Deux morts. Deux jeunes fauchés par un TER à Lille : les parents vont porter plainte

Hommage pour Matisse et Selom, très émouvant, ces jeunes «de quartiers populaires» effondrés, en pleurs, mais aussi des personnes solidaires, tous ceux mobilisés depuis toujours contre les contrôles policiers, les meurtres policiers, directs ou indirects. La chasse aux jeunes est-elle ouverte en France ? mortXs, mutiléXs, enferméXs, La jeunesse paie un lourd tribut à la terreur, la répression.
Hommage à Lille pour Matisse et Selom Hommage à Lille pour Matisse et Selom

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09h19, le 19 décembre 2017

Deux jeunes d’une vingtaine d’années ont été fauchés près de la gare Lille Flandres vendredi soir. L’un des jeunes rescapés de l’accident raconte qu’ils fuyaient la police, ce que dément le parquet. Les parents ont annoncé leur intention de porter plainte.

Un deuxième jeune homme est mort dimanche parmi les quatre garçons âgés de 17 à 20 ans percutés vendredi soir par un TER à Lille. Un premier blessé, âgé de 20 ans, était décédé samedi midi. Selon l’un des jeunes rescapés de l’accident, le groupe avait pris la fuite vendredi soir pour éviter de se faire contrôler par une patrouille de policiers armés de matraques. Et c’est sur un sentier, longeant la voie ferrée, que les quatre jeunes gens ont été percutés par un TER sortant de la gare de Lille-Flandres.

Parole contre parole. Lundi, le parquet de Lille a précisé que l’information judiciaire avait permis à ce stade de « contredire » les « rumeurs » d’un contrôle de police survenu juste avant l’accident. Mais le drame suscite encore des interrogations et des doutes dans l’entourage des victimes. Au cours d’un rassemblement en mémoire des deux jeunes, lundi soir, leurs parents ont annoncé qu’ils allaient porter plainte pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui. Ils demandent que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame.

« Je veux qu’il y ait une enquête ».  »Je n’ai pas de haine, j’ai juste de la tristesse, de la colère car j’ai perdu mon fils. Je veux qu’il y ait une enquête, je voudrais comprendre pourquoi quatre jeunes se sont retrouvés sur une voie ferrée, pourquoi il y avait un accès facile », explique à Europe 1 Valérie, la mère d’une des victimes. « Le message que je voudrais faire passer, surtout aux jeunes, c’est d’arrêter de brûler des voitures. Je veux juste savoir ce qu’il s’est passé ». Ce week-end, des voitures avaient été incendiées et des dégradations avaient eu lieu près du lieu de l’accident.

http://www.europe1.fr/societe/deux-jeunes-fauches-par-un-ter-a-lille-les-parents-vont-porter-plainte-3524960

- Fives s’embrase – Ce qui est dit et ce qui ne l’est pas -

Comme beaucoup d’autres médias, la VDN a choisi comme titre pour son article des échauffourées d’hier soir : « Lille – Soirée de tension dans le quartier où quatre jeunes ont percuté un TER »

Bon déjà : « quatre jeunes ont percuté un TER » … Et pourquoi pas « un TER a percuté 4 jeunes » ? Des jeunes trouvent la mort sur les voies du TER…

Nous pouvons voir dès le titre, l’angle choisi.

Ensuite : « Plusieurs véhicules ont été endommagés et d’autres brûlés ce samedi soir à Caulier. De nombreuses forces de police ont été déployées. Une personne a été interpellée. »

Dès les premières lignes, le journal vous met dans l’ambiance « Émeute et Insurrection ». Celui ci aurait pu choisir de revenir sur l’accident, et ne pas se contenter du titre pour en parler. Cela aurait contextualisé les événements de cette nuit.
Mais le journal veut vendre, et veut faire passer son message : « Des jeunes de Fives ont fait cramer des voitures ! »
Le lecteur reste donc focalisé sur ces premières lignes choc ! Et apporte moins d’importance à la suite de l’article.

Une suite qui est pourtant très importante pour comprendre le vice du journaliste écrivant son papier.

