Moussa, Adama Traoré… enquête sur l’étrange business de l’avocat Karim Achoui

Banni des tribunaux, «l’avocat des voyous» fait son grand retour en France en défendant des causes très médiatisées. Mais plusieurs de ses anciens clients interrogés par BuzzFeed News l’accusent de «manipulation» et de «récupération». D’après nos informations, la brigade financière enquête sur ses pratiques.

Il y a deux points communs dans la plupart des dossiers que Karim Achoui défend: ils ont un puissant potentiel médiatique et sont massivement relayés sur les réseaux sociaux par l’avocat lui-même.

Me Achoui, qui a notamment défendu des figures du grand banditisme, a une histoire personnelle digne d’un roman d’espionnage avec une tentative de meurtre sur sa personne, une condamnation pour complicité de faux et une radiation au barreau de Paris en mai 2012 en raison de «nombreux manquements déontologiques». Malgré cela, l’avocat a fait son retour profitant des accords d’Évian de 1962 qui ont mis fin à la guerre d’Algérie pour remettre les pieds sur le sol des tribunaux français. Cette convention permet à des avocats inscrits en Algérie de plaider en France dès lors que la justice ne s’y oppose pas (la cour d’appel d’Aix-en-Provence lui a par exemple interdit de plaider dans une affaire de détention et trafic de stupéfiants).

Depuis, Karim Achoui s’empare de dossiers polémiques, comme lorsqu’il attaque en 2013Charlie Hebdo pour une couverture satirique sur le coran, ou l’édile de Chalon-sur-Saônequi voulait mettre un terme aux menus alternatifs en cas de porc à la cantine. Entre plusieurs affaires médiatiques, comme lorsqu’il défend le chanteur Jean-Luc Lahaye, il se spécialise aussi dans la défense des Français incarcérés à l’étranger.

Karim Achoui attaque le frère de Moussa en justice

Le 25 décembre dernier, Karim Achoui annonce sur Facebook défendre Moussa Ibn Yacoub, le jeune humanitaire membre de l’ONG BarakaCity, incarcéré au Bangladesh depuis le 22 décembre pour «activités suspectes» et libéré le 24 juillet dernier. Si l’incarcération de Moussa a tardé à être médiatisée, elle a ensuite été massivement dénoncée sur les réseaux sociaux avec la hashtag et une pétition lancée par l’ONG.

Sur sa page Facebook aux plus de 40.000 fans et sur celle de la «Ligue de défense des musulmans» qu’il a fondée en 2013, Karim Achoui poste régulièrement des messages pour évoquer cette affaire, des photos de lui au tribunal, des photos de lui devant le tribunal etdes selfies de lui au tribunal. Au total, il publie près de 33 messages ou photos le montrant très impliqué sur ce dossier et relaie au passage ses interviews comme celle accordée auSupplément de Canal+.

Mais sa légitimité en tant que représentant de l’humanitaire français a volé en éclat le 12 février 2016 lorsque le frère de Moussa, Kamdem Tchantchuing, assure au Courrier de l’Atlas ne jamais avoir mandaté Karim Achoui.

«Non, il n’a pas été mandaté par la famille et c’est en rendant visite à Moussa dans sa prison que mon frère m’a dit qu’il n’avait jamais mandaté Me Achoui. (…) En fait, Me Achoui s’est auto-mandaté, et s’est rendu au Bangladesh de son propre chef», affirme-t-il.

Joint par BuzzFeed News, Idriss Sihamedi, le président de BarakaCity, précise le contexte. «Karim Achoui était bien l’un des avocats de Moussa, nous avons de nombreuses vidéos le montrant plaider au Bangladesh, c’est factuel.» Contactés, certains proches de Moussa en colère contre l’association et contre Karim Achoui, accusés d’avoir nui au dossier, avancent que c’est l’association qui serait allée chercher l’avocat. Idriss Sihamedi balaie l’accusation:

«BarakaCity ne l’a pas mandaté, il a fait ça à titre bénévole et nous n’avons pas payé ni ses déplacements ni ses frais sur place. Mais il avait de bonnes infos qui ont contribué à la libération de Moussa, nous n’allions pas cracher sur cela.»

Après l’interview du frère de Moussa, Karim Achoui a porté plainte pour diffamation contre Le Courrier de l’Atlas, l’auteur de l’article et Kamdem. Il demande 100.000 euros de dommages et intérêts. Si BarakaCity assure que la plainte a été retirée depuis, l’avocat dit la maintenir.

