Rencontre à Marseille autour du délibéré de l’appel de Walid et Dorsaf // Présentation du livre “Permis de Tuer, Chronique de l’impunité policière”

En juin 2013, Dorsaf et Walid, membres du comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi ont été condamnéEs à 4 mois de prison avec sursis et 300 euros chacunE de dommages et intérêts, pour “outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique”. Cette accusation venait de deux policiers qui “assuraient la sécurité” lors du procès des policiers coupables de la mort de Abdelhakim Ajimi qui s’est tenu à Grasse en janvier 2012… Le procès appel à eu lieu le 2 juin dernier, et le délibéré sera rendu par la cour d’appel d’Aix-en-Provence lundi 8 septembre.
Nous proposons une rencontre autour de ce jugement le soir-même pour faire un point sur “l’affaire Ajimi” et la criminalisation des militantEs.

Cette rencontre sera aussi l’occasion de présenter le livre “Permis de Tuer, Chronique de l’impunité policière” du Collectif Angles Morts à paraître le 11 septembre aux éditions Syllpese.
Ce livre revient sur plusieurs affaires récentes de violences policières et de crimes policiers, donne des pistes pour s’organiser collectivement face à la police et la
justice, et fait état de la domination policière et du racisme d’État. Le comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi et Dorsaf Briki y ont écrit un texte qui revient sur la lutte de la famille Ajimi et du comité pour la vérité et la justice.

En présence de membres du comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi et du collectif Angles Morts

A la librairie Transit, 45 bd de la Libération, 13001 Marseille

Contacts :
comite_hakim_ajimi@riseup.net / edition@syllepse.net
Librairie Transit : 04 13 04 02 60 / 06 83 55 96 66
transit.librairie@gmail.com / http://transit.librairie.over-blog.com/
Heure début: 19:00
Date: 2014-09-08
Heure fin: 23:00

Ce que l’on sait de la mort de Michael Brown tué par la police à Ferguson ( Missouri/ USA)

Plusieurs version s’affrontent sur les circonstances de la mort du jeune homme abattu le 9 août à Ferguson par un policier.
Qui a tué Michael Brown et pourquoi ? Les circonstances de la mort de ce jeune Noir abattu par un policier le 9 août après-midi dans la petite ville de Ferguson, dans le Missouri, demeurent controversées. Ce que l’on sait pour le moment :

LA VICTIME : MICHAEL BROWN
Michael Brown, 18 ans, devait faire sa rentrée lundi dernier au Vatterott College pour étudier la musique et le métier d’ingénieur du son, a expliqué sa grand-mère à la presse. Charles Ewing, l’oncle du jeune homme, a précisé qu’il mesurait 1,95 m et pesait 136 kg, d’où son surnom de «Big Mike». La famille décrit un garçon sans histoires. Brown était selon son oncle «très timide», et ne voulait pas jouer au football américain malgré sa carrure «parce qu’il ne voulait blesser personne. Il ne voulait frapper personne».

LE POLICIER : DARREN WILSON
D’abord tenu secret, le nom du policier, Darren Wilson, a fini par être divulgué par la police de Ferguson, vendredi. Selon les médias, il s’agit d’un policier blanc âgé de 28 ans. Il a été blessé lors de sa confrontation avec Michael Brown et a été suspendu et placé dans un lieu inconnu. Darren Wilson sert dans la police depuis six ans, dont quatre à Ferguson. Il est originaire de la région. Selon le chef de la police locale, Thomas Jackson, «aucune plainte» n’a jamais été déposée contre lui ni aucune procédure disciplinaire engagée. «C’est un agent doux, tranquille. C’est un excellent agent» qui est «totalement effondré» et «n’a jamais voulu que se passe ce qu’il s’est passé», toujours selon le chef de la police.

DEUX VERSIONS DES FAITS
La version de la police, d’abord. Selon elle, Michael Brown a tenté de dérober plusieurs paquets de cigarillos dans un magasin et s’est comporté «agressivement». Il aurait été abattu après avoir agressé un policier et tenté de lui dérober son arme. La police a diffusé vendredi une vidéo de surveillance de quelques secondes, filmée dans une épicerie. On y voit un jeune Noir, présenté comme Michael Brown, portant quelque chose dans une main. En sortant, il repousse violemment un homme qui semble essayer de l’en empêcher, avant de se retourner pour l’intimider avec sa carrure particulièrement imposante puis sortir.