« Selon les premiers éléments, ces incidents pourraient bien découler des rumeurs diffusées pendant la journée, notamment via Facebook, et tentant d’expliquer pourquoi les quatre jeunes se sont aventurés vendredi soir sur les voies SNCF, alors que la première thèse évoquée, celle du « raccourci », semblait pour le moins étonnante. »

Le plus important est ici ! ou justement… c’est ce qui n’y est pas !

La thèse du raccourci ? étonnante ?

4 jeunes, escaladent un grillage renforcé, traversent une voie ferroviaire, pour prendre un raccourcis ? Nous trouvons ceci VRAIMENT plus qu’ambigu !

De plus, La VDN parle de « rumeurs » qui se serait propagées sur Facebook. Mais le journal se garde bien de dire quelles sont ces rumeurs, surtout si celles-ci mettent en cause la police.

Car bien plus qu’une rumeur, c’est une autre version des faits que l’on peut entendre à Caulier et à Fives. Des personnes, étant d’accord ou non avec les échauffourées qui ont eu lieu cette nuit, nous expliquent que les victimes, se faisaient courser par la police, et plus précisément la BAC, lorsque qu’ils se sont faits percuter par le TER.

Voir vidéo Legacy News : https://www.facebook.com/LegacyNewsOff/videos/vb.953795854692604/1820618851343629/

En cachant ces informations, la voix du nord réduit les événements de cette nuit à « les copains des victimes ont brûlé des voitures »
Hors c’est bien la cause de la mort, qui est à l’origine de ces émeutes.
Le journal, sans aucun doute en accord avec le préfet, veut éviter que cette autre version ne se propage d’avantage, éviter l’embrasement.

« une enquête a été ouverte » : Mais comme trop souvent dans ce genre d’affaire, les enquêtes ne sont pas fiables.

Nous pensons, aux familles, aux amis des victimes.
Nous ne nous désolidarisons pas de ce qu’il s’est passé à Fives la nuit dernière.
Nous demandons la vérité sur ce qui s’est passé !

https://fr-fr.facebook.com/ActionAntifascisteNp2c/

https://www.facebook.com/LilleInsurg/?hc_ref=ARQaCORozCEJD-ljRxUqbTvCJ7OWw_hx2b04hCEJwLEbCT6bzQSegGDRH14wZTk-joY&fref=nf

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/ibanez-martinez-amparo/blog/191217/deux-morts-deux-jeunes-fauches-par-un-ter-lille-les-parents-vont-porter-plainte

JUSTICE POUR NICOLAS 21 ANS TUE PAR LA POLICE A THONON-LES-BAINS

Samedi 02 décembre 2017 avait lieu une marche silencieuse pour rendre hommage à Nicolas Manikakis, 21 ans, tué par un policier de la BAC le 21 novembre dernier à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie). Kosta Manikakis qui a été témoin de la mort de son frère est en prison depuis. Plusieurs centaines de personnes ont défilé derrière la famille de Nico, du quartier de Collonges où il vivait au lieu de son assassinat. Les participant.e.s à cette marche ont réclamé la justice pour Nico et la libération de Kosta. Sur le lieu de la mort de Nico, des fleurs, des bougies et des affiches sont posés. Des prises de paroles ont lieu ainsi qu’un lâcher de ballons.

De manière classique, les médias relayant l’affaire ont repris la version policière et ont directement criminalisé les frères Manikakis. La famille ne se laisse pas faire et cherche à contester la version des assassins de leur fils. Un appel à témoins a d’ailleurs été lancé à la fin de la marche.

Solidarité avec la famille et les proches. Liberté pour Kosta et Justice pour Nico!

https://voltephoto.wordpress.com/2017/12/03/marche-silencieuse-pour-nico-thonon-les-bains/

1 article à lire : https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/haute-savoie/mon-fils-n-etait-pas-voyou-affirme-mere-nicolas-tue-policier-thonon-1373951.html

Justice et Vérité pour Joail

Joail a 19ans, jeune homme souriant, respecter et respectable. Apprécié de tous, sa famille, ses amis, ses voisins….