Interrogé par BuzzFeed News, Me Achoui insiste sur le «témoignage mensonger» du frère de Moussa. «Je suis désigné par le détenu, en l’occurence Moussa. Qu’est-ce que cela peut faire que son frère me conteste. Je dispose d’un enregistrement qui prouve que Moussa m’a bien contacté», assure-t-il, sans accepter de nous le transmettre et ajoutant avoir «refusé d’être pris en charge par BarakaCity». Sur sa plainte en diffamation, il estime que «100.000 euros, c’est peu au regard du préjudice subi».

«Il était là pour le buzz, il est là où il y a de la lumière, mais son seul objectif est de tenter de se racheter une image sur la misère des gens.»

BarakaCity avertit Karim Achoui de notre enquête

Joint par BuzzFeed News, Kamdem Tchantchuing se dit «indigné»: «On n’a jamais choisi cet avocat pour défendre Moussa. On n’a rien dit au début, on l’a laissé faire, car les gens semblaient avoir peur de lui, mais on a vu sa façon de travailler. Il était méprisant, passait son temps à communiquer sur les réseaux sociaux et disait tout et n’importe quoi. C’est lorsque j’ai rencontré mon frère en prison que je me suis rendu compte qu’il était contre-productif pour le dossier», raconte Kamdem Tchantchuing, très en colère contre Me Achoui:

«Il dit défendre mon frère, mais nous demande 100.000 euros pour diffamation. C’est scandaleux et je ne lui pardonnerai jamais d’avoir fait du mal à notre famille. Il était là pour le buzz, il est là où il y a de la lumière, mais son seul objectif est de tenter de se racheter une image sur la misère des gens.»

Sollicité via Skype, Moussa confirme les propos de son frère. «Il n’a jamais été mon avocat, il s’est porté volontaire pour venir m’aider bénévolement, rien de plus.» Contrairement à ce qu’assure Me Achoui, Moussa assure que ce n’est pas lui qui l’a appelé pour lui demander ses services:

«Lorsque le consul de France m’a rendu visite, il m’a dit que Karim Achoui voulait me représenter. Je lui ai dit de voir ça avec BarakaCity. Dix jours après, lors d’une audience, un avocat local a été mandaté par Achoui et m’a demandé de signer un papier. J’ai refusé et il m’a mis en lien avec la secrétaire de Karim Achoui. Elle m’a rassuré en me disant qu’il travaillait en étroite collaboration avec mon association. J’ai donc accepté.»

Moussa dit avoir été contacté quelques minutes après par l’avocat. «C’est là qu’il m’a enregistré. Oui je l’ai remercié, mais parce que je pensais qu’il était avec BarakaCity», poursuit-il: «Je ne lui dois en rien ma libération».

Si BarakaCity dit avoir simplement accepté l’aide de Karim Achoui et regretté cette plainte en diffamation, son président tient tout de même à l’avertir. Immédiatement après notre conversation avec Idriss Sihamedi, celui-ci a prévenu l’avocat pour lui préciser que nous enquêtions sur lui. L’avocat de Karim Achoui, Me Jacquenet-Poillot, nous a alors contacté:

«L’un des membres de BarakaCity et nos contacts en Thaïlande ont été étonnés de vos appels. Et nous, nous sommes surpris de la couleur de certains de vos échanges, nous savons que vous enquêtez sur Karim Achoui. (…) Je prends contact avec vous pour vous dire que nous sommes à votre disposition pour répondre à vos questions et vous prouver que mon client est victime d’une calomnie, tant pour l’affaire Moussa que pour l’affaire d’Adama Traoré.»

Une partie de la famille d’Adama Traoré récuse l’avocat

On retrouve en effet ces accusations de récupération dans un dossier encore plus récent, celui d’Adama Traoré. Mardi 19 juillet, ce jeune homme noir de 24 ans est décédé pendant son interpellation par les gendarmes à Beaumont-sur-Oise (95). Depuis, sa famille conteste la version des autorités (qui ont parlé d’un malaise cardiaque) et assure qu’Adama Traoré pourrait avoir été tué par les gendarmes.

