Au camp de rétention de Vincennes, la mort et la révolte.

Jeudi 21 août 2014, Abdelhak Goradia est décédé alors qu’il était
conduit par les flics à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle pour être
expulsé vers l’Algérie. Il avait réussi à refuser une première fois
son expulsion le 16 août dernier. Selon la version policière, c’est
dans le fourgon en arrivant à l’aéroport qu’il aurait eu « une crise
cardiaque ». Les flics ont même parlé d’une mort naturelle. Or,
l’autopsie a révélé qu’il était décédé par asphyxie. Ce n’est pas la
première fois qu’une personne décède lors de son expulsion. Plusieurs
sans papiers sont en effet morts assassinés par la PAF comme Ricardo
Barrientos en décembre 2002 ou Mariame Getu Hagos en janvier 2003.

Les retenus du bâtiment 1 de Vincennes se sont mis en grève de la faim
dès qu’ils ont appris la mort de leur camarade. Ils ont rédigé un
communiqué que voici :

« Nous, retenus du bâtiment 1 du CRA de Vincennes, demandons:

- que des journalistes puissent venir voir les conditions de vie dans le centre

- que les acteurs des violences envers M. Goradia soient punis, car
ils l’ont tabassé à mort.

- que la durée de rétention soit réduite à 20 jours car il y a trop de
violences. Ce n’est pas la peine, 45 jours, ça ne sert à rien

- que la nourriture soit améliorée. On mange très mal alors qu’on n’a
pas demandé à être ici.

- Une partie de la police est très agressive verbalement et fait des
provocations. Ils vont jusqu’à dire des insultes dans le micro. Ils
hurlent et font des gestes obscènes.

On ne négociera pas. On continuera la grève de la faim tant que nos
revendications ne seront pas satisfaites  »

Vendredi 22 août 2014, centre de rétention de Vincennes, au téléphone

Témoignage 1
« Vers 18h, les flics ont dit à Abdelhak qu’il devait aller voir l’infirmière. En fait, c’était faux. Il est sorti de sa chambre, ils l’ont emmené à l’accueil et lui ont mis les menottes. A l’accueil, on entendait des bruits étranges, des bruits bizarres. Les gens qui étaient aux visites [au-dessus de l'accueil] ont tout entendu. Les flics lui ont mis une cagoule, un masque sur la tête. Les flics savaient qu’il allait refuser. Lors de la première expulsion ils lui avaient dit « Vous allez devant le juge ». En fait, ils l’ont emmené à l’aéroport.‌ Il n’était pas d’accord, il a protesté et ils l’ont ramené au centre.
Hier, toute la nuit, on l’a attendu parce qu’on savait qu’il allait refuser. Son cousin a téléphoné, il était inquiet. Et puis ce matin, il nous a rappellés et il nous a dit qu’il était mort. Du coup, on fait la grève de la faim. »

Témoignage 2
« On est stressé parce qu’Abdelhak est mort. Son nom n’était pas affiché sur le tableau des expulsions. Il l’on appelé quand on était en train de faire la prière vers 18h. Dès qu’on a fini, il est descendu soi-disant parce qu’il avait une visite. Dans un local de l’accueil, les flics l’ont frappé.‌ Ils lui ont mis un casque, des menottes aux poignets et lui ont entravé les jambes. Les flics savaient qu’il allait refuser, alors ils ont fait la force avec lui. Ils avaient tenter de l’expulser une première fois le quatrième jour après son arrivée. Il ne savait pas comment ça se passait. Il est parti tout seul, dans une petite voitrure voir le juge et pas dans une camionnette comme habituellement. Déjà les flics l’avaient menotté aux jambes et aux poignets, il a refusé l’expulsion. Dès la première fois, ils ont fait la force, ils avaient la rage contre lui. Ils font n’impporte quoi avec nous ! Même ses affaires sont encore ici, son portefeuille, sa veste…
J’arrive pas à dormir, je stresse. Il dormait sur un matelas par terre, à coté de moi, je voyais sa tête. Et maintenant son matelas est vide, ça me stresse. On était décidé à tout brûler. J’ai vu la dame de l’ASSFAM et j’ai pleuré. On a décidé de faire la grève de la faim. »