La déclaration de vol mentionne une boîte de cigares de marque Swisher Sweets, d’une valeur de 48,99 dollars (37 euros). Le chef de la police a affirmé que des preuves du vol avaient été retrouvées sur le jeune homme abattu. Selon l’avocat de Dorian Johnson, l’ami de MIchael Brown qui se trouvait avec lui dans le magasin, Michael Brown a bien «pris des cigarillos». Reste que la jeune victime n’était pas armée. Pourquoi alors avoir lui avoir tiré dessus ? La police ne répond pas.

La version des témoins est autre. Selon un témoin, Michael Brown, qui allait rendre visite à sa grand-mère, marchait dans la rue quand l’agent de police s’en est pris à lui sans raison claire. Il l’aurait abattu alors qu’il avait les mains en l’air en signe de reddition. Selon d’autres témoins, il a été atteint par plusieurs balles alors qu’il disait «ne tirez pas».

La police a elle-même changé de version quant à la présence du policier sur les lieux. Le chef de la police a d’abord dit que Darren Wilson se rendait sur le lieu du vol. Mais quelques heures plus tard, il a expliqué que le premier contact entre Darren Wilson et Brown n’était pas en rapport avec ce vol, mais parce que le jeune homme et son ami «marchaient au milieu de la rue, bloquant la circulation». Le policier revenait d’un appel lié à une personne malade lorsqu’il a croisé le jeune homme.

L’AUTOPSIE
Trois autopsies du corps de Michael Brown ont été ordonnées, l’une par les autorités locales, qui n’en ont révélé aucun détail, l’autre par la famille et une troisième par le ministre américain de la Justice, Eric Holder.

Les résultats de l’autopsie demandée par la famille ont été publiés dimanche par le New York Times, qui publie également le dessin ci-contre, réalisé par le médecin légiste, une sommité dans le métier. Selon lui, le jeune homme a été atteint d’au moins six balles, dont deux à la tête. L’une des balles est entrée au sommet du crâne, laissant penser qu’il était penché lorsqu’il a été atteint. Quatre balles se sont logées dans le bras droit et deux dans la tête de l’adolescent. Toutes les balles ont été tirées de face.

Source : http://www.liberation.fr/monde/2014/08/18/ce-que-l-on-sait-de-la-mort-de-michael-brown_1082656

Au camp de rétention de Vincennes, la mort et la révolte.

Jeudi 21 août 2014, Abdelhak Goradia est décédé alors qu’il était
conduit par les flics à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle pour être
expulsé vers l’Algérie. Il avait réussi à refuser une première fois
son expulsion le 16 août dernier. Selon la version policière, c’est
dans le fourgon en arrivant à l’aéroport qu’il aurait eu « une crise
cardiaque ». Les flics ont même parlé d’une mort naturelle. Or,
l’autopsie a révélé qu’il était décédé par asphyxie. Ce n’est pas la
première fois qu’une personne décède lors de son expulsion. Plusieurs
sans papiers sont en effet morts assassinés par la PAF comme Ricardo
Barrientos en décembre 2002 ou Mariame Getu Hagos en janvier 2003.

Les retenus du bâtiment 1 de Vincennes se sont mis en grève de la faim
dès qu’ils ont appris la mort de leur camarade. Ils ont rédigé un
communiqué que voici :

« Nous, retenus du bâtiment 1 du CRA de Vincennes, demandons:

- que des journalistes puissent venir voir les conditions de vie dans le centre

- que les acteurs des violences envers M. Goradia soient punis, car
ils l’ont tabassé à mort.

- que la durée de rétention soit réduite à 20 jours car il y a trop de
violences. Ce n’est pas la peine, 45 jours, ça ne sert à rien

- que la nourriture soit améliorée. On mange très mal alors qu’on n’a
pas demandé à être ici.

- Une partie de la police est très agressive verbalement et fait des
provocations. Ils vont jusqu’à dire des insultes dans le micro. Ils
hurlent et font des gestes obscènes.