Pour relater l’affaire, la presse cite Me Frédéric Zajac comme représentant la famille Traoré. Mais le 21 juillet Karim Achoui, poste ce message sur Facebook:

«La famille, effondrée, m’a contacté afin de me désigner pour les assister, en ma qualité de conseil, d’avocat, dans leur quête de justice. Ils souhaitent que lumière soit faite sur ce qui s’est véritablement passé, la mort d’Adama Traoré ayant eu lieu dans des circonstances indéniablement troubles. (…) Et le frère d’Adama, qui m’a contacté, et était présent lors de l’interpellation de son frère, aurait vu un gendarme, le t-shirt en sang, après avoir interrogé son frère.»

Mais là encore, la présence de cet avocat est contestée. Une proche de la famille, qui préfère conserver l’anonymat, explique:

«C’est Karim Achoui lui-même qui a contacté la famille. En réalité, il a joint l’une des sœurs d’Adama qui ne savait pas qui il était et a accepté qu’il soit son avocat. Mais nous ne voulions pas de cet avocat controversé.»

Interrogée, Assa Traoré, une autre sœur, «ne souhaite plus aborder ce sujet», mais confirme tout de même: «Karim Achoui n’a pas été contacté par mon frère. C’est lui qui a contacté ma sœur.»

Lors d’une marche blanche organisée le vendredi 22 juillet et où BuzzFeed News était sur place, nous avons également constaté que Karim Achoui n’était pas le bienvenu.

Des personnes ont demandé à Dominique Sopo de SOS Racisme, l’avocat Karim Achoui et BFMTV de quitter la marche

Peu de temps après pourtant, l’avocat se dit victime d’un «acharnement médiatique» et de la «haine» d’une «partie aveugle et survoltée de l’opinion». Il balaie les accusations en publiant un communiqué de la famille Traoré assurant que s’il n’est pas l’avocat principal, il est bien l’avocat de l’une des sœurs. Mais ce revirement de position serait dû à la volonté pour la famille de se séparer de l’avocat en douceur.

«Une partie de la famille ne le voulait pas comme avocat, mais comme l’une des sœurs a accepté d’être représentée par Karim Achoui, on a voulu calmer les choses. Il y a eu une médiation, une rencontre entre les deux avocats et on a décidé de publier ce communiqué pour éteindre l’incendie et ne pas nuire à l’enquête», explique une proche de la famille. Depuis cet arrangement, la famille n’exprime plus aucune critique contre l’avocat. Mais lors d’un nouveau rassemblement organisé samedi à Paris, un nouveau conseil, Yassine Bouzrou, a été annoncé alors que Karim Achoui, lui, était absent du rendez-vous.

De son côté, l’avocat assure, comme dans l’affaire Moussa, qu’il est victime de propos mensongers. Alors qu’il n’hésite pas à préciser sur son Facebook par qui il est contacté, Karim Achoui refuse de préciser si c’est bien lui qui a contacté la sœur jumelle d’Adama Traoré, qu’il représente aujourd’hui: «C’est de l’ordre du secret professionnel, je n’ai pas à vous répondre. Mais je suis toujours son avocat aujourd’hui.»

«Il m’a dit qu’il avait de bonnes relations politiques notamment avec Christiane Taubira, Julien Dray et Roland Dumas.»

Enquête de la brigade financière

Au-delà de ces accusations médiatiques, les pratiques de Karim Achoui intéressent également la police. D’après plusieurs sources policières, en effet, la brigade financière enquête depuis plusieurs semaines sur ses affaires et deux plaintes au moins ont été déposées contre lui.

Lena Zahoum, 42 ans, dit «vivre un calvaire» depuis que Karim Achoui s’est proposé de défendre son frère Rachid, incarcéré à Pattaya en Thaïlande depuis le 11 janvier et poursuivi dans une affaire de trafic de cartes bleues.

«Lorsqu’il a été incarcéré, les autorités nous ont expliqué que si nous trouvions 30.000 euros sous trois jours, il pourrait sortir. Nous n’avons pas réussi. Ma sœur a donc posté un message de détresse sur Facebook pour demander de l’aide», explique Lena Zahoum, que nous avons rencontrée à Paris.

C’est à cette occasion, selon Lena Zahoum, que Me Achoui «prend contact» avec elles pour leur «proposer ses services». «Il m’a reçue dans ses bureaux dans le 7e arrondissement de Paris. J’ai dit que nous n’avions pas beaucoup d’argent, mais il m’a rassurée en me disant que 5000 euros suffisaient amplement. Il m’a dit que ce serait une formalité, qu’il défendait déjà l’affaire Moussa et qu’il avait de bonnes relations politiques notamment avec Christiane Taubira, Julien Dray et Roland Dumas.»