Dimanche 24 août 2014, centre de rétention de Vincennes, au téléphone

« On est toujours en grève de la faim. Le commandant n’est pas revenu
nous voir depuis vendredi. La nuit a été calme. Mais les policiers
continuent de nous provoquer. Ils veulent qu’on mange et ils nous
cherchent, ils veulent qu’on craque. D’habitude il y a 2 policiers
dans les parties communes, là ils sont 5 ou 6… »

« On continue la grève de la faim. Il n’y a pas de changements. Les
policiers essaient de nous convaincre de manger.
Dès la première tentative d’expulsion, les policiers avaient scotché
Abdelhak. Ils lui avaient scotché les jambes et menotté les mains dans
le dos. C’est pas normal! Ils l’ont amené comme ça dans l’avion et
c’est le commandant de bord qui a refusé de le prendre, parce qu’il
était complètement ligoté.
On ne demande rien pour nous. On ne veut pas que ça se reproduise.
C’est pas normal. On est des êtres humains. Il y a des policiers qui
nous traitent comme des chiens.  »

Tribune libération du 18 aout 2014 du collectif 8 juillet

TRIBUNE

Combien de familles endeuillées, de personnes mutilées attendent que la
justice reconnaisse le tort qui leur a été fait, pour finalement se voir
signifier un non-lieu ou une relaxe ?

Il y a cinq ans, le soir du 8 juillet 2009, à Montreuil, la police nous a tiré
dessus au flash-ball. Nous avons été touchés à l’épaule, à la clavicule, à la
nuque, au front. Joachim, lui, a perdu un œil. La procureure avait requis le
renvoi devant la cour d’assises d’un des trois policiers mis en examen et un
non-lieu pour les deux autres. La juge d’instruction a finalement renvoyé les
trois policiers devant le tribunal correctionnel.
Si ces derniers vont comparaître devant les tribunaux, ce n’est pas la règle.

Combien de familles endeuillées, de personnes mutilées attendent que la
justice reconnaisse le tort qui leur a été fait, pour finalement se voir
signifier un non-lieu ou une relaxe ?

Dans les quartiers, tout le monde connaît une ou plusieurs histoires d’une
famille qui a perdu un fils et qui n’a reçu de la part de la justice que
mépris et humiliation. Combien de personnes mutilées par un tir de flash-ball
ont vu leur agresseur comparaître devant les tribunaux ? Deux sur trente-six,
exactement. Combien parmi elles ont vu leur agresseur condamné ? Une seule.

Le procès qui s’annonce est trop rare pour que la partie civile ne
s’élargisse, au moins symboliquement, aux autres victimes de la police et
laissés-pour-compte de la justice.

Ce que certains appellent la hogra, ce mélange de silence et de déni de
justice qui entoure les crimes policiers, s’élabore à différents niveaux de la
société. Ce sont par exemple les policiers qui produisent de faux témoignages.
La police des polices – Inspection générale des services (IGS), Inspection
générale de la police nationale (IGPN) – et le juge d’instruction qui
enquêtent à décharge des policiers.

Le procureur qui requiert un non-lieu et le juge d’instruction qui le
prononce.

Le préfet qui transforme la victime en coupable à travers un communiqué de
presse mensonger, et les médias qui le relaient sans contre-enquête.

Le maire qui encourage la famille à ne pas manifester et l’enjoint à s’en
remettre à la justice.

L’avocat qui réclame des honoraires ruineux à une famille modeste, et délaisse
le dossier pendant des années.

Tout au long de notre procédure, pendant cinq ans, nous avons rencontré de
nombreuses personnes en prise avec la police et la justice.

A partir de leurs histoires et de la nôtre, nous voudrions montrer comment un
non-lieu s’élabore, mais aussi comment la mobilisation et la médiatisation
autour d’une affaire peuvent influer sur le cours ordinaire de la justice.