On ne négociera pas. On continuera la grève de la faim tant que nos
revendications ne seront pas satisfaites  »

Vendredi 22 août 2014, centre de rétention de Vincennes, au téléphone

Témoignage 1
« Vers 18h, les flics ont dit à Abdelhak qu’il devait aller voir l’infirmière. En fait, c’était faux. Il est sorti de sa chambre, ils l’ont emmené à l’accueil et lui ont mis les menottes. A l’accueil, on entendait des bruits étranges, des bruits bizarres. Les gens qui étaient aux visites [au-dessus de l'accueil] ont tout entendu. Les flics lui ont mis une cagoule, un masque sur la tête. Les flics savaient qu’il allait refuser. Lors de la première expulsion ils lui avaient dit « Vous allez devant le juge ». En fait, ils l’ont emmené à l’aéroport.‌ Il n’était pas d’accord, il a protesté et ils l’ont ramené au centre.
Hier, toute la nuit, on l’a attendu parce qu’on savait qu’il allait refuser. Son cousin a téléphoné, il était inquiet. Et puis ce matin, il nous a rappellés et il nous a dit qu’il était mort. Du coup, on fait la grève de la faim. »

Témoignage 2
« On est stressé parce qu’Abdelhak est mort. Son nom n’était pas affiché sur le tableau des expulsions. Il l’on appelé quand on était en train de faire la prière vers 18h. Dès qu’on a fini, il est descendu soi-disant parce qu’il avait une visite. Dans un local de l’accueil, les flics l’ont frappé.‌ Ils lui ont mis un casque, des menottes aux poignets et lui ont entravé les jambes. Les flics savaient qu’il allait refuser, alors ils ont fait la force avec lui. Ils avaient tenter de l’expulser une première fois le quatrième jour après son arrivée. Il ne savait pas comment ça se passait. Il est parti tout seul, dans une petite voitrure voir le juge et pas dans une camionnette comme habituellement. Déjà les flics l’avaient menotté aux jambes et aux poignets, il a refusé l’expulsion. Dès la première fois, ils ont fait la force, ils avaient la rage contre lui. Ils font n’impporte quoi avec nous ! Même ses affaires sont encore ici, son portefeuille, sa veste…
J’arrive pas à dormir, je stresse. Il dormait sur un matelas par terre, à coté de moi, je voyais sa tête. Et maintenant son matelas est vide, ça me stresse. On était décidé à tout brûler. J’ai vu la dame de l’ASSFAM et j’ai pleuré. On a décidé de faire la grève de la faim. »

Dimanche 24 août 2014, centre de rétention de Vincennes, au téléphone

« On est toujours en grève de la faim. Le commandant n’est pas revenu
nous voir depuis vendredi. La nuit a été calme. Mais les policiers
continuent de nous provoquer. Ils veulent qu’on mange et ils nous
cherchent, ils veulent qu’on craque. D’habitude il y a 2 policiers
dans les parties communes, là ils sont 5 ou 6… »

« On continue la grève de la faim. Il n’y a pas de changements. Les
policiers essaient de nous convaincre de manger.
Dès la première tentative d’expulsion, les policiers avaient scotché
Abdelhak. Ils lui avaient scotché les jambes et menotté les mains dans
le dos. C’est pas normal! Ils l’ont amené comme ça dans l’avion et
c’est le commandant de bord qui a refusé de le prendre, parce qu’il
était complètement ligoté.
On ne demande rien pour nous. On ne veut pas que ça se reproduise.
C’est pas normal. On est des êtres humains. Il y a des policiers qui
nous traitent comme des chiens.  »

Mort d’une personne qu’ils voulaient expulser : la police est gravement mise en cause

Abdelhak Goradia, Algérien de 51 ans, est mort d’«asphyxie» lors de
son transfert vers l’aéroport de Roissy dans un fourgon de police, le
21 août. Ses proches affirment avoir vu des hématomes sur son visage.
«Même à un animal, on ne fait pas ça !» dit son neveu, alors que les
policiers sont suspectés de mauvais traitements et que les
associations s’indignent. Une information judiciaire a été ouverte.

Pourquoi Abdelhak Goradia, 51 ans, est-il mort lors de son transfert
vers l’aéroport de Roissy dans un fourgon de police, jeudi 21 août ?
Ce ressortissant algérien, sous le coup d’un arrêté ministériel
d’expulsion, devait embarquer sur un vol pour l’Algérie jeudi à 21 h
15, à Roissy.