Comme nous avons pu le vérifier en consultant le reçu, Lena Zahoum lui verse donc 5000 euros le 28 janvier. Un mois après environ, Karim Achoui se rend à Pattaya après avoir mandaté un avocat local pour faciliter la défense de Rachid. «Karim Achoui m’a alors demandé 20.000 euros en me disant que c’était une caution à payer pour faire sortir mon frère. On a réussi à emprunter cet argent avec ma mère et on le lui a donné. Mais Karim Achoui est subitement revenu sur sa décision en disant que finalement, il ne faisait plus confiance à l’avocat local et qu’il allait trouver une autre solution.»

«Nous nous sommes retrouvés mandatés à “notre insu” par Me Achoui dans une autre affaire pénale où une autre famille en détresse nous a crus mandatés de la défense de leurs deux enfants pendant plusieurs semaines.»

D’après d’autres documents que nous avons pu consulter, Karim Achoui dit alors à Lena Zahoum qu’il a mandaté le cabinet international Harvey Law Group, installé en Thaïlande, pour aider Rachid à sortir de prison. Il lui demande aussi «de ne jamais prendre contact avec le cabinet et de ne passer que par lui pour connaître les avancées du dossier», raconte Lena Zahoum. Il facture ce mandat 3200 euros.

Problème: d’après des mails que nous avons pu obtenir, le cabinet Harvey assure avoir refusé dès le début à Karim Achoui de «prendre ce type d’affaire» et précise avoir seulement accepté «d’assister l’avocat» dans une demande de remise en liberté conditionnelle.

Dans son mail, l’un des membres du cabinet Harvey Law Group affirme aussi que Karim Achoui avait donné l’ordre «de ne pas entrer en contact ou de répondre à la famille». Il ajoute:

«Nos honoraires n’ont à ce jour pas été intégralement payés. Nos recommandations n’ont finalement pas été suivies, ce qui explique la perte de temps entre notre première rencontre avec Me Achoui et la demande de remise en liberté soumise le 22 avril. Nous avons perdu énormément de temps (et d’argent) dans cette affaire.»

Plus grave encore, Me Achoui se serait servi du nom de ce cabinet pour une autre affaire:

«Cela ne s’arrête malheureusement pas là car, par l’intermédiaire de Me Achoui,nous nous sommes retrouvés mandatés à “notre insu” dans une autre affaire pénale à Krabi où une autre famille en détresse nous a crus mandatés de la défense de leurs deux enfants pendant plusieurs semaines. Sans nouvelle, la famille nous a sollicités deux jours avant un délai d’appel alors que nous n’avions jamais entendu parler de cette affaire. Nous avons pour le moment accepté gratuitement de défendre ce dossier vu l’urgence et la lourdeur de la peine en question.»

Contacté pour savoir si Harvey Law Group avait entamé une action judiciaire contre l’avocat, l’un de ses membres a déclaré ne plus vouloir «parler de ce monsieur qui ne m’a causé que des problèmes».

Pour Karim Achoui, rien de son action n’est illégale. «J’ai signé un contrat d’engagement avec le cabinet Harvey pour l’affaire Zahoum et il me reste à payer leurs frais de taxi, c’est à dire 400 euros environ, c’est tout. Par ailleurs, je n’ai jamais utilisé leur nom à leur insu», se défend-il.

«Il a détruit ma vie. Il a pris tout mon argent, je ne sais pas comment rembourser mes créanciers, j’ai même dû mettre mon canapé sur Le Bon Coin.»

Des factures suspectes

Si Karim Achoui avait dit à Lena Zahoum qu’il ne dépasserait pas 5.000 euros d’honoraires, il a aussi facturé la totalité de ses frais (logement, déplacements…), environ 5000 euros en plus de la caution de 20.000 euros qu’il n’a pas encore rendue. «Régulièrement, sa secrétaire, Margaux Chaumeil, venait récupérer l’argent directement en bas de chez moi. Elle était très insistante», affirme Lena Zahoum. Si Karim Achoui dément cela, la plupart des reçus que nous nous sommes procurés sont en effet signés de la main de cette collaboratrice et montrent qu’elle venait récupérer l’argent au domicile ou au travail de Lena Zahoum. Des messages SMS l’indiquent aussi.

