( Etats-Unis) 1 enfant de 6 ans tué par des policiers

C’est la plus jeune victime de tirs policiers cette année. Le petit Jeremy Mardis, 6 ans, se trouvait mardi dans la voiture conduite par son père, engagé dans une course poursuite avec des policiers. Ces derniers ont ouvert le feu à 18 reprises, Jeremy a été atteint par cinq balles. Le conducteur, Christopher Few, n’était pas armé et a été grièvement blessé. Deux des quatre policiers impliqués dans la poursuite ont été arrêtés vendredi soir.

« Jeremy ne méritait pas de mourir de cette manière », a déclaré à la presse le colonel Michael Edmonson, de la police de l’Etat de Louisiane. Le comportement de ces agents « a sali l’image de la police », a-t-il déploré, affirmant avoir été choqué après le visionnage de l’enregistrement de la caméra embarquée dont étaient équipés les policiers.

La raison de la prise en chasse du véhicule n’est pas encore claire. Les déclarations des deux policiers, Norris Greenhouse et Derrick Stafford, sont contradictoires. L’un affirme que le véhicule ne s’est pas arrêté à un contrôle, l’autre dément. L’enquête se poursuit.

Le chef de la police a lancé un appel à témoins. Selon les chiffres du Washington Post, 838 personnes ont été tuées par la police depuis janvier. Jeremy Mardis est le 17e enfant atteint par des tirs policiers cette année.

 

Source : http://www.rfi.fr/ameriques/20151107-etats-unis-deux-policiers-arretes-apres-mort-enfant-6-ans-jeremy-mardis-bavure

NOUS N’OUBLIERONS PAS !

Déclaration envoyée à la Sexta [1] qui commémore, ce même jour, dans le contexte de la fête des morts et du « Mictlan rebelde » au palais des Beaux Arts, à Mexico, ses morts et les victimes de la violence d’Etat, comme nous le faisons aujourd’hui ici à Paris.

Suite à la disparition de 43 étudiants de l’Ecole normale rurale d’Ayotzinapa, le 26 septembre 2014, dans le Guerrero, au Mexique, les premières mobilisations de solidarité avaient eu lieu dans le contexte de manifestations contre les violences policières, après la mort de Rémi Fraisse. D’où l’idée de ne pas dissocier les luttes, et l’engagement pris de diffuser auprès des compas au Mexique les mobilisations en France contre les violences policières, tout comme en France de relayer Ayotzinapa et les paroles et les luttes des compas…

NOUS N’OUBLIERONS PAS !

A l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, au Congrès National Indigène

A la Sexta au Mexique et dans le monde

Aux familles, aux proches et à toutes celles et ceux qui luttent contre les crimes de l’État, en France, au Mexique et dans le monde

Il y a un an, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, en France, des forces de gendarmerie tuaient un jeune manifestant d’une déflagration de grenade explosive. Ce jeune, Rémi Fraisse, protestait, comme des milliers d’autres personnes réunies ce week-end là dans l’ancienne forêt de Sivens (sud-ouest de la France), contre la construction d’un barrage qui inonderait 12 hectares de forêt et ferait disparaître une zone humide de grande importance écologique, au profit des représentants locaux de l’agriculture capitaliste.

Tout comme les compas de Notre-Dame des Landes (ouest de la France), en lutte contre un projet d’aéroport, la lutte écologiste de Sivens avait elle aussi commencé à occuper les terres menacées et à y édifier des cabanes et des barricades afin d’empêcher le début des travaux. Mais là, les forces de gendarmerie ont agi avec une violence extrême, en ayant pour objectif d’empêcher le développement sur place d’une nouvelle “Zone à défendre”, aboutissant à la tragique répression de la nuit du 25 octobre. Depuis lors, l’investigation menée par l’État en a conclu que la gendarmerie avait agi dans la légalité la plus parfaite, lui concédant par là même un véritable “permis de tuer”.