Une source policière a d’abord affirmé à l’AFP vendredi que l’homme,
père d’un enfant français de six ans, était mort « d’une crise
cardiaque ». « En arrivant à Roissy, les policiers se sont aperçus
qu’il était en train de faire un malaise dans le fourgon et, malgré
les secours prodigués, il est décédé », avait déclaré le policier.
Mais dès le lendemain, un porte-parole du parquet de Bobigny,
confirmant une information du Monde, indiquait que « selon les
premiers résultats de l’autopsie, la mort avait été provoquée par une
asphyxie due à une régurgitation gastrique ». Une information
judiciaire pour homicide involontaire contre X… a été ouverte
vendredi.

Contacté lundi, le parquet de Bobigny ne veut désormais plus
communiquer et renvoie vers le cabinet du ministre de l’intérieur.
Dans son communiqué envoyé vendredi, le ministre Bernard Cazeneuve
indique simplement souhaiter « que l’enquête judiciaire permette de
faire toute la lumière sur les circonstances de ce décès dramatique ».

Plusieurs proches de la victime, qui se sont rendus samedi à
l’Institut médicolégal de Paris (XIIe arrondissement), affirment avoir
constaté des hématomes sur son visage. Houari Goradia, l’un de ses
neveux, décrit ainsi « un gros bleu au niveau du nez, un bleu sous
l’œil gauche, des bosses et un creux au niveau du crâne ». « Nous
étions derrière une vitre et il avait un linceul jusqu’aux oreilles
qu’ils ont refusé de retirer », dit Houari Goradia, 37 ans, qui est
apporteur d’affaires à Paris. Selon lui, la sœur et le frère de la
victime, qui habitent en région parisienne, entendent se constituer
partie civile.

Détenu depuis 2011 pour plusieurs escroqueries à la carte bancaire,
Abdelhak Goradia faisait l’objet d’un arrêté ministériel d’expulsion,
notifié le 12 août, au motif d’une « nécessité impérieuse pour la
sécurité publique », selon son avocat. Le même jour, ce quinquagénaire
avait été placé au centre de rétention de Vincennes, à sa sortie de la
maison d’arrêt de Châteaudun. Il aurait déjà fait l’objet de deux
tentatives d’expulsion, dont l’une le 16 août, auxquelles il s’était
opposé. Selon son neveu, le commandant de bord avait refusé de
l’embarquer le 12 août, car il était entravé aux mains et aux jambes.

Ce 21 août, Abdelhak Goradia n’était pas inscrit au tableau des
départs, d’après des retenus du CRA de Vincennes joints par téléphone.
« Ils lui ont dit qu’il avait une visite pour qu’il les suive »,
raconte Mouelhi Adnen, un Tunisien qui partageait la chambre de
l’Algérien au sein du bâtiment 1 du CRA. « Il ne voulait pas partir
car depuis la mort de ses parents, il n’avait plus personne en
Algérie, toute sa famille vivait en France », dit Ivan Drajic, un
retenu serbe au CRA de Vincennes. Arrivé sur le territoire en 1996,
Abdelhak Goradia était le père d’un enfant né en France en 2008. Il
était séparé de la mère.

Vers 19 heures, le jeudi soir, il a appelé son avocat et sa famille
pour les prévenir qu’une escorte allait l’embarquer. Me Sohil
Boudjellal a alors pu parler au chef d’escorte « qui m’a dit qu’il ne
faisait qu’exécuter un ordre ». Puis le portable de l’Algérien n’a
plus répondu. L’avocat et la famille n’ont plus eu de nouvelles
jusqu’à ce qu’ils apprennent sa mort le lendemain matin, après avoir
passé en vain plusieurs coups de fil en Algérie et au CRA de
Vincennes.