Les factures établies par Karim Achoui montrent des incohérences et certains frais sont jugés «totalement excessifs» par Lena Zahoum. «Il m’a demandé 300 euros pour les frais de change. Il a exigé 200 euros pour annuler la réservation d’une chambre ou 600 euros pour six nuits là-bas. C’est très cher pour la Thaïlande. Il a même organisé un déjeuner professionnel au Hilton de Pattaya», dénonce-t-elle, justificatifs à l’appui.

L’avocat facture aussi un vol Bangkok-Pattaya le 20 avril 2016 alors que, d’après nos vérifications, les vols internes entre ces deux villes n’existent pas. «C’est une erreur matérielle, je vous le concède», plaide l’avocat qui assume en revanche dormir dans des hôtels «étoilés»: «J’estime ne pas avoir à voyager et dormir dans une chambre à 15 dollars. Mais je voyage en première classe par exemple et je facture en classe économie.»

Extrait d’une facture avec un vol Bangkok-Pattaya

Dans ce document, il ajoute avoir rendu plusieurs fois visite à Rachid Zahoum deux heures, et lui avoir acheté des cigarettes et renfloué son compte. Il serait resté seulement 20 minutes selon sa sœur. D’après une lettre de Rachid que nous avons pu obtenir, ce dernier se plaint du «stress» ressenti face au comportement de Karim Achoui et demande pourquoi l’avocat ne lui a rendu visite qu’une seule fois.

Extrait d’une lettre de Rachid Zahoum

Dans ses même factures, l’avocat applique une TVA de 20% (conformément aux lois françaises) alors «qu’il devrait appliquer les 17% en vigueur en Algérie puisqu’il a été radié du barreau de Paris», dénonce Lena Zahoum. «C’est faux, puisque c’est un dossier en France qui concerne la Thaïlande, c’est la TVA française qui s’applique», dément Karim Achoui.

Extrait d’une facture de Karim Achoui avec une TVA à 20%

Un membre du cabinet du Bâtonnier de Paris, qui souhaite rester anonyme, a moins de certitudes. «Après avoir été radié, Karim Achoui s’est inscrit au barreau d’Alger. Cela veut donc dire que, d’après l’accord franco-algérien, il peut plaider en activité secondaire en France alors qu’il semble vivre et habiter en France. La question de la TVA à 20% ou à 17, est donc révélatrice de cette ambiguïté», nous précise-t-on. Le procureur de la République a été saisi «pour que la situation de Karim Achoui soit examinée en ce qu’il contournerait frauduleusement l’accord franco-algérien». Le conseil de l’Ordre a par ailleurs été saisi de plusieurs plaintes concernant l’avocat.

«La scène était hallucinante. Lorsque j’ai vu Achoui, il s’est mis à courir, j’ai couru aussi, puis il s’est finalement arrêté en me disant que “c’était très grave ce que je venais de faire”.»

Le 4 mai dernier, Karim Achoui accepte de rencontrer Lena Zahoum qui souhaite récupérer sa caution. Le rendez-vous est fixé près de ses bureaux, dans le 7e arrondissement de Paris. «Alors que je l’attendais dans le café, je reçois un message de Karim Achoui qui me dit être dans les embouteillages et qui souhaite annuler le rendez-vous. Je me suis rendue avec une amie dans son cabinet car c’était mon dernier espoir pour récupérer mon argent», raconte Lena Zahoum, qui a également évoqué ce récit dans sa plainte déposée le 25 mai dernier. Elle poursuit:

«Devant son bureau, l’un de ses collaborateurs m’a fait croire que Karim Achoui ne travaillait pas ici et s’est montré très menaçant vis-à-vis de moi. Il tenait la porte pour que je ne rentre pas et nous insultait.

Il a finalement contacté Karim Achoui, qui m’a donné rendez-vous dans un autre café. La scène était hallucinante. Lorsque j’ai vu Achoui, il s’est mis à courir, j’ai couru aussi, puis il s’est finalement arrêté en me disant que “c’était très grave ce que je venais de faire”».

Après plusieurs explications, l’avocat remet une facture de 20.634 euros à Lena Zahoum, mais «ne rend pas la caution» du montant presque similaire. Karim Achoui, lui, assure l’avoir rendu et accepte de nous envoyer un document censé le prouver. Malgré nos nombreuses relances, il ne nous l’a toujours pas envoyé. L’avocat de Me Achoui nous a finalement contactés ce mardi pour nous préciser qu’il «refusait de nous transmettre tout document» et nous a menacés de nous «poursuivre pour toute publication diffamatoire».

