

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez eu le livre en mains ?
S.T. On ne peut qu’être fiers. Face aux médias, la parole a toujours été limitée. Là, même dans un livre, je me dis parfois que je n’ai pas tout dit, ou pas assez. Mais l’important, c’était de raconter notre histoire.
ADEL BENNA. Je suis content que ce soit fait pour laisser une trace. Il ne faut pas oublier ce qui est arrivé.

A qui vous adressez-vous ?
S.T. A la France entière, parce que ça a été un drame national. J’espère que le lecteur se dira : « Ce que je suis en train de lire, ce n’est pas ce que j’ai vu à la télé à l’époque. » Il y a eu les émeutes et plein de récupérations politiques. Certains ont vendu du rêve sur notre cauchemar. Mais il y avait aussi des familles dans le chagrin, auxquelles on avait promis transparence et justice. En fait, il y en a eu pour dix ans et ce sont elles qui ont pris cette peine-là.
A.B. Plein de gens pensent encore que Zyed et Bouna étaient des délinquants. Ils n’ont retenu que la première version. On se souvient comment ont réagi les politiques, c’était mettre le feu aux poudres. Le livre s’adresse aussi à mes enfants qui vont grandir et demanderont ce qu’il s’est passé en 2005. Il montre que l’égalité et la justice sont des idéaux qui ne sont pas encore atteints.

Ce récit, c’est une façon de régler vos comptes avec la police ?

S.T. Pas du tout, je n’ai pas l’esprit revanchard. On ne va pas mettre tous les policiers dans le même panier, comme on ne veut pas les laisser y mettre tous les jeunes. Je veux juste faire prendre conscience de notre vécu.
A.B. Mon frère est mort et enterré, rien ne le fera revenir. Quand on a porté plainte, ce n’était pas dans l’espoir de la condamnation des policiers, on attendait au maximum des excuses. C’était surtout pour que des leçons soient tirées de tout ça, que les regards sur les quartiers changent.

Comment avez-vous traversé ces dix ans ?

S.T. Très vite, j’ai dû prendre des responsabilités. Chez nous, il y a de la pudeur. J’ai dû représenter la famille auprès des médias, du monde judiciaire. Tout est allé très vite : il y a eu les émeutes, je ne réalisais pas. On a pris sur nous pour appeler au calme : il fallait que la France s’apaise. Depuis, on essaie d’avancer, mais ce drame m’a forgé.
A.B. Pour nous, ce n’est pas possible de tourner la page. On souffre toujours. J’étais plein d’espoir en arrivant en France ( NDLR : en 2004), mais, aujourd’hui, même ma femme, qui y a toujours vécu, veut la quitter. Elle m’a dit : « C’est pas la France telle qu’on l’apprend à l’école. Alors on va s’installer en Tunisie. »

 

Source : Propos recueillis par Aurélie Foulon | 30 Sept. 2015, http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/il-ne-faut-pas-oublier-30-09-2015-5138803.php