« En sortant de la visite au premier étage (au-dessus de l’accueil du
CRA, ndlr), un Chinois a entendu des cris, comme une bagarre, mais il
n’a pas vu ce qui se passait », explique Ivan Drajic. Ce sont cinq
fonctionnaires de la compagnie de transferts, d’escortes et de
protection de la police (Cotep) qui auraient embarqué l’homme. « Comme
il était assez virulent, les policiers de la Cotep se sont mis à
quatre ou cinq pour l’entraver, explique Cédric Caste, du syndicat
Unité Police SGP-FO pour la police aux frontières (PAF) de Roissy. Ils
ont écarté une lame de rasoir. Ils ont protégé sa tête avec un casque
de boxe et l’ont allongé dans le fourgon, entravé aux mains et aux
pieds. »

D’après le syndicaliste policier, ce n’est qu’à l’arrivée à l’unité
d’éloignement de l’aéroport de Roissy, à 19 h 45, que les policiers «
se sont rendu compte qu’il était bleu ». « Les policiers de la PAF de
Roissy ont essayé de le réanimer et ont appelé les secours qui l’ont
entubé par le nez car il avait les voies obstruées. » D’après le
ministère de l’intérieur, l’inspection générale de la police nationale
était sur place « une heure après la constatation du décès ».

Dans un communiqué, l’Association service social familial migrants
(ASSFAM) a souligné que la victime « n’avait jamais fait état de
problèmes de santé depuis son arrivée au centre de rétention ». Me
Boudjellal, l’avocat de la victime, n’a pas encore eu accès au rapport
d’autopsie. « La version de départ est totalement contredite,
remarque-t-il. Il n’est pas mort naturellement mais s’est étouffé
devant les policiers ou sous l’effet de leurs contraintes. Ce qui
suppose des convulsions et une mort atroce. » « Comment peut-on ne pas
porter secours à quelqu’un qui s’asphyxie ? » s’interroge l’avocat. «
Tout ce qu’on sait est qu’il n’est pas mort de mort naturelle, dit
Houari Goradia. On sait comment ça se passe. On attache les pieds et
les mains, on met une muselière sur la bouche, on emploie la manière
forte… Même à un animal, on ne fait pas ça ! »

Deux décès remontant au début des années 2000

Abdelhak Goradia avait été condamné à plusieurs reprises pour des
escroqueries à la carte bancaire. « Avec les récidives, il avait
cumulé neuf ans de prison (du fait de la loi sur les peines planchers
- ndlr), explique son avocat. Il a fait six ans, il avait travaillé et
remboursé les parties civiles. » « Nous savions que la prétendue
suppression de la « double peine » sous Sarkozy était une mauvaise
plaisanterie et qu’elle reste en vigueur sous la présidence de
Hollande », remarque le Réseau éducation sans frontières (RESF).

Un premier recours en référé-liberté avait été rejeté le 20 août par
le tribunal administratif de Paris, qui avait estimé que son expulsion
ne constituait pas une atteinte « manifestement grave » aux libertés
fondamentales. Mais le juge administratif devait se prononcer le 28
août sur un autre recours, cette fois en référé-suspension. Il
s’agissait de déterminer s’il était légal ou non d’expulser le père
d’un enfant français. D’après son neveu, il était confiant : « On
allait le voir tous les jours au CRA : il était en bonne santé, pas en
colère, il pensait qu’il allait sortir. » Son avocat affirme avoir
envoyé en vain trois fax le jeudi soir, au ministère de l’intérieur, à
la direction du centre de rétention ainsi qu’à la préfecture de police
chargée de l’escorte pour leur rappeler cette audience. Mais ce type
de recours n’est pas suspensif en France.

Selon Cédric Caste, le dossier d’Abdelhak Goradia était « plus que
sensible » et suivi de près par la direction centrale de la police aux
frontières, le ministère de l’intérieur et la préfecture de police de
Paris. « C’est la première fois en vingt ans que je vois un arrêté
ministériel au motif d’une nécessité impérieuse de sécurité pour ce
type de profil, remarque Me Boudjellal. D’habitude c’est utilisé pour
des braqueurs ou des terroristes, pas des petits délinquants non
violents. »

En France, les deux derniers cas de décès lors de reconduites
remontent à plus d’une dizaine d’années. Ricardo Barrientos, un
Argentin de 52 ans, était décédé en décembre 2002 à bord de l’avion
qui le ramenait en Argentine, après avoir été maintenu plié en deux
par les policiers sur son siège. Mariame Getu Hagos, un Éthiopien de
24 ans, était lui mort en janvier 2003 suite à l’utilisation de la
même technique policière. Il avait passé vingt minutes maintenu de
force le torse plié, la tête touchant les cuisses, et menotté dans un
siège d’avion à la ceinture serrée.