L’assassinat par la police française de Rémi Fraisse n’est pas un événement exceptionnel. Chaque année, des jeunes et de moins jeunes sont eux aussi assassinés par la police dans les quartiers populaires de France. Parfois, le “ya basta” et la rage donnent lieu à des émeutes contre la police, comme cela s’est produit il y a 10 ans dans de nombreux quartiers de France, durant le mois de novembre 2005, suite à la mort des jeunes Zied Benna et Bouna Traoré, injustement poursuivis par la police. D’autres fois, règnent le fatalisme et l’indifférence. Mais, dans tous les cas, les assassins en uniformes des forces policières françaises jouissent de l’impunité totale.

« Le message implicite que délivre le crime policier est simple. « Non seulement vous n’êtes pas des êtres humains comme les autres, mais avec vous nous pouvons aller jusqu’à la mise à mort et les meurtriers seront assurés de l’impunité. À ce jour, rarissimes sont les procès ayant abouti favorablement. Le crime policier n’est jamais un homicide involontaire, il n’est jamais gratuit, il est là pour répandre la consternation, la désolation dans les cœurs et les esprits des familles endeuillées, pour nous faire renoncer à être traités comme des êtres humains. Il n’épargnera personne, il est là pour nous terroriser », écrivait Amal Bentounsi, dont le frère a été assassiné par la police, dans un appel à la réalisation d’une marche de la dignité à Paris, ce 31 octobre 2015.

Nous savons bien que cette analyse est encore bien plus valide au Mexique où des dizaines de milliers de personnes ont été assassinées par les forces de police et les forces militaires, durant les dix dernières années, et où les stratégies de terreur déployées par l’État contre la population atteignent des niveaux inimaginables. Mais il ne s’agit pas de comparer. Il s’agit de résister.

C’est la raison pour laquelle nous ne cesserons jamais de dénoncer et de cheminer aux côtés de nos compas en lutte au Mexique, et de toujours apprendre de leur résistance. La raison également pour laquelle nous souhaitons partager avec vous tous de la Sexta cette douleur et cette rage que nous ressentons et que nous écoutons dans nos entourages, dans la France et dans le Paris d’en bas à gauche.

Parce qu’en suivant les chemins tracés par la Sexta, nous faisons nôtres toutes les morts d’en bas à gauche, et nôtres tous les enseignements apportés par leurs dignes chemin de vie.

Pour Rémi Fraisse, pour Zied Benna, pour Bouna Traoré, et pour tant d’autres…

Que meure la mort, et que vive la vie !

Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (CSPCL, Paris), Collectif Paris-Ayotzinapa, Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA – Nitassinan), Confédération Nationale du Travail (CNT), Fédération SUD Éducation, Terre et Liberté pour Arauco, Union syndicale Solidaires, Alternative libertaire, Espoir Chiapas, Mut Vitz 13 (Marseille), Collectif « À toutes les victimes », Collectif « Urgence notre police assassine ».

 

LETTRE EN ESPAGNOL

¡ NO OLVIDAREMOS !

Al Ejército Zapatista de Liberación Nacional, al Congreso Nacional Indígena

A la Sexta, en México y en el mundo

A las familias, l@s cercan@s y l@s que luchan en contra de los crímenes del Estado, en Francia, en México y en el mundo

Hace un año, en la noche del 25 al 26 de octubre de 2014, en Francia, fuerzas de la gendarmería mataban a un joven manifestante de una deflagración de granada explosiva. Este joven, Remi Fraisse, protestaba, como miles de otras personas reunidas aquel fin de semana en el antiguo bosque de Sivens (suroeste de Francia), en contra de la construcción de una presa que iba a inundar 12 hectáreas de bosque y desaparecer una zona húmeda de gran importancia ecológica, en beneficio de los representantes locales de la agricultura capitalista.

Tal como lo hicieron los compañer@s de Notre-Dame des Landes (oeste de Francia), que luchan en contra de un proyecto de aeropuerto, la lucha ecologista de Sivens había empezado también a ocupar las tierras y a edificar cabañas y barricadas a fin de impedir la realización de las obras. Pero las fuerzas de gendarmería actuaron ahí con una violencia extrema, con el objetivo de impedir ahí el desarrollo de una nueva “zona a defender”, lo que culminó con la trágica represión de la noche del 25 de octubre. Desde entonces, la investigación del Estado concluyó que la gendarmería operó en perfecta legalidad, otorgándole así un verdadero « permiso de matar ».