Il est animateur au centre social et culturel, toujours prêt à aider son prochain. Très bien entouré de ses proches et également sa petite amie. Joail à toute la vie devant lui, pleins de rêves et se projets en tête…

Mardi il décide de se balader avec son quad, normal jusqu’ici! Il se fait interpeller par la Police Municipale, banal me direz vous! Il repart ensuite en direction du quartier de l’Isle à Vienne ( 38200 ).

Peu de temps après il décide d’aller récupérer son quad, arrivé sur les lieux, il se fait interpeller une deuxième fois toujours par la Police Municipale, une patrouille devant lui, une autre derrière lui, équipés de gaz lacrymogènes comme si ils avaient à faire à un Jack Mesrine des temps modernes ou à un truand.

Joail a peur et instinctivement se sent en danger alors il prend la fuite, premier reflex sur les lieux passer la barrière qui le mène au chemin de fer.

La police lui prepare une embuscade et part dans tous les sens afin de l’attraper comme si il avait un crime contre l’humanité!

Dans le feu de l’action, ne prenant pas le temps de réfléchir ou de regarder autour de lui, pensant qu’à une seule chose, sa survie face à des forces de l’ordre plus déterminer que jamais à l’attraper comme un chasseur attrape son gibier!

C’est la que tout bascule, Joail n’a pas vu le TER arriver et le prend de plein fouet! Il meurt sur le coup!

Aujourd’hui ce n’est pas que sa vie à lui qui s’est arrêter mais la vie de tout ses proches, c’est tout un quartier endeuiller que Joail laisse derrière lui. Une famille brisée, des amis brisés et une petite amie effondrée.

En plus de cette douleur plus qu’inssuportable de nous avoir enlever Joail on prive ses proches de la vérité sur les circonstances de ce drame en fesant passer Joail, ce jeune homme plein de vie et heureux, pour un jeune homme ayant voulu se suicider.

Cassons la loi du silence, aujourd’hui les médias c’est nous, soutenons cette famille pour que vérité et justice soit faite!

Trop d’impunité autour de nos forces de l’ordre, une partie de ces policiers se croient tout permis et ne respectent même pas leur propre déontologie, leur propre procédures. Il y a clairement mise en danger. Ils auraient pu éviter tout cela.

Sous prétexte qu’ils portent l’uniforme sont ils tout permis? Parce qu’ils représentent la loi sont ils pour autant au dessus de celles ci?

Je demande à l’ensemble des personnes qui me lirons de partager un maximum l’information, nous n’incitons ni à la haine ni à la violence seulement à la justice.
La liste est bien trop longue, si nous laissons faire de tels actes sans qu’ils soient punis alors nous acceptons tout simplement que cela continu!!!!

Pas de Justice, Pas de Paix!!!!

Soutenons a famille qui ne compte vraiment pas en rester là et qui est déjà prête à vivre ce long combat!!!!

Joail au nom de tous tes proches repose en paix tu restera à jamais dans leur coeurs et leur mémoires. Ils défendrons ton honneur jusqu’au bout…

Justice et Vérité pour Joail

Source : https://www.petitions24.net/justice_et_verite_pour_joail

Décès après une interpellation à Gare du Nord : que s’est-il passé ?

Massar D., la vingtaine à peine entamée, est mort le 22 novembre 2017 après 13 jours d’hospitalisation au service réanimation de Lariboisière. Ses proches, qui se sont relayés quasiment 24h/24 à son chevet et qui ont longtemps espéré un « miracle », accusent les policiers qui l’ont interpellé quelques jours plus tôt d’être « responsables » de son arrêt cardiaque. Que s’est-il passé ? Comment ce jeune sportif, à la « santé de fer », s’est-il retrouvé dans cet état à l’aube de ses 20 ans ?