À la suite de ces deux décès, un manuel, publié par Mediapart en 2009
(lire l’article et l’intégralité du manuel ici), avait été mis à
disposition des 180 agents de l’unité nationale d’éloignement, de
soutien et d’intervention (Unesi), rattachée à la direction centrale
de la police aux frontières. Tout en exposant le cadre législatif des
« éloignements », ce manuel vise surtout à délivrer des « conseils
techniques utiles aux fonctionnaires » afin d’« escorter efficacement
les reconduits aux frontières internationales ». Y sont répertoriés
les moyens de coercition à leur disposition : les menottes textiles ou
métalliques, les bandes velcro et la « ceinture d’immobilisation ».

« Toute forme de bâillonnement est strictement prohibée », précise le
manuel, pour tenter de mettre fin à une pratique employée il y a
quelques années. À l’aide de schémas et de photographies « en
situation », les gestes visant à maintenir la personne expulsée sont
explicités. Comme la « régulation phonique » qui consiste en un
étranglement et dont l’objectif est de « déstabiliser physiquement »
la personne, de « diminuer sa résistance » et de « diminuer ses
capacités à crier ». Les risques sont listés : « détresse ventilatoire
et/ou circulatoire », « défaillance de l’organisme » et « risque vital
».

Des journalistes refusés à l’entrée du CRA en 2012 © Les Inrocks

Pour protester, une vingtaine des retenus du bâtiment 1 du CRA de
Vincennes se sont mis en grève de la faim depuis vendredi. Ouvert en
1995, ce centre est l’un des plus importants de France avec 168 places
réparties en trois ensembles. Dans un communiqué, ils réclament la
possibilité pour des journalistes de « venir voir les conditions de
vie dans le centre » (un accès promis par Manuel Valls en janvier
2014) ainsi qu’une punition pour « les acteurs des violences envers M.
Goradia, car ils l’ont tabassé à mort ». « Une partie de la police est
très agressive verbalement et fait des provocations, affirment-ils.
Ils vont jusqu’à dire des insultes dans le micro. Ils hurlent et font
des gestes obscènes. »

Source : Mediapart

(Colmar) Une personne « détenu » par la police a été tué par un gendarme

Leur titre : « 1 gendarme a tué par balle un détenu pendant son transfèrement dans des circonstances floues »

C’est un homme de 23 ans qui été détenu qui a été tué par balle par un gendarme, mardi après-midi sur l’autoroute A35 près de Colmar, dans des circonstances encore floues, alors qu’il était en cours de transfèrement vers un juge d’instruction.

En détention provisoire à la prison de l’Elsau à Strasbourg, il devait être entendu par un magistrat de Colmar, dans le cadre d’une affaire de vols à main armée commis en mai dans un établissement de restauration rapide de la ville haut-rhinoise.

Le détenu a été touché d’une balle à la tête après l’immobilisation sur la bande d’arrêt d’urgence du véhicule de transfèrement, dans des circonstances qui restent à éclaircir, a précisé à l’AFP le procureur de la République de Colmar Bernard Lebeau, qui s’est rendu sur place.

D’après les premiers éléments, «le détenu a commencé à s’agiter» alors qu’il était transféré sous escorte de la prison de l’Elsau vers le bureau d’un juge d’instruction colmarien.

Un gendarme adjoint volontaire conduisait le véhicule et une gendarme sous-officier se trouvait à côté de lui à l’arrière, a précisé le procureur.

Le conducteur a alors «stoppé le véhicule et à partir de là, on est dans le flou, il semblerait qu’il y a peut-être eu un début de bagarre et un coup de feu est parti», a expliqué le procureur, ajoutant qu’il avait saisi de l’enquête l’inspection technique de la gendarmerie nationale.

Selon une source proche du dossier, le jeune homme aurait tenté de se saisir de l’arme de service de la gendarme.

Une grande tache de sang était visible sur la chaussée à proximité du véhicule, laissant supposer que le coup de feu avait été tiré en dehors de la voiture, selon un journaliste sur place.

Les deux gendarmes qui se trouvaient dans le véhicule, une Clio, ne pésentaient «a priori» pas de blessures, a indiqué le parquet.

Avant sa mise en examen pour vols à main armée, le détenu n’était connu de la justice que pour des méfaits mineurs.*

Source : http://www.liberation.fr/societe/2014/08/26/un-detenu-tue-par-un-gendarme-pres-de-colmar-lors-de-son-transferement_1087344