El asesinato de Rémi Fraisse por parte de la policía francesa no es un hecho excepcional. Cada año, jóvenes y no tan jóvenes son también asesinados por la policía, en los barrios populares de Francia. A veces, el ya basta y la rabia dan lugar a motines en contra de la policía, como pasó hace 10 años en muchos barrios de Francia durante el mes de noviembre de 2005, después de la muerte de los jóvenes Zied Benna y Bouna Traoré, perseguidos injustamente por la policía. Otras veces, reina el fatalismo y la indiferencia. Pero en todos los casos, los asesinos uniformados de las fuerzas policiacas francesas gozan de impunidad.

“El mensaje implícito emitido por el crimen policiaco es simple. “No solo ustedes no son seres humanos como los otros, pero con ustedes podemos ir hasta matar, y los asesinos tendrán siempre impunidad”. Hoy en día, son rarísimos los juicios que tuvieron una conclusión favorable. El crimen policiaco no es jamás un homicidio involuntario. No es jamás gratuito. Su objetivo es difundir la consternación y la desolación en los corazones y en los espíritus de las familias afligidas, para que renunciemos a ser tratados como seres humanos. De él nadie se salva. Su objetivo es atemorizarnos”, escribió Amal Bentounsi, cuyo hermano fue asesinado por la policía, en una convocatoria para la realización de una marcha de la dignidad en Paris, este 31 de octubre de 2015. »

Sabemos bien que este análisis es aún más valido en México, donde decenas de miles de personas fueron asesinadas por las fuerzas policiacas y militares durante los diez últimos años, y donde las estrategias de terror desplegadas por el Estado en contra de la población alcanzan niveles inimaginables. Pero no se trata de comparar, sino de resistir.

Por eso, no dejaremos jamás de denunciar y de caminar al lado de nuestras compañeras y de nuestros compañeros de lucha en México, aprendiendo siempre de su resistencia. Por eso también, queremos compartir con todos ustedes de la Sexta, este dolor y esa rabia que sentimos y que escuchamos en nuestro entorno, en la Francia y en el París de abajo a la izquierda.

Porque siguiendo el camino esbozado por la Sexta, hacemos nuestr@s todos l@s muert@s de abajo a la izquierda, y nuestras todas las enseñanzas de sus dignos caminos de vida.

Para Rémi Fraisse, para Zied Benna, para Bouna Traoré, y para tantas otras y tantos otros.

¡Que muera la muerte, y que viva la vida !

firmas : Comité de Solidaridad con los Pueblos de Chiapas en Lucha (CSPCL, Paris), Tierra y libertad para Arauco (Paris), Collectivo Paris Ayotzinapa, Comité de Solidaridad con los Indigenas de las Americas – Nitassinan ( CSIA – Nitassinan, Francia), Confederación Nacional del Trabajo (CNT, Francia), Fédéración SUD Educación (Francia), Unión sindical “Solidaires” (Francia), Alternativa libertaria (Francia), Espoir Chiapas / Esperanza Chiapas (Francia – Mexico), colectivo MutVitz13 (Marsella, Francia), colectivo « A toutes les victimes » (« A todas las victimas », Francia), colectivo « Urgence notre police assassine » (« Emergencia nuestra policía asesina », Francia)

Notes

[1] Sexta nationale et internationale, initiative lancée en 2005 par les zapatistes, pour créer un réseau planétaire de luttes depuis, par et pour « en bas a gauche ». voir : Sixième déclaration de la forêt LacandoneEux et nous : les regards et Eux et nous : la Sexta

Violences policières en série à Tourcoing

Des membres du FUIQP 59-62 se sont rendus à Tourcoing, dans le quartier du Pont-Rompu où une nouvelle grave violence policière avait eu lieu lundi dernier (28 septembre), pour recueillir la parole de la victime et des témoins, et leur signifier notre soutien dans toutes leurs futures mobilisations.