En attendant l’issue de l’enquête de la brigade financière, Lena Zahoum se dit «désespérée»:

«Il a détruit ma vie. Il a pris tout mon argent, je ne sais pas comment rembourser mes créanciers, j’ai même dû mettre mon canapé sur Le Bon Coin. J’ai fait une cagnotte Leetchi mais il n’y a que 160 euros dessus, je suis complètement désemparée. Mon frère risque 50 ans de prison alors qu’il s’est sûrement fait manipuler [dans l’affaire de trafic de cartes bleues]. Et je n’ai plus rien pour l’aider.»

En plus de l’affaire de son frère, Lena Zahoum est assignée en justice par Karim Achoui le 9 septembre prochain. Il a en effet porté plainte pour diffamation après qu’elle a lancé des accusations à son encontre sur les réseaux sociaux. Dans ce dossier, Karim Achoui sera défendu par Nicolas Gardères, l’ex-avocat du site islamophobe Riposte Laïque, de Serge Ayoub et invité régulier du média d’extrême droite TV Libertés.

C’est peut-être le troisième point commun des affaires plaidées par Karim Achoui: défendre médiatiquement un client et poursuivre discrètement sa famille.

 

Source : https://www.buzzfeed.com/davidperrotin/moussa-adama-traore-letrange-business-de-lavocat-karim-achou?utm_term=.asQP0de7Lb#.ee0ykw1q09

Marseille: Un policier renvoyé aux assises pour le meurtre d’un ado de 19 ans

Un policier marseillais qui avait tué par balle un jeune de 19 ans dans une épicerie de nuit en 2013 a été renvoyé devant la cour d’assises pour y être jugé pour « meurtre ».

Dans un arrêt rendu le 17 février dernier, la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence a rejeté la demande de ce gardien de la paix de requalifier les faits en homicide involontaire. ( RARE !! ) 

« Je suis parti en vol plané »

Le 14 février 2013 à minuit, le policier, Frédéric Herrour, qui n’était pas en service, avait eu une altercation dans une épicerie de nuit avenue Roger-Salengro avec Yassin Aibeche, 19 ans, élève sans histoires d’un lycée professionnel. Le fonctionnaire était en état d’ébriété.

L’altercation s’était prolongée dehors et le policier a tiré sur le jeune homme alors que celui-ci regagnait la voiture d’un ami, l’atteignant d’une balle à la fesse. Il était mort quelques heures plus tard d’un choc hémorragique.

Le policier a assuré lors de l’instruction avoir tiré accidentellement en chutant, à la suite d’un croc-en-jambe. « Je suis parti en vol plané, j’étais terrorisé, j’ai perdu toute maîtrise sur mon corps, j’ai serré les dents et fermé les yeux », a-t-il expliqué devant le juge.

Pas une situation de « légitime défense »

Mais selon les experts balisticiens, le système de sécurité de l’arme nécessite une forte pression sur la queue de détente pour tirer.

Frédéric Herrour affirme avoir sorti son arme « dans le but de faire peur ». L’ami de la victime a décrit, à l’inverse, un homme debout, en position de tir, empoignant son arme à deux mains et visant alors que la victime s’éloignait.

« Les éléments (de l’instruction) sont de nature à écarter l’hypothèse d’un geste accidentel se produisant au moment de la chute », lit-on dans l’arrêt de la chambre de l’instruction.

Les juges ajoutent que « l’usage d’une arme à feu pour menacer ne correspond pas à une situation de légitime défense en ce qu’il est disproportionné en regard de l’attaque invoquée et que Yassin Aibeche lui tournait le dos et se trouvait à plusieurs mètres ».

Emmanuel Molina, défenseur du policier considère à l’inverse que « les circonstances et la chronologie démontrent que le geste de Frédéric Herrour s’inscrit dans un contexte défensif. Il va comparaître devant la cour d’assises alors que les éléments qui seront soumis aux jurés ne paraissent pas caractériser une quelconque intention homicide ».

En détention provisoire depuis le 16 février 2013, le policier est décrit comme « volontaire et consciencieux, ayant la confiance de sa hiérarchie ». En avril 2014, un conseil de discipline a prononcé sa mise à la retraite d’office.