La police. Dans notre cas, comme à leur habitude, les policiers mis en cause
et leurs collègues ont menti sur le déroulement des faits. Malheureusement
pour eux, des habitants du quartier ont assisté à la scène. Sous la pression
de la rue et des médias, l’IGS a recueilli leurs témoignages. Tous
contredisent la version des policiers. A partir de là, il devenait très
difficile pour les magistrats de les disculper. Mais, nous le savons, si aucun
témoignage n’était venu contredire les policiers, notre parole contre la leur,
ils l’auraient emporté et nous aurions accusé un non-lieu.

La police des polices. Si elle n’est pas soumise à une forte pression, elle
enquête le plus souvent en faveur des policiers, quand elle ne produit pas des
faux.

On peut citer l’exemple de Wissam, tabassé par une dizaine de policiers le
soir du 31 décembre 2011 à Clermont-Ferrand. Il décède après neuf jours passés
dans le coma. Les photos de Wissam prises juste après les faits vont être
frauduleusement remplacées par des photos prises à la fin de sa période de
coma. Sur ces photos, les traces de coups et de strangulation sont estompées.
La famille s’aperçoit du subterfuge et le signale au juge d’instruction. Quand
le juge se décide à saisir l’ordinateur et l’appareil photo de l’IGPN, il
s’aperçoit qu’ils ont été reformatés.

Les magistrats. En ce qui nous concerne, une fois le scandale retombé, le
second juge d’instruction a discrètement commandé deux expertises techniques
visant à disculper les policiers. Lesdits experts se sont employés à démontrer
que les traces de flash-ball sur nos corps n’en étaient pas. C’est sur cette
base manifestement faussée que le procureur sollicitera un non-lieu pour deux
des policiers mis en examen. Au regard de nos observations, la dernière juge
d’instruction ne suivra pas les conclusions des expertises. Il faudrait faire
l’inventaire des descriptions d’experts, qui mettent en doute les faits et
permettent aux juges de prononcer des non-lieux sous couvert de science.

Les magistrats encore. Une décision de justice est fonction d’un rapport de
force qui est d’emblée en faveur des policiers.

On peut citer l’exemple de Lahoucine, assassiné, le 28 mars 2013, de cinq
balles dans le corps tirées par trois policiers alors qu’il rentrait chez lui.
A sa demande, la famille est reçue par le juge d’instruction qui lui dit :
«N’attendez rien, il y aura un non-lieu. Pour moi, les policiers étaient en
légitime défense car Lahoucine possédait une paire de ciseaux.» Quel rapport
entre un homme avec une paire de ciseaux et trois policiers qui lui tirent
cinq balles dans le corps à bout portant ? Aucun. Rien de commensurable. Mais
sans une forte mobilisation, cette paire de ciseaux suffira à justifier la
mort de Lahoucine.

Les faux témoignages des policiers, les enquêtes à décharge de la police des
polices, les soustractions de preuves, les expertises partisanes ne sont que
quelques exemples de la manière dont l’impunité policière se fabrique et se
perpétue.

Dans notre histoire, si la vérité n’apparaît pas dans les témoignages des
policiers, elle ressort, banale et répugnante, au détour d’une communication
radio entre policiers, enregistrée et portée au dossier. En se rendant sur les
lieux, l’un des policiers dit : «On arrive sur le stand de tir.» Il faut se
répéter deux fois cette phrase pour y croire et mesurer sa violence au regard
des actes qui l’ont accompagnée. «On arrive sur le stand de tir.» Ces quelques
mots révèlent l’état d’esprit dans lequel étaient les policiers le soir du 8
juillet, quand ils nous ont tiré dessus au flash-ball.

A quoi font-ils référence ? A une séance d’entraînement, à un concours
sportif, à un jeu de fête foraine ?

Tout cela à la fois, sûrement. Qu’étions-nous pour les policiers qui nous ont
tiré dessus ? Des silhouettes en carton ? Sauf que les cibles n’étaient pas
dessinées sur nos torses mais sur nos visages. Le gagnant du soir partait
favori. Le policier qui a éborgné Joachim était champion de France de tir. En
plein dans le mille.