Lundi en milieu d’après-midi en bas de chez lui, Nabil Zane, 28 ans, est témoin d’un des nombreux contrôles d’identité effectués par les CRS dans le quartier. Tout se déroule « normalement », avant que, quelques minutes plus tard, un deuxième car de CRS n’arrive et commence un nouveau contrôle sur les mêmes jeunes. « Les jeunes leur ont dit qu’ils avaient déjà été contrôlés, et dans le même temps le premier car est revenu, confirmant la version des jeunes. Les CRS se sont arrêtés. Un jeune les a remercié d’avoir été « gentils »… Ça a énervé les CRS qui l’ont mal pris, et on répondu « toi, tu vas venir avec moi » », nous raconte le jeune père de famille.

Le ton monte, Nabil Zane s’approche de la scène pour filmer… il n’a pas le temps de sortir complètement son téléphone qu’un policier le bombarde de gaz lacrymogène à bout portant, d’un jet continu de plusieurs secondes. « Je suis rentré me nettoyer le visage avec de l’eau. Le lendemain matin, je me suis réveillé tout gonflé, impossible d’ouvrir les yeux. Aux urgences, on m’a dit que j’étais brûlé au deuxième degré on m’a fait un pansement comme celui que vous voyez là. »

Malheureusement, lorsqu’on habite un quartier populaire, la violence d’État ne s’arrête jamais. Le lendemain, mardi 29 septembre, Nabil est au volant de sa voiture avec son épouse et son bébé de 14 mois, et croise une nouvelle fois les CRS, qui le montrent du doigt en riant. Ils lui demandent de s’arrêter pour un contrôle.
– « Pourquoi vous m’arrêtez ?
– Comment ça pourquoi ? T’as vu ta tête ? C’est quoi ce pansement ?
– Justement j’allais porter plainte contre vous pour ça.
– Porter plainte ?! Ah ben merci, tu nous donne une bonne raison de t’embarquer maintenant. »

Un des CRS le plaque violemment contre sa voiture, le menotte, et l’amène au commissariat pour lui signifier sa garde à vue « pour outrage. » Nabil Zane demande à voir son avocat et un médecin. « Le médecin est arrivé, je lui ai dit que j’avais besoin d’aller à l’hôpital, toutes mes cloques s’étaient ouvertes sous mon pansement, mon visage ruisselait de sang et de pus. Il a juste écouté mon cœur, et m’a dit « c’est bon, t’as rien, tu peux passer la nuit en garde à vue. » »

Les policiers de Tourcoing n’ayant daigné appeler l’avocat de la victime que tard dans la soirée, il était bien sûr injoignable (les habitants nous confirment que cette méthode est très souvent utilisée ici). Le lendemain matin, mercredi, l’avocat en colère fait part de ce qu’il s’est passé au Procureur de la République, qui demande expressément la fin de la garde à vue… ce que refuse le commissariat de Tourcoing ! Nabil Zane pourra enfin sortir, retrouver sa famille et se faire soigner au bout de 24 heures.

Depuis, les violences des policiers se multiplient à Tourcoing, notamment dans les quartiers du Pont-Rompu et de la Bourgogne (d’où était originaire le jeune Pierre-Eliott Zighem décédé dans des circonstances « non-élucidées » au mois de juin). Provocations physiques, verbales (« On est chez nous », « On est Français nous », ou encore des CRS répondant à un homme du quartier les invitant à discuter de la situation autour d’un sandwich « Un sandwich ? Sûrement pas, c’est halal ! »).

Le FUIQP relaiera toutes les demandes et mobilisations proposées par la victime, sa famille et les habitants du quartier du Pont-Rompu.

 

Une nouvelle fois, c’est chargé de lourds témoignages que nous revenons de Tourcoing. Le quartier de la Bourgogne, déjà endeuillé par la mort du jeune Pierre-Eliott Zighem (17 ans) au mois de juin, est encore et toujours la cible de provocations de la part de la Police Nationale et des CRS nationaux.