Les faits remontent au soir du jeudi 9 novembre 2017. Vers les coups de 21h00*, Massar D. est interpellé par plusieurs policiers en patrouille dans la Gare du Nord. D’après ses amis, qui l’ont quitté quelques minutes plus tôt et avec lesquels il a l’habitude de vadrouiller sur place, c’est un énième contrôle d’identité arbitraire qui va « mal tourner ». Ils racontent avoir passé le début de soirée avec lui, à échanger rires et punchlines à l’intérieur de la gare routière, puis s’être séparés. Selon son frère Souleymane**, Massar l’aurait alors appelé pour le prévenir qu’il allait manger un morceau avant de rentrer à la maison. C’est vraisemblablement le dernier coup de fil qu’il passera.

C’est dans les instants qui suivent que Massar aurait été interpellé par les policiers dans des circonstances qui restent encore à préciser. D’après la version officielle, contestée par les proches, le jeune homme, qui est par ailleurs connu pour des faits de droit commun, aurait été surpris en train de vendre de la drogue. Paniqué, il aurait avalé les « pochons de crack » en sa possession et tenté d’échapper au contrôle de police. Les agents le rattrapent, se mettent à plusieurs sur lui pour le maintenir au sol et tentent de lui faire recracher les sachets. D’après Thibaut**, une source proche du dossier, la pression exercée sur sa cage thoracique et la violence avec laquelle on tente de lui faire expulser les pilules lui font rapidement manquer d’air. Asphyxié, Massar fait un arrêt cardiaque. Quand le Samu arrive, le jeune homme est dans le coma ; si l’intubation permet de faire repartir son coeur, Massar ne se réveille pas.

L’hôpital Lariboisière se trouve à quelques pas de la Gare du Nord, Massar D. y est pris en charge par le service de réanimation. Il est en « encéphalopathie post-anoxique », comprendre qu’il souffre de lésions cérébrales transitoires ou définitives causées par un défaut d’apport d’oxygène au cerveau. Les médecins entament alors une batterie d’analyses et d’examens pour déterminer la cause de l’arrêt cardiaque. D’après Thibault, les résultats de l’étude toxicologique permettent rapidement d’écarter les hypothèses liées à une présence de drogue dans le sang. Si Massar a bien recraché des sachets de « pilules oranges » durant son hospitalisation, aucune trace de drogue n’a été retrouvée dans son organisme. Rien, à part l’asphyxie, ne pourrait donc expliquer l’arrêt cardiaque du jeune homme. Reste à en identifier les mécanismes. Interrogé à ce sujet, le parquet de Paris a fait savoir qu’il attendait les résultats de l’enquête avant de se prononcer, tout en indiquant que « l’ingestion » des pochons pourrait être à l’origine de l’asphyxie. Pour les proches, c’est la « violence » de l’interpellation et la « force » des policiers qui, par un effet de compression des voies respiratoires, ont provoqué la suffocation. Les prochaines expertises devraient permettre de clarifier ces points.

Si les proches de Massar n’ont appris son hospitalisation que dans la matinée du 11 novembre, des rumeurs faisant état de « violences policières » avaient commencé à circuler la veille. Oumar**, l’un des oncles du jeune homme, assure que plusieurs personnes l’ont contacté pour témoigner de la « violence et des coups » qu’auraient portés les policiers durant l’interpellation. Aux dernières nouvelles, les témoins devaient être dirigés vers l’IGPN afin d’éviter toute entrave au dossier. Directement saisie par la famille, la « police des polices » a en effet ouvert une enquête pour éclaircir les circonstances de l’interpellation. Idrissa**, qui s’occupe de toutes les démarches pour son neveu, s’est lui-même rendu à leur bureau le samedi 11 novembre après-midi : « c’est mon avocat qui m’a dit d’aller les voir. Il m’a envoyé leur adresse, j’y suis allé et deux agents sont venus avec moi à l’hôpital pour faire leurs propres constats. » Contactée, l’IGPN a indiqué qu’elle ne souhaitait pas faire de « commentaire sur une affaire en cours d’instruction ».

Massar a passé son vingtième anniversaire sur un lit d’hôpital. Il avait prévu de fêter cette nouvelle année en participant au concert de Youssou N’dour à l’AccorHotels Arena de Paris. Il est arrivé en France il y a deux ans, après avoir vécu en Espagne et en avoir obtenu la nationalité. Ses parents, comme une grande partie de la famille, sont restés au Sénégal. Ils ont appris la nouvelle par téléphone.