Le procès qui s’annonce touche, lui aussi, en plein dans le mille. Il aura
lieu en Seine-Saint-Denis, au tribunal de grande instance de Bobigny. Il nous
permettra de mettre en lumière les violences policières dans les quartiers
populaires, ainsi que le silence et le déni de justice qui les entourent. Il
nous permettra aussi de faire le procès du flash-ball, et de toutes les
nouvelles armes dont la police se dote pour frapper, blesser, mutiler les
corps.

http://collectif8juillet.wordpress.com/

Le COLLECTIF 8 JUILLET

Source :

http://www.liberation.fr/societe/2014/08/18/flash-ball-en-plein-dans-le-mille_1082701

Mobilisation pour Dorsaf Briki et Walid Klai

RDV lundi 2 juin prochain –14h00 – cour d’appel d’Aix-en-Provence

En juin 2013, Dorsaf et Walid, membres du comité Vérité et Justice pour
Abdelhakim Ajimi ont été condamnéEs à 4 mois de prison avec sursis et 300
euros chacunE de dommages et intérêts, pour « outrage à une personne
dépositaire de l’autorité publique ».

Cette accusation vient de deux policiers qui « assuraient la sécurité » lors
du procès des policiers jugés coupables de la mort de Abdelhakim Ajimi qui
s’est tenu à Grasse en janvier 2012…

Dorsaf et Walid ont reçu des peines presque maximales et comparables à
celles des policiers condamnés pour la mort de Abdelhakim Ajimi !

Dorsaf et Walid ont fait appel de cette condamnation et le procès aura
lieu ce lundi 2 juin 2014 à 14h00 à la cour d’Appel d’Aix-en-Provence :

20, place de Verdun
13100 Aix-en-Provence

Le comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi appelle à un
rassemblement dans le calme, devant la cour d’Appel d’Aix-en-Provence pour
les soutenir lors du procès.

En criminalisant des militantEs parmi nous, ils croient qu’ils vont nous
faire taire, mais c’est bien le contraire qui s’en suit : la lutte
continue !

Pas de justice, pas de paix.
Le comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi

PS : Le TGI de Paris vient de relaxer Amal Bentounsi face à la plainte
pour diffamation de la police, déposée par Manuel Valls.

Famille Saounera (Garges ) : prison ferme et amendes pour la famille qui accuse la police

En octobre la police déboule chez les Saounera pour interpeller l’un des fils. Coups, insultes, lacrymo : la situation dégénère. Vendredi, le père et le fils de la famille étaient lourdement condamnés pour les débordements. Mais pas la police.

Tribunal de Pontoise – A la barre, père et fils attendent le verdict côte à côte. Droit dans son costume de velours, Thierno, 62 ans, les cheveux grisonnant, reste impassible à l’annonce de la condamnation : « 100 jours amende à 10 euros. » En clair payer 1.000 euros ou aller au trou… Au tour du fils, Samba 26 ans : « Coupable pour tous les chefs d’accusations. » La sanction, 4 mois de prison… avec mandat de dépôt. Ce vendredi soir, il dormira en cellule. Stupeur dans la salle. Une seconde plus tard le silence est brisé par les sanglots de sa mère. Puis la tristesse laisse place à la colère : « C’est nous les victimes ! C’est ça la justice française ? » hurle la matrone en boubou jaune. Aux portes de la salle d’audience, elle s’écroule, victime d’un malaise.