Ceux-ci sont présents par dizaines, dans le cadre d’un plan anti-drogue, et entre insultes racistes et provocations incessantes lâchent aux habitants des phrases telles que : « On est là pour un mois, de toute façon, vous n’avez qu’à attendre qu’on se barre ! »

Abdel (52 ans), figure incontournable du quartier nous raconte sa soirée du mardi 29 septembre (soit, alors même que Nabil Zane, le brûlé du Pont-Rompu, était en garde-à-vue) : « J’étais dans mon lit, tranquillement, je reçois un appel qui me dise de venir tout de suite, parce que mon fils Hichem (18 ans) est en train de se faire brutaliser par la Police. J’arrive en courant, je vois trois ou quatre voitures de police, mon fils à terre m’appelant, frappé. Un policier veut me matraquer directement. Heureusement, un autre me connaissait, et a dit à son collègue de me laisser passer. D’ailleurs, ils se sont un peu embrouillés pour ça. Je me suis approché de mon fils, et très rapidement, ils sont revenus à la charge pour me ceinturer et me balayer, avec la bombe lacrymogène à dix centimètres de mon visage. »

Heureusement, toute la scène est filmée par des voisines. En apprenant cette information, les policiers de Tourcoing se sont rapidement montrés beaucoup plus conciliants avec Hichem, sorti de garde-à-vue le lendemain matin. Il lui était reproché d’être en possession de 4,5 g de drogue. « C’est impossible, aucun de mes fils ne touche à ça », promet Abdel. On entend d’ailleurs dans la vidéo plusieurs personnes crier que les policiers ont sciemment mis de la drogue dans la voiture d’Hichem. En garde-à-vue, connaissant bien cette méthode répandue, il a eu le réflexe de demander une analyse ADN et un test d’empreintes sur le sachet de drogue. Cet obstacle, en plus de celui de la vidéo, ont résolu la Police de Tourcoing à relâcher Hichem, en lui promettant qu’il n’y aurait « aucune suite » (confirmant ainsi qu’il n’était pas en possession de drogue), et lui demandant de « ne pas ébruiter l’affaire. »

Évidemment, Abdel et Hichem n’ont pas suivi ces consignes et ont souhaité rapidement témoigner, alors que les provocations ne cessent pas. Le salon de thé « Le Mascara » a par exemple été gazé sans aucune raison cette semaine, d’après le témoignage des clients habitués.

Le ras-le-bol des Tourquennois-es les pousse à se réunir et à réfléchir à des formes de mobilisations afin de faire connaître, et surtout cesser ces injustices. Le FUIQP s’associe à leur lutte, et relaiera chacune d’elles.

 

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)
Source : https://luttennord.wordpress.com/2015/10/07/violences-policieres-en-serie-a-tourcoing/

A Clichy pour Zyed et Bouna : « Des bougies à l’heure où la lumière s’est éteinte il y a dix ans »

 

« Les familles des deux adolescents et des centaines d’anonymes se sont retrouvés mardi à Clichy-sous-Bois pour commémorer l’anniversaire de la mort de Zyed et Bouna. »

De nombreux politiques dont le ministre de la Ville, Patrick Kanner était présent et ce monsieur a parlé d’un accident en parlant de la mort de Zied et Bouna pour nier publiquement encore une fois la responsabilité policière….

Une stèle et une rue au nom des deux adolescents ont été inaugurées mardi à Clichy-sous-Bois.
 

Une stèle et une allée au nom des deux adolescents ont été inaugurées à Clichy-sous-Bois.

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Pour vraiment bien faire et que la mémoire des faits ne soit pas bafoués la cause de la mort de Zied et Bouna aurait dû être inscrite sur la plaque de l’allée avec leurs noms. 

 

Adel Benna, frère de Zyed : « La France est devenue un cauchemar »

 

Adel Benna. (Iannis Giakoumopoulos pour l'Obs)Adel Benna. (Iannis Giakoumopoulos pour l’Obs)

27 octobre 2005, Clichy-sous Bois. Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, meurent électrocutésaprès une course-poursuite avec la police. Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, prétend alors que les enfants sont des voleurs. A tort. Les amis des adolescents, leurs voisins, la jeunesse des quartiers populaires, ripostent par des émeutes qui, comme une traînée de poudre solidaire, se propagent à des centaines de villes partout en France.