Une nouvelle d’autant plus choquante qu’il y a quelques années, l’un des oncles de Massar est mort dans le cadre d’une…interpellation policière en Italie où il avait migré. De l’aveu de ses plus proches, l’hospitalisation du jeune homme est venue raviver cette plaie encore béante. Dans les couloirs de l’hôpital Lariboisière, on sent bien qu’elle pose plus généralement la question des violences policières à l’encontre des hommes noirs, et en particulier des migrants noirs, en France et dans les pays voisins. Chaque personne rencontrée avait ainsi des dizaines d’exemples d’interpellations abusives et violentes à raconter.

D’après ses amis, Massar en a lui-même été victime à plusieurs reprises. Quelques semaines avant ce drame, après un énième « tabassage », Idrissa lui avait d’ailleurs conseillé de poursuivre les policiers en justice : « il est rentré, on l’avait frappé et ils ont cassé son téléphone ; je lui ai dit « porte plainte, il ne faut pas laisser passer » ». Dans des messages vocaux adressés par le jeune homme à un ami qu’il n’a pas pu rejoindre à cause de cette garde à vue, Massar explique : « Ils m’ont tabassé. Mon visage est enflé. Mes pieds et mon dos me font mal, tout mon corps. Ils m’ont cassé mon téléphone et ont commencé à nous taper. Ils ont cassé tous nos téléphones. Ils m’ont pris mon argent. Ils m’ont tout pris. (…) Regarde comment ils ont abîmé le téléphone ces policiers. J’ai passé la nuit au commissariat, on vient juste de me libérer. On m’a tellement tabassé que j’ai mal partout. »

Jusqu’à la dernière minute, des sourates du Coran résonnaient dans la chambre de Massar qui se rêvait footballeur professionnel. « On se dit qu’il est mort depuis le début et qu’ils ont tardé à nous le dire pour apaiser la situation… » expliquait Oumar il y a peu.
Bien décidés à faire toute la lumière sur cette affaire et à aller « au bout », les proches de Massar organisent un rassemblement le dimanche 3 décembre à 14h à Gare du Nord.


- Article mis à jour le 27 novembre à 10h00 -

*L’heure est approximative. D’après nos informations, l’interpellation aurait eu lieu entre 21h00 et 23h00.
** Mis à part celui de la victime, tous les prénoms ont été modifiés.

 Source : http://contre-attaques.org/magazine/article/deces-apres

( Vénissieux- 69) – Aux Minguettes, plus personne ne marche contre les violences policières

 

Aux Minguettes, au sud-est de Lyon, « des Théo il y en a plein » raconte Mamar. Pourtant, plus rien ne choque les habitants : ni Mehdi qui s’est tué en essayant d’échapper à la police, ni une descente bien musclée au milieu des familles.

 

« Ici la police, tu les vois plus que ton père et ta mère. »

Lorsque Mamar parle des Minguettes, il est à la fois las et cynique. Le trentenaire, sweat noir aux manches grises et rouge, connaît bien ce quartier de Vénissieux, au sud-est de Lyon. Il y est né et y a grandi. Assis à la terrasse de La Darnaise, le snack du boulevard Lénine, Mamar déroule les histoires d’interpellations. Les siennes, celles de voisins, il parle de routine. Comme à Aulnay-sous-Bois, il décrit des scènes de dérapage :

« Des Théo il y en a plein et ils ne passent pas tous à la télé. »

Ici, ni Théo ni Adama n’ont soulevé les foules. Depuis décembre, quelques marches blanches ont été organisée pour Mehdi, un homme de 28 ans décédé dans les rues des Vénissieux. Mais elles n’ont pas fait le plein, selon les militants.

 

 

Lyon1
Cheez. /

 

Mehdi, mort en scooter

Décembre 2016. Mehdi est sur son scooter avec deux amis. Un casque pour trois. Repéré par une patrouille de police, il tente d’échapper à un contrôle. Il ne lui faudra que quelques mètres pour se prendre le terre-plein d’un rond-point de plein fouet. Les deux passagers sont grièvement blessés. Mehdi perd la vie.