COUTEAU? Le 17 octobre, à 6 heures 15, la police se présente à la porte de la famille Saounera pour interpeller Amara, 18 ans – innocenté par la suite. Une simple arrestation qui aurait viré à la « bavure » policière, comme nous le racontaient, quelques jours après les faits , de nombreux témoins. A StreetPress, Kadiatou, la mère avait expliqué avoir été « plaquée contre la porte », « attrapée au cou » puis bousculée et frappée. Dans l’appartement la situation est confuse : les policiers arrosent à coup de lacrymos. L’air devient vite irrespirable, à un point tel qu’un des agents explique à l’audience avoir été tellement aveuglé que ce sont deux collègues qui l’ont « soutenu » pour sortir de l’appartement. « J’ai vu Samba prendre un couteau de boucher », affirme le policier à l’audience, justifiant ainsi l’usage du gaz lacrymogène. Le jeune homme nie. Son frère, Amara, est menotté puis rapidement « exfiltré des lieux ».

Quelques instants plus tard, Samba aperçoit sa mère prostrée sur le sol, en larmes. Son sang ne fait qu’un tour. Il hurle : « Qui a frappé ma daronne ? » et se précipite dans les escaliers. Il dévale les six étages. Au rez-de-chaussée, il se présente face aux policiers, un marteau en main, « trouvé dans les parties communes », explique-t-il au tribunal. Au pied de l’immeuble, son attitude est menaçante – ll ne le conteste pas – et aucun coup n’est porté. Mais les policiers tirent au flash-ball « dans sa direction, sans le toucher », détaille une policière.

ITT Dans la cage d’escalier, c’est le chaos. L’immeuble tout entier résonne des cris de panique. Les portes des appartements de cette tour HLM s’ouvrent les unes après les autres. Sous le regard de ses voisins de palier, Thierno, vêtu d’un simple peignoir, se précipite à la poursuite de son fils Samba. « Je voulais le raisonner », explique-t-il au juge. Il croise plusieurs policiers qui remontent en direction de son appartement. « Ils m’ont mis un coup de poing », affirme-t-il face à la cour, suivi d’un « croche pied » et de plusieurs coups avant d’être menotté. Le fonctionnaire nie les coups et jure au contraire que Thierno l’a poussé « à deux reprises », sans toutefois réussir le faire tomber. La justice retiendra sa version, Thierno est déclaré coupable.

Pourtant aucun des policiers n’est blessé ce jour-là. Le père Saounera, lui, présente au tribunal un certificat de 2 jours d’incapacité totale de travail (ITT), sa femme de 4 jours d’ITT et sa fille de 2. Cette dernière se présente face à la justice, en qualité de témoin. Elle raconte les coups reçus ce matin-là. Des insultes aussi : « Si t’es pas contente, rentre dans ton pays ! » Maître Plouvier, avocat de la famille Saounera, se saisit de l’occasion pour faire glisser les débats sur le comportement des policiers. « Retournez-vous et regardez attentivement. Reconnaissez-vous le policier ? » Sans hésiter Diariatou désigne l’un des agents. Il se lève, droit, mains derrière le dos, impassible tandis que l’avocat dans une envolée lyrique demande le renvoi, au motif de l’absence d’équité.

ENQUÊTE Il n’y aura pas de renvoi. L’audience se poursuit. Les policiers reconnaissent avoir « repoussé, sans doute violement » la jeune femme. Ils nient les insultes. Les trois agents présents sur le banc des parties civiles, écoutent avec sérénité les témoignages accusateurs de la famille Saounera. Et pour cause, l’enquête menée par la commission de déontologie a conclu qu’aucun élément ne permettait de remettre en cause leur comportement. Une procédure des plus légères aux yeux de maître Plouvier :

« Ils n’ont passé que deux coups de fils à des voisins pour leur demander s’ils voulaient bien venir témoigner. »

Dix policiers se sont portés parties civiles. Au titre des dommages et intérêts et des frais de justice, Samba devra verser 150 euros à neuf d’entre eux et 300 euros au dixième. 2.850 euros donc, qui s’ajoutent aux quatre mois de prison ferme. Il avait déjà été condamné 13 fois, notamment pour outrage contre les forces de l’ordre.

Source : http://www.streetpress.com/sujet/127222-bavure-de-garges-prison-ferme-et-amendes-pour-la-famille-qui-accuse-la-police

La CNDS meurt sur un ultime conseil, revoir l’usage du flashball

PARIS, 26 avril/2011 – Bête noire de certains syndicats de police, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a rendu officiellement l’âme mardi avec comme ultime recommandation de revoir l’utilisation du flashball.