Les images de voitures enflammées, d’Abribus couchés, de CRS en faction et de jeunes encapuchonnés font le tour du monde. La France apparaît comme un pays en guerre civile. Le gouvernement décrète l’état d’urgence. Plus de 6.000 personnes sont interpellées, 30 communes instaurent un couvre-feu.

Dix ans après, que reste-t-il de ces affrontements? La justice a relaxé les policiers. Des personnes ont été, par leur fonction, leur histoire ou le hasard, touchées au plus près. Adel Benna, frère de Zyed, se souvient.

∗ ∗ ∗

Il touille son café à n’en plus finir, gratte et regratte les bords de sa tasse. Dans sa tête aussi, il remue le drame, ressasse les détails. Mais rien n’y fait :

C’est comme si j’étais pris dans une machine infernale, j’essaie d’oublier, et c’est toujours pire. »

Un fantôme s’est installé sur le visage d’Adel Benna (1). A 39 ans, il a les mêmes yeux marron, les mêmes pommettes saillantes, la même bouche dessinée au crayon que son petit frère. Adel se souvient de leur dernier échange :

C’était à Clichy, juste avant le ramadan, je le mettais en garde, je lui disais de rester dans le droit chemin. »

Zyed était arrivé quatre ans plus tôt en France, il avait fait de gros efforts, parlait bien le français. Le 27 octobre 2005, il est parti jouer au foot avec Bouna. Sur le retour, leur chemin a croisé celui de la police. Zyed et Bouna ont fini électrocutés.

« Aujourd’hui, je comprends la colère des émeutiers »

Clichy-sous-Bois s’est embrasé. Adel entend encore « les sirènes, les survols d’hélicoptères, les cris ». Lui qui avait quitté son petit village tunisien du bord de mer depuis un an, pour rejoindre sa femme enceinte :

Je ne connaissais rien, ni les médias, ni les politiques, ni la justice… »

Dévasté et dépassé, il s’est retrouvé à sillonner les rues avec ses parents pour appeler au calme :

On protégeait la France. Mais aujourd’hui, je comprends la colère des émeutiers, ils ont pris des risques pour défendre la mémoire de nos frères. »

Les parents Benna ne demandaient rien que de se retrancher dans leur deuil, répétant : « La France nous a donné beaucoup, mais elle nous a pris notre fils. » Adel leur répondait que non, « il s’agissait d’un policier, peut-être deux, mais pas d’un pays ». Il a secoué son père, sa mère, « je leur ai dit qu’il fallait se battre pour connaître la vérité, ces enfants sont morts pour rien ».

Une jeunesse que l’Etat maltraite

Les familles se sont donc engagées dans dix années de lutte. Pour un résultat, au printemps dernier, qui a été « le coup fatal ». Les policiers poursuivis pour non assistance à personne en danger ont été relaxés. Et les familles, jugées irrecevables à se constituer partie civile, comme si Zyed et Bouna n’étaient pas des victimes.

La France est devenue un cauchemar, l’islamophobie et le racisme ne font qu’enfler. Nous pouvons nous résoudre à la mort de Zyed, car nous croyons au destin. Mais l’injustice qui persiste, c’est sa mémoire qu’on salit. »

Adel Benna dit que la société française « se met en péril : c’est toute une jeunesse que l’Etat maltraite. Ma femme, née en France et d’origine tunisienne, s’est sentie rejetée ». Le couple a scolarisé ses deux filles en Tunisie. Il n’est plus en France que pour travailler, rembourser le crédit de la maison achetée en 2013, en attendant qu’elle soit vendue. Le jour du jugement, Adel et sa femme ont décidé que « c’était fini ». Ils quittent la France.

Elsa Vigoureux et Gurvan Le Guellec

(1) Coauteur de « Zyed et Bouna », de Gwenael Bourdon, avec Siyakha Traoré, éd. Don Quichotte. [Reprendre la lecture de l'article]

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20151023.OBS8182/adel-benna-frere-de-zyed-la-france-est-devenue-un-cauchemar.html