( Très rare aussi que un policier soit placé en détention provisoire pour une affaire de meurtre sur un jeune !! )

 

Source : http://www.20minutes.fr/marseille/1792363-20160223-marseille-policier-renvoye-assises-meurtre-ado-19-ans

Argenteuil : non-lieu définitif dans l’affaire Ali Ziri en cour de cassation

Non-lieu… définitif. La Cour de cassation a validé la décision prononcée par la cour d’appel de Rennes, en décembre 2014. L’affaire Ali Ziri, ce retraité algérien mort le 11 juin 2009 à Argenteuil, deux jours après une arrestation houleuse par la police, s’achève ainsi, en France.

Après six années de procédure, la déception est grande pour la famille et le collectif Vérité et justice pour Ali Ziri. Ce dernier dénonce « une justice à deux vitesses ».

Interpellé lors d’un contrôle routier, le 9 juin 2009, Ali Ziri est emmené à l’hôpital d’Argenteuil le 11 juin, après cette arrestation mouvementée. Il y décède. Une première autopsie conclut à une « fragilité cardiaque » et confirme la « forte alcoolémie » du sexagénaire. Une contre-expertise révèle finalement la présence de 27 « hématomes de 12 à 17 cm » sur le corps.

Aujourd’hui, le collectif ne digère pas le classement de l’affaire : « Lorsqu’on est policier, on est au-dessus de la justice, au point qu’on peut se permettre d’ignorer la loi. Lorsqu’on est un simple citoyen, de surcroît d’origine maghrébine, on reste en dessous de la loi, au point que la justice ignore vos droits. »

L’avocat de la famille veut saisir la Cour européenne des droits de l’HommeStéphane Maugendre, avocat de la famille, compte saisir la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). « D’un point de vue pénal, en France, c’est définitif. La justice ne rouvrira pas le dossier, détaille le conseil. D’un point de vue dommages et intérêts, nous allons saisir le ministère de l’Intérieur pour une demande indemnitaire. Car on estime que les actes qui ont entraîné la mort d’Ali Ziri sont du fait de la police. »

Pense-t-il avoir des chances devant la CEDH ? « La France a déjà été condamnée pour mauvaise instruction dans une affaire similaire. Là, dans notre cas, il n’y a même pas eu d’instruction : pas de reconstitution, pas d’audition des policiers par les juges d’instruction… malgré mes nombreuses demandes.

(…)

 

 

Source : http://www.leparisien.fr/argenteuil-95100/argenteuil-non-lieu-definitif-dans-l-affaire-ali-ziri-18-02-2016-5558265.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.fr%2F

 

Mort d’Amine Bentounsi : un policier aux assises : RDV LE 11 JANVIER POUR SOUTENIR AMAL BENTOUNSI

Du 11 au 15 janvier 2016 se déroulera, à la Cour d’assises de Bobigny, le procès du policier qui a tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos en 2012. D’abord poursuivi pour « homicide volontaire », Damien Saboudjian sera finalement jugé pour « violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique ». Une requalification des faits par le bas qui une affaire médiatique et politique.

Les faits remontent au 21 avril 2012. Ce soir-là, Amine Bentounsi, alors recherché pour vol à main armée, est repéré devant un bar de Noisy-le-Sec et poursuivi par la police. Il tente de fuir mais tombe, quelques minutes plus tard, nez à nez avec l’un des policiers à sa recherche. « Pris de panique » car il aurait été mis en joue par Amine Bentounsi, le policier tire quatre balles dans sa direction. Amine en reçoit une dans le dos, elle lui sera fatale. Très tôt, les contradictions dans les récits des policiers présents ce soir-là, notamment dans celui du policier tireur, apparaissent. Les enquêteurs de l’IGS puis les juges d’instruction pointeront eux-mêmes des arrangements avec la réalité et de nombreuses incohérences[1]. Surtout, les témoignages de voisins et d’automobilistes ayant assisté à la scène mettent à mal la version policière. Personne n’a vu Amine Bentounsi braquer le policier ; en revanche, des automobilistes certifient avoir été mis en joue par Damien Saboudjian. De quoi remettre en cause l’argument de légitime défense.