Cette arme qui lance des balles en caoutchouc, à l’origine de plusieurs graves incidents ces derniers mois, est dangereuse car imprécise, dit la CNDS dans son dernier rapport annuel.

Il faut interdire son usage dans les manifestations, effectuer une étude technique et envisager son interdiction totale, recommande-t-elle.

Les gouvernements ont peu suivi la CNDS depuis 2002 et sa dissolution a finalement été ordonnée avec transfert de ses compétences au nouveau Défenseur des droits.

Ce dernier les cumulera avec celles du Médiateur de la République, du Défenseur des enfants, de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) et du Contrôleur général des lieux de privation de liberté. L’ancien ministre socialiste Jack Lang est pressenti pour occuper ce poste.

Le gouvernement actuel a jusqu’ici toujours soutenu l’usage du flashball, dont Nicolas Sarkozy a équipé la police quand il était ministre de l’Intérieur.

Cet avis sur le flashball est donc le dernier émis par la CNDS.

Créée en 2000 par la gauche, cette instance administrative indépendante avait pour mission de contrôler les pratiques des forces de sécurité, sur le fondement de cas concrets soulevés par de simples citoyens via les parlementaires.

Elle estimait oeuvrer dans l’intérêt des forces de sécurité et de leur crédibilité auprès de la population, en tentant de mettre fin à des abus vus comme récurrents par des organismes internationaux comme Amnesty international.

Les syndicats de police, notamment ceux proches du pouvoir actuel comme Alliance et Synergie, critiquaient violemment cette institution en estimant qu’elle discréditait l’action de la police sur le fondement de cas vus comme ultra-minoritaires.

GARDES À VUE ABUSIVES

Roger Beauvois, président de la CNDS, a déploré une dernière fois la disparition de son institution. « Le fait de regrouper (toutes ces fonctions – NDLR) sous une même étiquette va sûrement poser des problèmes de fonctionnement et d’efficacité », a-t-il dit à la presse.

Des membres de la CNDS ont estimé que le Défenseur des droits, homme seul nommé par l’Elysée, aurait davantage de difficultés à modifier les pratiques problématiques de la police qu’un collège au statut indépendant.

Dans son dernier rapport, la CNDS relève qu’elle a été saisie à dix reprises lors de son existence de problèmes liés au flashball, avec trois affaires récentes: un jeune homme gravement blessé à Toulouse en 2009, un autre à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en 2010 et un décès fin 2010 à Marseille.

Compte tenu de l’imprécision notoire de l’arme et du manque de formation des policiers, la commission juge inutiles les mesures actuelles qui consistent à recommander de ne tirer que dans certaines zones du corps et à distance.

Elle préconise une étude sur d’éventuelles améliorations techniques.

« La commission souhaite que, dans la mesure où cette étude ne pourrait être menée rapidement, la question soit posée de son maintien dans la dotation des fonctionnaires de police », lit-on dans le rapport.

Pour le reste, le dernier rapport de la CNDS relève une dernière fois des abus de pouvoir des policiers concernant l’illégalité de certains contrôles d’identité et des « palpations de sécurité » (fouilles corporelles) également irrégulières en dehors de tout comportement suspect.

Il est aussi fait état de l’abus du placement en garde à vue de personnes suspectées à tort de conduire sans permis sur le seul fondement de la consultation d’un fichier qui n’était pas à jour.

L’explosion des gardes à vue abusives ces dernières années et l’abus de pratiques coercitives comme le menottage et les fouilles à nu ont été très souvent mentionnés dans les rapports de la CNDS.

Une réforme de la garde à vue, jugée insuffisante par les syndicats d’avocats et de magistrats, est en cours.


Source : http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/la-cnds-meurt-sur-un-ultime-conseil-revoir-l-usage-du-flashball-26-04-2011-1323335_240.php