Pour la police, c’est un banal accident de la route. La famille, elle, réclame l’ouverture d’une enquête. Pour médiatiser l’affaire et mobiliser l’opinion publique sur ce qu’elle considère être une bavure, elle s’est d’abord tournée vers des militants anarchistes, très actifs sur Lyon et sa banlieue. « Nous sommes les seuls à parler des violences policières », assure Thomas*, un militant anar’. Si à l’échelle nationale Urgence la police assassine (link is external) s’est saisi de l’affaire, localement la mobilisation est moindre.

En bas des tours, Mamar hausse les épaules :

« La police fait tomber des petits en scoot tout le temps. Ils se mettent à côté, ouvrent la portière, les font tomber et contrôlent ensuite. »

Deux mois plus tard, rebelotte. En plein barbecue dans le parc des Minguettes, la police tire des grenades lacrymogènes et des flash-balls sur des femmes et des enfants. A l’évocation de l’affaire, Mamar ne tique toujours pas.

 

 

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« Ici on ne rêve plus. » /

 

Ni lui, ni aucun des copains à sa table n’a jamais haussé la voix contre les violences policières. « A quoi bon », répètent-ils. Ils s’y sont juste faits. Avec le temps, Mamar raconte qu’il a appris à esquiver les contrôles :

« On baisse les yeux, on fait mine de rentrer chez soi. »

« Les marcheurs ont marché et puis quoi ?! »

Les habitants des Minguettes ont pourtant été à bonne école. Dans le quartier, le souvenir de la marche pour l’égalité et contre le racisme est encore vivace. « Les marcheurs étaient des héros, on était impressionnés », se souvient Ali, 41 ans. « Tout de même, toute une génération de militants s’est formée ici autour des bavures policières », rappelle Djida Tazdaït, militante de l’époque, ex-députée européenne et candidate aux législatives sur une liste UDI. En 1983, la Marche traverse toute la France pour sensibiliser les populations à cette question. Mais selon Abdelaziz Chaambi, ancien marcheur aujourd’hui engagé à la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), « depuis 83, la dynamique est cassée » :

« N’ayant pas obtenu l’égalité des droits et le droit de vote pour nos parents, les générations suivantes n’ont pas cru à ce combat »

A l’époque, mise à part la création d’une carte de résident de dix ans, les marcheurs n’obtiennent aucune des revendications qu’ils ont déposées sur le bureau de François Mitterrand. « Les marcheurs ont marché et puis quoi ?! Super ils ont marché. Mais rien n’a changé depuis 1983, depuis 2005 et je ne pense pas que ça changera », lâche Mamar.

« Ici c’est Gaza »

Abdel, 27 ans, lève les yeux au ciel. Il se lance dans le décompte des appartements de la tour d’en face :

« Je compte 16 étages et je sais qu’il y a 5 appartements par pallier. Ca fait… 80 apparts’ par tour. »

 

 

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Certains dénoncent le manque de perspective que l’on donne à la population. /

 

Toutes ne sont pas si hautes, mais les jeunes du quartier ont l’impression de vivre « dans une prison à ciel ouvert », selon Ali. Outre les contrôles au faciès – « et ici toutes les têtes sont bonnes », rigole Mamar – le petit groupe dénonce le manque de perspective que l’on donne à la population. Ce que Kamel, 36 ans, regrette :

« On ne rêve plus ici, on vit. Point barre. »

Pourtant, l’énorme quartier a bonne mine. Les tours sont d’un blanc irréprochable, les équipement et les parcs pour enfants semblent flambant neuf. Mamar roule des yeux :

« Elles sont belles nos tours, hein. Refaites à neuf il n’y a pas si longtemps. Mais ça n’est que de la façade. Ici, rien n’a changé. C’est Gaza. »

SOURCE : https://www.streetpress.com/sujet/1489083227-lyon-minguettes-marche-violences-police