Le policier et l’un des officiers qui avait menti pour le protéger ont d’ailleurs été mis sur écoute courant 2012. Se sachant surveillé, l’accusé ne laisse filtrer aucun élément sur l’affaire. En revanche, les bandes mettent en évidence la solidarité policière et institutionnelle dont jouit le fonctionnaire mis en examen. Tout sera fait pour le protéger et lui simplifier la vie (maintien du traitement, choix de la région de mutation, accélération des démarches…). D’autant que, présidentielles oblige, l’affaire a été particulièrement médiatisée et politisée. Par le biais du candidat Nicolas Sarkozy, c’est un débat sur la « présomption de légitime défense » qui s’invite dans la campagne électorale. À gauche comme à droite, la défense des policiers apparaît comme un moyen stratégique d’affirmer une ligne sécuritaire. Au grand dam de la famille Bentounsi.

Hasard du calendrier (ou non) le procès intervient là encore dans un contexte particulier. Les proches d’Amine Bentounsi craignent que le climat actuel, avec les commémorations des attentats de janvier, l’état d’urgence et les différents débats sur la sécurité, joue négativement sur le déroulé du procès. « Ce que l’on veut nous, c’est la justice. Mon frère a été tué d’une balle dans le dos par un policier qui, comme cela a été prouvé, n’était pas en situation de légitime défense. La semaine prochaine, il ne faudra pas inverser les rôles en faisant de la victime l’accusé et de l’accusé la victime… On a trop souvent vu ça dans les affaires de crimes policiers. »

[1] Cet article de Louise Fessard (Médiapart) revient très précisément sur le déroulé de cette soirée et sur ses suites :https://www.mediapart.fr/journal/france/221014/meurtre-noisy-le-sec-un-policier-est-renvoye-devant-les-assises

 

Source : http://www.justicepourwissam.com/2016/01/amine-bentounsi-point-presse-le-vendredi-8-janvier-2016-a-10h30.html

Etats-Unis : pas d’inculpation du policier pour la mort de Tamir Rice

L’enfant de 12 ans avait été tué par un policier alors qu’il jouait avec une arme en plastique © MaxPPP

Un grand jury de Cleveland dans l’Ohio a décidé lundi de ne pas poursuivre le policier qui a tué un enfant noir de 12 ans, en novembre 2014. Il jouait dans un parc avec un pistolet factice.

En envoyant une patrouille dans un parc de Cleveland, le 22 novembre 2014, la police n’avait pas précisé que le suspect était peut-être un enfant. L’agent Timothy Loehmann avait tiré sur Tamir Rice quelques secondes après son arrivée sur les lieux. Il ne sera pas poursuivi, pas plus que le second policier qui conduisait le véhicule des forces de l’ordre. La mort du garçon de 12 ans avait choqué l’opinion publique américaine, et les manifestations s’étaient multipliées pour reprocher aux autorités l’impunité pour certains policiers blancs impliqués dans la mort de Noirs.

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La mort du petit garçon est une tragédie mais pas un crime, selon le grand jury de Cleveland qui s’est prononcé sur l’affaire Tamir Rice. Dès le mois d’octobre, le procureur, Tim McGinty, avait préparé le terrain en affirmant que le policier ignorait que l’arme était un jouet. L’enfant pouvait donc être considéré comme une menace, selon sa démonstration, ajoutant que le choix de tirer contre le jeune garçon était par conséquent « raisonnable ». C’est ce même procureur qui a annoncé la décision finale du grand jury.

« Etant donné la conjonction d’erreurs humaines, de méprises et de malentendus de la part de tous ceux qui ont été impliqués ce jour-là, les preuves ne mettent pas en évidence une faute pénale. »

Le procureur McGinty souligne pour conclure que la loi accorde le bénéfice du doute au policier, qui a dû prendre une décision en une fraction de seconde.

Etats-Unis : pas d’inculpation du policier pour la mort de Tamir Rice, un reportage de Charlotte Alix

La famille de Tamir Rice se dit effondrée par la décision du grand jury. Elle évoque un système judiciaire local corrompu et appelle le ministère de la Justice à ouvrir sa propre enquête.

D’après un décompte du quotidien américain Washington Post, 975 personnes ont été tuées par des policiers en 2015 aux Etats-Unis. Huit affaires ont donné lieu à des inculpations.

 

Source : par Charlotte AlixRédaction de France Info http://www.franceinfo.fr/actu/justice/article/etats-unis-pas-d-inculpation-du-policier-pour-la-mort-du-jeune-tamir-rice-754881